photo n&b·poésie

Vies frelatées

On prie le dieu du vite fait bien fait 
on nous sort les jeux et le pain à toutes les sauces
dans lesquelles on trempe notre belle assurance 
la satisfaction d’une confiance en soi touillée
au jus doux des conditions générales de vente 
(ni reprise ni remboursée) 
notre ego réutilisable  
chaque jour recomposé d’un matériau 100% recyclable 
ce qu’on poubellise ce sont les vocations inexistantes le manque de désir
ces silex inutiles desquels aucun incendie ne jaillit 
(les containers ne risquent pas de prendre feu) 

Le cynisme est une route risquée
glissante 
et nous avons beau mettre des crampons au semelles du réel
une chute n’est jamais exclue
pente jamais douce qui nous prend au dépourvu 
de nous-mêmes en dépit de tous nos efforts 
pour rester accrochés arc-boutés au dos 
d’un mieux ancré que nous 
tantôt parasité tantôt parasitant

On ne se dit jamais qu’on est l’enfer d’un autre 
que la sécheresse naît dans nos mains 
que ce moindre geste n’encourage pas
nous ne savons pas s’il se nomme apocalypse
ou apothéose 
nous sommes ce toit percé du monde par ou coule le sang de notre prochain 
termites ou frelons

Nos vies frelatées valent encore de quoi
valent encore la peine
nos vies passées par pertes et profits 
totalisés dans les panneaux excel 
s’indéfinissent dans l’extrême contemporain
caractérisé par indifférence caractéristique
aveuglé s’aveuglant avançant à tâtons
le regard trouve quelque chose
qu’il ne cherchait pas 
Perle Vallens

Laisser un commentaire