Dans le cadre de ses anthologies numériques, le Jeudi des mots convoque nos impressions nocturnes. Voici Coma, un poème inédit, et deux écoutes précédemment diffusées sur soundcloud et/ou sur Mange des mots #9 illustrées par une de mes photos.


Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…
Dans le cadre de ses anthologies numériques, le Jeudi des mots convoque nos impressions nocturnes. Voici Coma, un poème inédit, et deux écoutes précédemment diffusées sur soundcloud et/ou sur Mange des mots #9 illustrées par une de mes photos.



Le sentiment de disparaître, de devenir transparent, inconsistant, d’une matière souple de glaise invisible, d’une texture molle qu’on enfonce du talon dans le sol, le sentiment de l’enfouissement, de la disparition progressive, non annoncée, mais tue, ignorée d’autrui, le sentiment de devenir autre, de se métamorphoser, de changer de structure moléculaire, de modifier son squelette, de le tordre, de l’essorer, ce sentiment de devenir liquide, une flaque, une goutte d’air dissout dans le vide, ce sentiment d’une transition vers un autre état, de devenir autre chose, un objet peut-être, l’insignifiance même, l’absolu néant ou du moins ce peu, le sentiment du peu, du presque rien, de l’infiniment petit et dérisoire, ce sentiment qu’on tiendrait dans la poche de quelqu’un, ce désir de tenir dans la poche, d’être transporté, ce sentiment de se sentir véhiculé d’un endroit à un autre, de ne compter que pour cette instance du transportable dans le fond d’une poche, tiré, bringuebalé, voyagé, esseulé pourtant, ce sentiment d’être là sans être là, ce sentiment de devenir de plus en plus mince, de plus en plus flou, ce sentiment du seuil franchi, de point de non retour, de l’infini, du presque zéro, ce sentiment du stade d’avant, d’avant tout, d’avant tout le monde, ce sentiment du stade non développé, du stade incertain, du stade informe, diffus, le sentiment du souffle d’air qui s’envole sans jamais retomber.
Perle Vallens
Sur un extrait des 400 coups de François Truffaut, ce nouveau ciné-poème s’intitule ça tourne.


Il a décapité toutes les statues du parc de l’hôtel de ville. On a vu les corps de pierre sans rien sur les épaules, des corps coupés ras au niveau du cou. C’était pareil dans tous les parcs de la ville et des villes voisines. Les statues ont perdu une partie de leur ombre. Elles sont comme nues. Plus personne ne les dévisage, plus personne de les regarde dans le blanc de leurs yeux vides. On voit bien qu’il leur manque quelque chose.
Les têtes ont été retrouvées dans le jardin du décapiteur. Toutes empilées les unes sur les autres, elles formaient un muret long de 4 mètres. Personne ne sait comment elles font pour tenir, comment elles ne basculent pas, comment elles ne roulent dans l’herbe. Est-ce qu’elles sont collées entre elles, est-ce qu’il les a attachées, fixées, clouées, vissées ? Après les avoir détachées à la hache. C’est ce que tout le monde se demande : comment elles restent accrochées.
Perle Vallens
Comme chaque mois, la revue Miroir reprend une série de textes écrits sur la base des consignes proposées par Laura Vazquez. Hier, paraissait donc Quand nous ne savions rien, à lire ou relire ici.



je suis cible mobile divisée
mal définie
difficile de viser entre les cils
un seul regard tire sur la veine
et tout se déroule
tout ce qui brûle et tout ce qui bruit
jusqu’à l’écho de la claque
sur le cœur
Perle Vallens
Philippe Grandrieux est un cinéaste expérimental que j’aime beaucoup, c’est sur un extrait d’un de ses films de fiction, La vie nouvelle, que je vous propose ce nouveau ciné-poème, l’ombre est une brûlure.


Ce vendredi 7 avril, je suis invitée sur le plateau de Radio Galère (à Marseille) dans l’émisson Poésie in ze city, à parler de ceux qui m’aiment au micro de Junie Lavy, l’animatrice de l’émission dédiée à la littérature et à la poésie.
J’y serai aux côtés d’Olivier Bastide comme lors de notre lecture à deux voix à la Librairie Orange Bleue en février dernier, puisque tous deux édités par les éditions Tarmac. Nous aborderons notre parcours littéraire et lirons chacun des extraits de nos recueils respectifs, parus tous deux en fin d’année 2022.
L’émission est en direct mais vous pourrez la réécouter en podcast sur le site de la radio.
