Un peu de magie, comme une embellie, avec Tim Burton en guest star, sur un extrait de Sleepy Hollow, c’est le ciné-pomèe 39 : la magie est partout.
Mois : novembre 2023
Portraits d’automne





La terre tremble

Ecoutez
C’est la terre
qui tremble et craque
C’est l’écorce terrestre
qui rompt se morcelle se détache
C’est la carcasse décentrée folle
qui s’ébranle et s’engouffre
C’est la masse considérable
qui s’éventre brusquement arrachée à elle-même
par on ne sait quelle force centrifuge
C’est l’effondrement de falaises infranchissables
qui se brisent sous leur propre poids
C’est la partie centrale des glaciers
qui se fracture leur fonte progressive
où le sérac s’écroule
C’est le fracas des corps solides
qui s’entrechoquent
corps devenus mous sans forme
devenus flottement dans l’onde disloquée du monde
C’est l’abîme insalubre d’ombres instables
qui dévore et avale toute chose
C’est l’éclat rauque et métallique
qui foudroie la peau grasse et douce et souple de la terre ensanglantée
C’est la chair vive défaite ravalée au rang de cadavre
qui nourrit la terre et s’en nourrit
C’est la trace des blessures la couche crevassée
qui découpe cicatrices le long des fissures
tant de membres amputés qui finissent par repousser
au rythme d’une course comme une prière
que rien ne parvient à terrasser
Perle Vallens
Pur malt

Ecrit et mis en voix/son initialement sur une proposition de Mange tes mots.
Lucioles

j’avais des lucioles dans mes os
luisants
des ouvertures sans charnières
dans les jambes
des mains me poussaient partout
puis d’épuisement
mes yeux sont tombés blancs
de mon visage dépressurisé
d’habitude je les ramasse
je les recouds comme le sourire
rembobiné
pour mieux enregistrer les messages
à lire sur les lèvres à l’aveugle
à l’ouverture le cil n‘avait toujours pas
de réponse à donner
Perle Vallens
Patchée

ta bouche
patch sur ma bouche
effet placebo
ou giclée de vie brute
mes lèvres se couchent en travers
chienne d’ivresse
la chaleur se chante
le fourmillement gagne le torse
par la trachée
mon corps se rappe sur ton tempo
c’est la rythmique qui fait la durée
(dure ou douce)
sur mes doigts je dompte
heat parade
décompte selon directives
selon dérives
organes indigènes ou corps
étranger
Perle Vallens
Ciné-poème 38 : Etincellement
Ce nouveau ciné-poème a été réalisé sur un extrait de L’enfer, film inachevé de Henri-Georges Clouzot, c’est également un hommage à Romy Schneider.
Enfance guérandaise

On part en colo. On prend le train sans nos parents. Pour certains c’est la première fois. Nous avons un wagon entier. On prend nos aises, on allonge nos jambes.
Par la fenêtre, les paysages défilent. Fumées de cigarette. C’est déjà une transgression. Ça sent l’aventure.
A l’arrivée, l’air a une odeur différente, fantasmée d’embruns. Il sent les vacances. Et la liberté.
D’abord il y a le bâtiment principal. Un manoir mais on dit château. Et puis, quatre ensembles dispersés. Des chalets. Des chambres non mixtes de trois ou quatre lits. Pas de dortoirs. Une vaste salle à vivre, à la fois salle de jeux, de chant, de discussion. Le réfectoire, c’est au château.
Avant le dîner, on assiste à des représentations, des saynètes. Deux personnes grimées, une fillette et un mono. Ils dansent ou disent un dialogue. Ils descendent de la lune. Elle a des yeux bleus, mélancoliques dans la lumière rasante du soir.
La joie revient quand on se met à table. On parle, on rit. La joie revient toujours. La joie, couleur de crépuscule, ce feu dans le ciel d’été. On ne craint jamais de se coucher avec une joie pareille.
Le goûter, on le prend en extérieur, en pleine nature. Pain et chocolat à croquer ou pain et confiture. Simple, parfait pour affamés.
Il y a des guêpes partout. On apprend à les piéger. On apprend à les observer. Et puis lézards. Et puis chauve-souris, une s’est prise dans ses cheveux à elle. Elle crie pleurniche. Ses cheveux roux, bouclés, elle croit qu’on va être obligé de les lui couper.
On suit les criquets et les sauterelles, les coccinelles, on leur court après en plein champ. Des herbes hautes jusqu’aux genoux. Une marée verte. S’y rouler ou y gambader. On est des animaux, nous aussi.
Ce qu’on préfère ce sont les spectacles. Ceux des monos. Ou ceux qu’on fait soi-même. Le préféré, la sorcière de la rue Mouffetard. Le placard à balais, la sorcière-grenouille, tout un bestiaire pour nourrir notre imaginaire d’enfance. Le petit garçon du conte est un barbu à lunettes. Au retour, j’achète le livre. L’histoire restée intacte.
On organise des jeux, des parcours, des chasses au trésor. Il y a des rubans à suivre dans les arbres. Des repères, des indices à deviner. Ici, on tourne. Là, on résout une énigme, on trouve un code secret. A la fin on gagne. Même quand on ne gagne pas, on gagne toujours quand même.
On fait du macramé, de la pyrogravure, des pompons en laine. Tant de possibilités insoupçonnées. Presque de la magie. Ce qui naît de nos mains est insensé. Nos mains ont une vie propre. Elles dansent. L’enfance est une vie dansée.
Perle Vallens
(Paragraphes avec Leslie Kaplan)
Série au porte-jarretelles (photographie)
Comme annoncé hier, j’envisage de rapatrier tout le volet du blog Photographie ici. J’alternerai donc entre textes (généralement illustrés d’une de mes photographies) et séries issues de shooting divers.
Ci-dessous la série dite « au porte-jarretelles », réalisée avec le modèle Alix, dont j’apprécie la plastique et surtout l’extraordinaire regard.







Impro danse contemporaine
On s’éloigne de la poésie et de la littérature avec cette vidéo de danse (que j’héberge ici car j’envisage de rapatrier tout le volet Photographie sur cet unique blog). C’est un projet réalisé pour ma fille cadette, improvisation de danse contemporaine sur un quai de gare, sur Enjoy the silence de Depeche Mode.