
dents poreuses d’avoir trop mordu
canines requineraient bien encore
grand blanc pleine bouche
jugulaire à usage unique
animal à sang chaud
un charnier entre les molaires
Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

dents poreuses d’avoir trop mordu
canines requineraient bien encore
grand blanc pleine bouche
jugulaire à usage unique
animal à sang chaud
un charnier entre les molaires
Perle Vallens
Pro/p(r)ose est une revue littéraire en ligne qui paraît tous les deux mois, le dernier dimanche, et diffuse interviews, recensions d’ouvrages, créations… Y avait déjà été publiés quelques poèmes en novembre 2021.


Sa créatrice, Karen Cayrat, a lu ceux qui m’aiment dans le numéro de mai 2023 mis en ligne hier et en fait un joli retour, une fine observation de ce premier recueil édité chez Tarmac qui fait d’ailleurs l’objet d’un article et une interview de Jean-Claude Goiri, l’éditeur. Est également incluse l’écoute d’un extrait audio sur soundcloud.
Merci beaucoup à Karen pour ce qu’elle écrit, au-delà de la recension de ceux qui m’aiment. Je suis très touchée.




ce qui glapit me ressemble
ce qui sort de ma gorge
comme piaillement
l’œil se ferme pour me taire
Perle Vallens
La revue Dissonances #44 vient de paraître. Je suis heureuse et fière de voir le poème Rien (à dire) dans ce nouveau numéro sur le thème Silences. Vous pouvez le trouver sur le site de la revue ou dans l’une des librairies listées, et notamment à la librairie Orange bleue.

Il s’agit cette fois d’un très court ciné-poème sur un extrait d’un film de 2022, Men de Alex Garland. Bon visionnage !

ce qui fait défaut ce qui est défectueux
ce qui nous défie ce qui défaille
ce qui nous définit si mal
tu dis une traîtrise ou un trait de caractère trop marqué
ce qui se tait ce qui se terre
ce qui terrasse ce qui terrifie
ce qui dénigre ce qui nous grève
ce qui déserte ce qui assèche
cette soif qu’on ne peut contenir
ce qui ne s’étanche pas ce qui se détache
ce qui déchante ce qui te déchire
ce que tu ne choisit pas
ce flottement sans que rien ne t’arrime
démunis démis décimés
ce qui est dément est démenti
ce qui nous démet : ce déni
Perle Vallens


ce que je déracine c’est une langue
courbe mal définie
imprononçable
avec vue plongeante
sur nos mots crus désarticulés
auxquels manque l’écarteur
pour les mettre à nu
nos silences à cran
d’arrêt sur images
que je réduis à des restrictions
syntaxiques
traduire c’est trahir
Perle Vallens
Ce ciné-poème a été écrit sur la scène finale d’un très joli film, poétique, d’Albert Lamorisse, le ballon rouge (1956). Ici, de la joie et de la couleur…

Elle respire à peine. Apnée qu’elle contrôle d’on ne sait quelle partie du corps. S’il s’agit d’interdire toute émotion trop vive de la submerger. Les efforts qu’elle fait pour lisser la barre à son front, ne rien laisser paraître du stress qui la dévore. L’œil s’inquiète et roule vers les autres, sans les regarder directement, mais fugace, par en-dessous, jauge la concurrence. Elle-même se sent dévisagée. Des regards dans son dos la contournent, des regards pointillés ou insistants, qui sondent, évaluent, statuent, critiques dards d’insectes qui la pénètrent et diffusent leur venin, accroissent son angoisse. Debout, elle passe d’un pied sur l’autre, mais le mouvement deviné est interne, oscille entre l’estomac et le cœur. Le mouvement est percussion contre ses parois, sa peau invisible dans son survêtement noir, son collant invisible dessous et seulement l’ouverture devant, par où l’on voit le justaucorps, par où les battements irréguliers, par où le frissonnement instable, la chair de poule qui n’est pas de froid. Mais son ventre triche et lui remonte à la bouche. Ses lèvres se pincent pour éviter à l’air d’entrer et sortir. Exclure qu’il la contamine. Moins que les muscles, l’intérieur tout entier en tension, les organes figés dans leur eaux, leurs tissus, cette sclérose quand les membres s’efforcent de se délier, de se laisser aller à leur souplesse naturelle, relâchés. Elle attend, fébrile, l’entrée en scène, se demande quels seront les exercices imposés, combien ils seront pour la juger. Est-ce que les autres seront meilleurs qu’elle ? Est-ce qu’elle a ses chances ? Ce passage de haie du concours la tord sans la briser, quelque chose se retient encore. Mais cette légère morsure lui mange la gorge, ce pincement continu à ses tempes. Pour tromper le monde, se donner une contenance, elle fait craquer ses articulations, sa façon sonore d’habiter l’espace, de se sentir pleine de cette atmosphère qu’elle déplace, viciée de l’anxiété et lourde de ses déserts. Elle se cambre à l’extrême, son dos arqué, ployé, elle envisage le plafond comme une récompense, un refuge possible.
Perle Vallens