Comme chaque huitième du mois, la revue Miroir est parue avec un texte court dont le début est ci-dessous et qui se lit intégralement ici. A noter que la revue s’enrichit d’un nouveau podcast mené par Benjamin Milazzo, après la saison 1, à laquelle j’ai eu l’honneur de participer, la saison 2, sur un modèle un peu différent, est attendu pour très bientôt. A suivre !
je suis femme assise côté passager je regarde passer ma vie comme s’il s’agissait d’une autre reflet enfermé dans la vitre je suis mon propre paysage sans le savoir toute l’enfance durant j’ignorais que j’existais vraiment ailleurs que dans d’autres regards ce que dure l’enfance on ne le sait pas elle termine (trop tôt) quand la main la sale main moite et velue et veule se pose et ça fait comme une tâche sur la poitrine qui ne s’efface qu’avec le temps dit-on la main a fait venir le rouge aux joues tombées le sourire abaissé trop crispé pour être la honte s’est mêlée à autre chose qui a fait de moi adulte avant l’âge avant je ne savais pas ce qu’est être une femme je ne savais pas vraiment j’ai attendu d’autres mains pour effacer la trace laissée l’enfance dessous remonte parfois à la surface je suis une femme assise aujourd’hui du côté conducteur de ma vie j’ai déjoué les pièges tendus par les mains les miennes savent maintenant essuyer la buée sur la vitre mieux que quiconque sans rayer les noms qui se sont déposés sur le paysage
Prendre la parole via wifi Oui-fi comme faire fi faire front mais de biais via ligne longue distance comment raccourcir comment réduire les mots à leur véritable expression comment sans fioriture dire comment sans le superflu et le foutage de gueule sans le jargon procédurier la novlangue qui pourrit nos bouches comme une carie mal soignée comment chevaucher comment dompter chevaux de troie ne pas enfoncer portes ouvertes ne pas non plus verrouiller les sens perdus parle avec toi-même tu te sentiras moins seul
Prise dans les phares est un texte audio dont voici une version mise en musique par Damga, dans le cadre d’une collaboration sur soundcloud. Elle a composé d’après ma version audio et voici la version finalisée :
Dans la géométrie du désir, les jambes sont à l’équerre à l’équilibre entre trop et pas assez Oscillations dans l’œil qui fixe au centre cligne et foisonne la toison animalière désertée indécise rêve pourtant du museau prédateur la hase hésite entre fuir et rester loin de son terrier à courir l’aventure giboyeuse sa cuisse se cuisine aux petits oignons dépecée sur place tous draps rabattus chien de fusil sa croupe tendue la paupière rabattue c’est l’azur du regard qui fait tomber la fourrure et faiblir toutes ses résistances trop tard pour ronger le piège quand la patte entraîne le corps tout entier sous emprise c’est le lapin pris dans les phares
Édité par Christophe Chomant, Faims est un recueil de trois récits érotiques qui mêlent sexe et nourriture et/ou cuisine. L’un des textes a été écrit lors d’une nuit du Prix de la Nouvelle Erotiquepour lequel j’ai été par la suite lauréate. Le livre d’un rouge flamboyant aux couleurs de la collection érotique de Christophe Chomant, est disponible en commande sur le site de l’éditeur.
« On dit souvent qu’il suffit de regarder quelqu’un manger pour savoir quel amant-e il ou elle sera. S’il chipote ou s’il est vorace, il n’aura pas le même façon de faire l’amour. Nombreux sont les parallèles entre sexe et nourriture. Le premier empruntant parfois son vocabulaire à la seconde, il peut être épicé, ponctués de mots crus, salés. On commence par se dévorer des yeux, avant de se manger la bouche, puis de se lécher, se sucer, se mordre, avaler… Quand les aliments ne sont pas eux-mêmes de la partie ! Jeux coulant-mousseux-onctueux, de food play ou nyotaimori, selon modèle anglo-saxon ou japonais. Ce recueil fait le récit de trois histoires de sexe qui puisent directement ou indirectement dans un univers culinaire, avec une double gourmandise et des sentiments. Car la cuisine est un acte d’amour. C’est un don. Un don sensuel de soi. Et les mets des messages pour ceux qu’on aime. »
ce qui vient d’absolue nécessité sans s’énoncer clairement une valse intérieure un remuement ne s’estompe pas à la lumière s’épanouit dans l’ombre où ce qui ne vient pas se perd
Les injonctions, vous devez, vous ne devez pas selon consigne proposée par François Bon (Tiers Livre) ont donné naissance à ce montage, genre de vidéo-poème express, à la fois hypnotique et répulsif.