
Le sentiment de disparaître, de devenir transparent, inconsistant, d’une matière souple de glaise invisible, d’une texture molle qu’on enfonce du talon dans le sol, le sentiment de l’enfouissement, de la disparition progressive, non annoncée, mais tue, ignorée d’autrui, le sentiment de devenir autre, de se métamorphoser, de changer de structure moléculaire, de modifier son squelette, de le tordre, de l’essorer, ce sentiment de devenir liquide, une flaque, une goutte d’air dissout dans le vide, ce sentiment d’une transition vers un autre état, de devenir autre chose, un objet peut-être, l’insignifiance même, l’absolu néant ou du moins ce peu, le sentiment du peu, du presque rien, de l’infiniment petit et dérisoire, ce sentiment qu’on tiendrait dans la poche de quelqu’un, ce désir de tenir dans la poche, d’être transporté, ce sentiment de se sentir véhiculé d’un endroit à un autre, de ne compter que pour cette instance du transportable dans le fond d’une poche, tiré, bringuebalé, voyagé, esseulé pourtant, ce sentiment d’être là sans être là, ce sentiment de devenir de plus en plus mince, de plus en plus flou, ce sentiment du seuil franchi, de point de non retour, de l’infini, du presque zéro, ce sentiment du stade d’avant, d’avant tout, d’avant tout le monde, ce sentiment du stade non développé, du stade incertain, du stade informe, diffus, le sentiment du souffle d’air qui s’envole sans jamais retomber.
Perle Vallens