
Caviar 104

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

C’est Wim Wenders qui s’invite cette fois, sur un extrait de Paris-Texas (qui sort cette année en copie restaurée), le tout début du film pour être précise. Ce treizième ciné-poème, qui s’intitule Assoiffés, ne vous portera pas malheur, promis !

à la rame
(comme on dit à la ramasse)
elle décompte les vagues
les vœux anciens elle les jette
à la baille
un calcul en vaut un autre
pour jeter certaines minutes
elle bleuit le chemin de sa paume
leste
où se perdent des doigts inutiles
à la perte elle court
sans souffle
elle ne tient pas
la distance
l’espacement décidément trop grand
pour ses bras
persiste dans sa quête elle
émet des prophéties des pré-supposés
décisifs mais décidément faux
elle se nourrit de mirages
qui lui semblent préférables à un réel
trop nauséeux
c’est planter le fake dans son jardin
inculte
ne pousse que la déception
sur sa friche fragile
semée de prétextes
hantée par le visage d’un autre
l’étrangeté d’un regard
qui ne voit plus
elle vit
à l’aveugle
Perle Vallens

Pelage fauve ou miel, que dit-on pour les chats ? Poussiéreux d’avoir voyagé. Ses territoires étendus, dangereux, d’où le risque n’est jamais absent, il porte clochette et s’en va chaque jour, qu’on dirait journey. C’est le chat de la voisine, l’arpenteur, fureteur de nouveaux sentiers, de chemins inconnues.
Que disent ses yeux oblongs, jaunes que je ne sache déjà ? Où vas-tu, chat, quand tu traverses la route ? Combien de kilomètres à pattes ? Combien d’arbres escaladés ? Vas-tu jusqu’au premier village voisin ? Jusqu’au massif ?
Il me dirait qu’il musarde dans ses pérégrinations, qu’il suit des yeux un papillon, une abeille. Il me dirait qu’il secoue ses coussinets posés dans une terre trop humide. Il y laissera ses empreintes que personne hormis l’enfant curieux repérera en pisteur. Il me conterait les acrobaties, le passage du muret, les sauts en souplesse pour atteindre le trottoir, l’œil aux aguets avant de traverser, tu vois, il ne s’est pas fait écraser. Il a passé le parapet, le petit pont, les pierres pointues. Il a suivi le fossé, reniflé les premiers pissenlits. Il a joué avec les aigrette. Il a éternué.
Jusqu’où es-tu allé aujourd’hui ?
Il parle sa propre langue qui dit qu’il a suivi un compère jusqu’à S. et que ça fait une trotte. Il a coursé des corbeaux, pleine volée de plein champs. Mieux que les chiens des fermes qui sont enfermés derrière les barrières. Il signale un changement notable à l’entrée de cet autre village. Les hommes retournent la terre du rond-point et ça sent le frais jusque dans ses moustaches. Il frétille du printemps annoncé et c’est la promesse de plus longues virées à travers la campagne.
Il se purge au passage d’herbes fraîches et lape un peu dans une flaque d’eau. Il pénètre dans le cimetière, il aime bien de temps en temps, c’est calme, ensoleillé, il se frotte aux tombes toutes gorgées de lumière. Il longe les rangées d’amandiers et se laisse submerger, pluie de pétales sur ses flancs battus par le vent.
Demain, il ira peut-être du côté de M., va savoir.
Perle Vallens

Dans le cadre du Printemps des Poètes, la bibliothèque Cézanne d’Aix en Provence organise une semaine d’événements : lecture (notamment itinérante avec zebus), concours de poésie, contes, apéro-poésie… avec les locaux, scolaires, publics de la bibliothèque.
J’aurais la joie de participer à une journée de rencontres le 23 mars 2023. Au programme, lectures et atelier d’écriture sur le thème Frontières.
Poésie sans frontière
23 mars de 9h à 12h – Bibliothèque Cézanne
Rencontre avec les poètes Perle Vallens et Jean-Luc Irondelle avec deux classes du Collège de Saint Eutrope.
Deux types de poésie pour un seul thème : Frontières.
Café gourmand et poésie
23 mars de 14h à 16h – Bibliothèque Cézanne
Deux poétesses Perle Vallens et Junie Lavy vont venir à la rencontre d’un public féminin appelé à devenir autrices le temps d’un café gourmand.
Ma peau est un des deux textes écrits en atelier/visio avec Mater poésie (créé par Hortense Raynal), le dernier épisode en compagnie de Miel Pagès. Il a donné naissance à un vidéo-poème diffusé sur la chaîne youtube Perle Vallens (engendrant de fait une programmation décalée du prochain ciné-poème).
Voici donc ma peau, texte slamé et montage vidéo :

Chaque mois, la revue Miroir sélectionne des textes écrits sur la base des consignes d’écriture proposées par Laura Vazquez (dont sort demain le nouveau roman, une épopée intitulée Le livre du large et du long aux éditions du Sous-sol), quelques textes se sont glissés dans le dernier numéro de mars 2023.



empowerment ma sœur
ce n’est pas un gros mot
c’est une question de force
pour soulever le monde de nos ventres
et de nos vœux
de nos volontés faites femmes
de nos bouches émancipées d’où sortent
sans complexe
autant de cris de colère que d’excitation
nous ne sommes pas poupées dégonflées
ou silencieuses
nous ne sommes pas figurines d’apparat
juste bonnes pour une parité fictive
nous ne sommes pas déracinées ni tombées
de nos arbres brandissons nos généalogies
comme arme de pointe
nos batailles de mère en fille
sans destruction massive mais
regards pointés sur l’horizon
empowerment ma sœur c’est
avoir le choix et l’égalité
sans masculin pesant sur notre dos
Perle Vallens
Journée des droits de la femme ? Encore et toujours se battre pour conserver ses acquis, surtout pour prévenir les reculs qui se font parfois sentir. L’empowerment se dit avec poésie (clin d’oeil à Miel Pagès inside)…


Rendez-vous le mardi 14 mars à 15h00 pour des lectures poétiques au parc Gasparin à Orange (Vaucluse) que j’ai le plaisir de marrainer. L’événement est organisé à l’occasion du Printemps des Poètes par l’association Orange Passion Livre en partenariat avec la librairie Orange bleue, avec les lycéens du Lycée Aristide Briand et les membres du Café Littéraire d’Orange.
J’y lirai des textes dont des inédits, sur le thème Frontières, ainsi que des extraits de ceux qui m’aiment.
