La revue Lichen (décembre 2022) annonce la sortie de ceux qui m’aiment après en avoir publié quelques extraits en août dernier.





Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…
La revue Lichen (décembre 2022) annonce la sortie de ceux qui m’aiment après en avoir publié quelques extraits en août dernier.







Pendant que les bruits extérieurs crèvent le silence d’un petit matin assourdi, mon cerveau bouche exprès mes oreilles | Pendant que je me tais, les mots tentent une sortie (en force) | Pendant que je brouillonne, les mots m’appellent, ils s’imposent et composent sans moi. Ils prennent leur indépendance | Pendant qu’elles s’obligent, je goûte ma liberté | Pendant que la vie mijote (sans couvercle dessus), quelque chose quelque part brûle | Pendant qu’une ombre disparaît, le soleil en profite pour en faire naître une autre.
Perle Vallens

l’un visage maigre sans feuillages
l’autre décapité
ceux qui poussent au trottoir
nos vœux joyeux
enguirlandés quasi morts
le froid ne les atteint plus
leurs aiguilles d’âge précoce
tomberont blêmes déjà secs
déjà crevés cadavres sans guerre
avant que nous nous embrassions
sous un gui factice
Perle Vallens
De retour dans le podcast poétique Mange tes mots avec un enregistrement intitulé Le cri, inspiré d’extraits d’un texte de Monique Wittig, ci-dessous. Rendez-vous aujourd’hui pour l’écoute, ici ou sur spotify.


– Je suis le rooaaaââ du monnnnde !
– Gaffe, tu vas te casser la gueule.
Lol s’est hissé sur la pigouille plantée de façon instable dans les fonds mouvants du marais. A cet endroit, au moindre écart de la plate et il se retrouve à la flotte. Ce ne serait pas la première fois. Ni la dernière. Lol, c’est pas le dernier pour faire le couillon. Son short est déjà mouillé et il a de la vase plein les doigts. C’est un peu notre jeu favori en ce moment. On fait deux camps et on se balance des poignées de bouillasse. Genre mud game comme dit l’ado qui parle bien l’engliche. On s’en colle plein des cheveux. Nos mères nous haïssent après ça. On laisse des traces partout sur le carrelage ou la moquette. Même si on se déchausse avant d’entrer dans la maison. Tu penses, on en a jusque dans les chaussettes. Plein les orteils, sous les ongles de pied, partout. Crasseux, voilà comment on revient mais quelle rigolade ! Limite si on en a pas dans les yeux, si on n’en mange pas.
– Arrête, on a dit qu’on serait des pirates. Regarde, les voilà les arbres aux pendus.
– Fais pas le con, descends de là.
– Appelez-moi Barbe Noire.
Mat se fait un bouc avec la glaise qu’il modèle en pointe. Phil sculpte des cornes dans sa chevelure gluante. Avec un bout de bois ou la pointe d’un ongle, quand on ne les a pas tous rongés comme moi, on dessine sur la couche de boue humide des signes, des codes secrets, des têtes de mort. Voilà, nous sommes prêts à l’abordage.
– A l’assaut ! Attention, Capitaine, il y a un traître à bord.
– Il sera passé par les armes.
– Je vous ferai rendre gorge, renégats !
Celui qui s’y colle, c’est moi. Les autres détestent les rôles de sale type. Moi, les assassins sanguinaires, les mouchards, les salauds, ça me va. En général, je me retrouve seul à la baille coiffé de renoncules ou de lentilles d’eau. Pas cette fois. Je fais volte face, je les menace avec une prise de kung fu et je les déséquilibre. Désarçonnés, ils basculent tous par dessus-bord.
– C’est moi le roooaaaââ du mooonnde !
Perle Vallens

Une cinquantaine de personnes ont été réunies par les Editions Jacques Flament autour de la marche. Voici un extrait du texte que j’ai eu le plaisir d’écrire pour l’opus intitulé Marche, rêve et écris.



Les dessous, chics ou non, c’est se dévoiler le moins possible (au début).
La couche est épaisse mais molle, meuble. Il ne faut pas racler longtemps
pour faire sortir les monstres, pour ouvrir les vannes. Il ne faut pas trop
gratter et ça gicle à mots vifs, ça fuse, ça fourmille dans la matière brute.
Pluie d’or ou de sang, quel minerai pour quel façonnage, quels cris de
bêtes à apprivoiser, ça crève mes plafonds d’où tombe je ne sais quel fracas
de souvenirs pour nourrir mes béances.
Perle Vallens

je pourrais contourner les principes de ta timidité
avec mes jambes
je pourrais te contaminer la moelle d’endorphines
dégeler ces terrains vierges qui s’enterrent sans épitaphes
je pourrais te retourner la peau par le biais d’un seul baiser
ce précipice arrosé de mon essence pour prendre feu
(tout brûle même le pyromane)
je pourrais vaincre tes états-dames qui brouillent mes pistes
ouvrir tes frontières sans sauf-conduit
tes langueurs tendres
je pourrais te bombarder le corps
ramasser des morceaux de toi émiettés
jusqu’aux orifices non officiels
(façon naissance de tes mondes)
je pourrais vidanger tes noirceurs à l’ombre
de mes territoires faméliques
je pourrais te coucher – nu – sur le papier
sans trahir le texte
Perle Vallens