photo n&b·poésie

Je tire

je tire à pile ou face
et mon visage se cache
derrière mon œil
je tire et un cil tombe
c’est un signe de chance
si la claque tombe aussi
du bon côté
le chiffre de la joue
fait foi
l’année sera bonne

je tire avantage des circonstances
même défavorables
je tire ma vie au sort
et les pailles les plus courtes
sont les meilleures
pour siphonner la joie
le flux d’énergie
dont mon corps a besoin
pour faire ce pas de plus
qui me tire vers l’avant

je tire à bout portant
toutes mes munitions
ornent ma cible sans bavures
mon œil est une arme
par destination
je vise tous azimuts
là où je décoche je récolte
un sourire
je loge dans chaque image
mes pluies de plomb
comme bruits blancs
pour braver mes obsessions
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Petits matins

malaise vagal
animal sous-cutané
glapissant en silence
me racle la conscience jusqu’à ce qu’il ne reste
qu’un amas de déchets organiques
appelle ça néant si tu veux
réduit à rien
réduit à la plus simple expression du vide
que tu vas chercher dans le sac poubelle
même ça a disparu
tu ne sais qui a jeté ton assurance
ta superbe a disparu avec l’os superflu
de ton égo
ce qui s’étalait dans les grandes largeurs
dans le vif du sujet
tu ne sais plus calculer longitude et latitude
étalées sur la carte elles simulent
elles symbolisent l’absence qui nous écrase
sous les roues subsiste une trace
de ce qui nous roule dessus
jour après jour
l’histoire brève mais persistante
ce lourd qui nous traverse
ce rouleau compresseur
on ignore le visage qui prie
le corps qui se replie est sans doute le nôtre
on le sait à notre manière de nous relever
sur la bande d’arrêt où l’urgence ne fait que commencer
on sait à notre façon de marcher qu’on ne fera pas
dans la longueur ni dans la durée
on sait que ce qui obstrue le champ de vision
danse avec nous sans demander notre avis
et nous caresse sans consentement
l’injure se tait au moment où nous en avons le plus besoin
juste avant l’évanouissement
avant la venue tardive de nos vœux incompris
de nos saluts d’avant l’aube
l’ébullition laisse assez d’effervescence pour faire tremper
nos carcasses sales
c’est toute la force de suggestion des petits matins
que nous accueillons
avec un visage d’enfant
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose

Vous avez un message

Vous avez un message.
Je pense que c’est un feu qui ravagera ma journée.
Je pense que sous la semelle un pas gît dans l’attente. Un pied s’agite sur le départ.
Le message serait un drapeau à damier qui s’abaisse avant la course. Alors on s’élance dans le jour tout gonflé d’un nouveau souffle.
J’en ai reçu de ces envois brefs mais vivifiants, de ces airs océaniques, de ces coups de vent qui sonnent l’éveil. J’en ai reçu de ces fragments de prières, de ces frôlements, de ces fleuves qui calligraphient le désir.
Je sais que le sens risque de s’échapper à l’ouverture du message, qu’il me faut le capturer. C’est une proie. Un animal à dépecer.
Il y aura peut-être un alphabet caché, peut-être secret, qu’il me faudra déchiffrer avant de pouvoir répondre.
Je n’aurai pas les mots.
Ce sont peut-être des miettes qui colleront plus tard à mes lèvres.
Elles remueront doucement à la surface des choses.
Il y a un message qui se perd entre les lignes. Si je le trouve, je le mange.
Je l’enlève de son écorce de phrases toutes faites, d’expressions toutes prêtes. J’aime bien dénuder les messages en les prenant par la tête. Je les secoue juste un peu. Parfois en sort une bête vive. Parfois une férocité. Ou un défaut de langage qui accroche la bouche quand on le prononce, qui racle les chairs. On se demande si ce n’est pas une erreur.
Hier j’ai reçu un message qui m’a laissé un goût de cendres. Il m’a semblé vide. Les lettres comme mortes. Il m’a baigné de suie, je me suis sentie salie. Je l’ai refermé pour éviter ce trop de noir dans les yeux.
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Saler les jours

un avenir construit mentalement
est une marche que l’on ne peut manquer
même si l’on trébuche
même si l’on tombe dans un système
de redressement
on s’imagine des choses mais
le plan souffre
d’une imprécision
d’un manque de discernement
l’éclaircie est ce qui rend nécessaire l’aperçu
condition sine qua non aux réponses
que l’on se pose
ce négoce des heures futures
les dispositions testamentaires qui nous promettent
des étagères mieux rangées de nos sentiments
des coffres forts où stockés les pleurs et les excès de sel
que la marée fait remonter jusqu’à nous
Perle Vallens