photo négatif·poésie·prose

Parce qu’aujourd’hui

je suis femme assise côté passager
je regarde passer ma vie
comme s’il s’agissait d’une autre
reflet enfermé dans la vitre
je suis mon propre paysage
sans le savoir
toute l’enfance durant
j’ignorais que j’existais vraiment
ailleurs que dans d’autres regards
ce que dure l’enfance on ne le sait pas
elle termine (trop tôt) quand la main
la sale main moite
et velue et veule
se pose
et ça fait comme une tâche sur la poitrine
qui ne s’efface qu’avec le temps dit-on
la main a fait venir le rouge
aux joues tombées le sourire abaissé
trop crispé pour être
la honte s’est mêlée à autre chose
qui a fait de moi adulte avant l’âge
avant je ne savais pas ce qu’est être une femme
je ne savais pas vraiment
j’ai attendu d’autres mains pour effacer
la trace laissée l’enfance dessous
remonte parfois à la surface
je suis une femme assise aujourd’hui
du côté conducteur de ma vie
j’ai déjoué les pièges tendus par les mains
les miennes savent maintenant
essuyer la buée sur la vitre
mieux que quiconque sans rayer
les noms qui se sont déposés
sur le paysage

Perle Vallens

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