
Ce qu’on pensait : les sentiments
comme voie prioritaire comme passage à niveaux
tandis que les mots détournés sans issue
leur giratoire et l’impression de revenir sur nos pas
mots mensongers par omission
le souvenir ne dit rien du réel
trop battu en brèche trituré
nos sens nous trompent dans les grandes largeurs
membres raccourcis de rancœur bras étriqués de ne rien retenir
la main attrape lambeaux s’y agrippe
pour se retenir à ce qui fuit par l’oreille
chaque bribe ouvre nouvelle piste
où l’enfance se perd
Ce qu’on ne savait pas
la pesanteur des choses du ventre
pleines de secrets de partitions intimes
qui retentissent au cœur une histoire fabriquée de toute pièce
la transmission facile du leurre
une langue balbutie et butte
sur cette vérité qu’on ne pouvait pas voir
invisible puisque muette puisque muselée
puisque trop fort retenue
dont celui-ci laisse échapper l’écheveau sur lequel tirer
et tout vient avec d’incompréhension de colère
de décennies de déceptions de silences
le fil déroulé son odeur de cendre
la bouche décousue de l’arracheur de dent
mâche son travail de bourreau
et on ne sait jusqu’où avance la vérité
ni jusqu’où elle nous fera trébucher
Je marche mais ce sont sables mouvants
mauvais rêves devenus réalité rembobinée
des années en arrière à se demander
la bande son déraille dans une voix éraillée
détails effacés quand d’autres s’impriment durablement
auxquels je n’aurais pas cru non jamais
qui me font passer pour absente
ou ignorée
dans l’effacement on se contorsionne pour exister
on se hausse au niveau du noir pour mieux voir la lumière
les boues que l’on creuse et l’impudeur
à fouiller pour mieux contourner la silhouette où je cherche son visage
je crois que je lui en veux d’avoir gardé pour elle
les blessures les tremblements
son image abîmée me la rend plus faillible
plus profondément indomptée
toutes les fractures les plaies ouvertes
et toute sa force au centuple
dont je tire péniblement la mienne
Ce qui ne se dit pas n’est pas morsure
mais nous ceinture plus sûrement qu’un corset
dont on ne se dégage que si la parole entièrement nue se libère
s’ôter bâillon alors et prendre son élan
couper court à ce qui freine ce qui hésite
entre la peur et le doute
désosser toute prudence décapiter net les illusions
décaper les murs de nos maisons jusqu’à la chair rougie
la chaux vive des phrases qui nous rongent
ce qui est tu brûle plus que tous les incendies de famille
Perle Vallens