Il se rêve des mains de pianiste lestes (sans piano) Il se rêve longue de jambes espacées dans l’écartement chevalin d’une montée à cru Il choisit de remaquiller ses doigts certains seulement ceux pour écrire un mot qui dure toute la vie (au moins toute la journée) Le trait de liner pour délimiter les lisières entre lui et elle c’est fil à couper la part fille de l’homme Le vernis à ongles se pose à cheval entre les genres sans bavure Le maquillage est une grammaire bilingue pour traduire les visages ll dit je et pense elle
A un moment l’homme abandonne la femme qu’il est sur une aire de délestage Il fait venir chaque jour de nouvelles cellules pour recomposer sa peau Il abuse des lotions capillaires et des vides sanitaires Il se passe en vidéo pour vérifier son sexe Il bombe le torse et ses épaules tombent un peu Il ramasse ses identifiants ce sac d’identités aux anses trop longues ce qui glisse toujours un peu c’est le choix fille ou garçon c’est cornélien c’est indifférencié parfois indécision rampante le lierre du genre qui s’entortille au corps Il est une géographie changeante non contenue dans le paysage
Dedans l’eau bout je plonge en moi un sourire un regard sans gluten mais la vie ne colle pas assez pour les retenir
La vie manque de sel de sapidité de concentré intense qui trop vite a tendance à se diluer la vie manque de contention autant que d’élasticité côté /cœur/
Par crainte qu’il devienne tout sec je l’humecte dans un peu de cyprine je le lubrifie j’espère en sa porosité et qu’il brillera encore à la couleur (changeante) de ses /yeux/
Il n’y a pas de commencement précis, il y a des faits, des anecdotes, des péripéties. Tout se replie dans l’histoire.
Il y a une mère et son fils, aujourd’hui seuls. Ils vivent ensemble. Il n’y a pas de père. En tout cas présent avec eux. Il y a eu un père sans doute un jour mais quand ?
Ce qu’on sait. Ils vivent dans un petit appartement, un petit immeuble dans une rue en périphérie d’une petite ville gardoise. Une ville de taureaux et de soleil, de chevaux et de férias. Elle vit du tourisme, cette petite ville, et la mère travaille précisément à l’office de tourisme de la petite vile gardoise.
Il se dit qu’elle aurait vécu en dehors de la ville, au milieu des champs. C’est ce qu’il se dit, sans que personne n’en sache davantage. On peut imaginer le mouvement des hautes herbes agitées par le vent, un mouvement continu, ralenti ou vif selon les jours, un mouvement qu’on ne peut inverser dans le flux de l’histoire, dans celui de la vie. Chaque tige qui se balance en est l’illustration infime, chaque fourmi est un personnage de l’existence de cette mère et de son fils, chaque détail microscopique, chaque molécule le surgissement invisible, chaque être unicellulaire en modifie l’équilibre, l’avènement des épisodes, chaque événement s’enchaîne selon une logique qui échappe au commun. Comment pourrait-il en être autrement ?
L’enfant est né le 2 janvier 1918 comme en atteste le livret de famille. Il n’a pas été reconnu par le père. Il porte le nom de la mère. Il porte son sourire et son regard bleu. Il a vécu son enfance dans ce coin de France méridionale, où les autres parlent avec un accent hérité des grands-parents plus que des parents. Ça chante et sonne dans les frémissements de cigales et de pétanque. C’est ce que disent les Parisiens qui passent à l’office de tourisme pour prendre leurs renseignements sur les événements locaux et les festivités d’été. Mais de loin, la vague banlieusarde, la parentèle de la mère, vaguement dédaigneuse de cette exilée provinciale, mésestime l’absence paternelle, inimaginable.
Elle aurait pu faire quelque chose de sa vie. Elle aurait pu être quelqu’un, une personne importante. Elle aurait pu avoir une vraie carrière. Au lieu de ça, elle est devenue mère. Voilà aussi ce qu’il se disent. La sœur est chef d’entreprise, la cousine est professeur d’université, alors forcément, elle, dans sa bourgade du sud, dénote, détonne et explosive contrefaçon des possibilités d’expansion, des avènements féministes. Quelle sens des priorités ! Elle serait désespérante si l’on avait pas autant pitié.
L’enfant va à l’école communale, mixte, mêlée, que la République entend comme inclusive. Toutes nationalités, tous sexes, voilà qui est un bon début dans la vie. La mère partage cet avis du plus grand nombre. La mère est sereine, voit l’avenir de son enfant comme meilleur que le sien. A peine entré en CP, il sait déchiffrer mieux que personne son nom et son prénom, Roche, Thomas. Mais sa généalogie à demi ignorée. L’enfant sans père s’en contrefiche si ce n’est les questionnements des autres enfants auxquels il ne répond jamais. C’est forcé, il ne sait pas.
La mère n’a rien d’autre que lui, le fils est tout, elle n’a que lui. C’est une lourde charge, dit-on, seule avec enfant. Ça revient à dire, seule. Car un enfant n’est pas tenu comme réelle compagnie, mais charge mentale. Comment fait-elle ? On lui laisse entendre qu’elle ne peut y parvenir seule, qu’il faudrait un homme, comprend-elle, un homme. Parfois elle lit sur son smartphone, « Vous avez atteint votre limite » et elle le prend pour elle personnellement.
Le père était-il fou pour avoir abandonné son fils ? Il est aujourd’hui ce fantôme qui hante les nuits de l’enfant, une silhouette dans l’ombre, une forme floue, lointaine, auquel il ne s’est pas encore identifié, auquel il n’est pas apparenté. Il s’encourage. Il espère lointainement être le fils de sa mère mais aussi de son père. Comment faire ? L’enfant s’engouffre dans un récit sans borne, un récit imaginaire qu’il enjolive à mesure des jours. Le père mal défini s’illustre pourtant de haute lutte, super-héros peut-être, figure stylée, hors pair.
La nuit, l’enfant rêve parfois du père. Au réveil, il se révèle seul, sa mère à son chevet, sa mère et le bol de lait, les céréales molles, la saveur trop sucrée pour un éveil franc, le sucre c’est bon pour se rendormir, pour rester devant la télé, la cuillère à soupe trop douce pour sectionner la bouche, pour faire avouer les vérités. L’enfant complaisamment s’oublie devant un dessin animé, plonge la cuillère trop sucrée, chasse une mouche, porte à la bouche le non-souvenir du père, digère le nom de la mère devenu le sien, entre une poussée de pré-molaire qui le fait saigner. Les dimanches matins ne sont pas assez tendres.
La date de naissance ne coïncide pas avec l’humeur, avec le caractère de l’enfant, dit la femme. Elle tire une carte et sa moue désigne le non respect des valeurs, de la suite à donner. L’enfant devrait être comme ci ou comme ça, alors pourquoi les cartes disent-elles l’inverse. La mère se désempare, se déleste de ses superstitions car comment ferait-elle sinon ? La mère veut juste qu’il grandisse à l’abri du besoin et des qu’en-dira-t-on, en dehors des idées que les autres se font d’elle et de lui. Idées préjudiciables, se dit-elle.
L’élever, lui apporter la juste dose de nourriture et d’amour maternel. Ni trop, ni trop peu. A sa mesure. Ce qu’elle sait être capable de donner sans décevoir. Décevra-t-elle ? Comme elle a pensé décevoir celui qui est parti. Craindre le désamour du fils comme celui du père. Allure de chatte en retrait, laisser lâche le lien et libre d’aller l’enfant, mais reste la présence, attentionnée, attentive, une surveillance animale, une complicité sans contention, une confiance de mère, non d’amie, sans sévérité, d’une justesse qui se dit reconnaissance.
Ce que disent les voisins ? Un fils bien élevé mais un peu sauvage. Une mère isolée, taiseuse, mais sans histoire, d’une discrétion qui confine à la disparition. Personne ne trouve à s’en plaindre. Nous comme eux, moins que quiconque, qui méconnaît l’histoire de la fuite ou de l’absence. Zéro père, qui trouverait à médire ? Ici, personne. On les laisse tranquille. Changement de mœurs et de société, vous comprenez, aujourd’hui n’est pas comme hier, ça se fait d’élever son enfant seule, rien de répréhensible à ça.
Il y a quelque mois, on au vu roder un homme, on l’a vu zoner aux alentours. Il a fini par rencontrer la mère, il y a eu discussion âpre, il y a eu heurts, il y a eu cris. Et le fils, de loin qui se demandait qui était cet homme avec qui sa mère se disputait. Elle a dit, rien, personne, un ami. Qui n’est plus un ami a pensé l’enfant. Puis il est retourné jouer dans sa chambre. L’insouciance est une couverture polaire qui tient chaud aux genoux écorchés.
On s’était diapasonné une dernière fois le pas sur le pas de l’autre trouver le rythme de l’ardeur et du désir On s’était arrangé pour s’agiter dans la moiteur conventionnelle d’un coït qui revient de loin. On s’arrangerait pour plonger davantage, pour prolonger les épithètes et les formes non verbales, les hypothèses plausibles d’amitiés amoureuses. Il y a de quoi parier sur des prolongations horizontales, sur des temporaires qui s’agencent, des potentialités à moyen terme et ça me colle des frissons progressifs, directement programmés à une date ultérieure. Je bloque toute effusion dans l’écluse de mes lèvres. N’empêche, les dents du sourire sont de plomb, d’un bonheur noirci sans savoir de quoi.
Ça dit oui, ça dit go mais quelque chose freine dans l’élan qui pèse plus que les bagages sur le quai de gare et dans les bras qui pèse plus que les jambes elles-mêmes à l’arrêt sur le même quai et ce rer qui n’arrive pas dont on hésite à préférer qu’il vienne ou ne vienne pas et si une grève inopinée non souhaitée et non souhaitable mais quand même quelque chose freine le départ J’ai dit oui j’ai dit go et le train affrété soudain ça fout le cafard alors que l’instant d’avant d’un coup je me sentais prête et pressée de rentrer et les rails apparus comme un horizon possible à longer du regard dans ce sens qu’on dit bon par excès de méthode coué à parcourir jusqu’au bon emplacement celui qu’indique le billet dématérialisé trop souvent éteint dans la lumière trop souvent terne d’un smartphone qui ne reçoit aucun message Je sais par cœur le trajet mais s’espacent les conditions du retour entièrement dissoutes dans les hypothèses du voyage inverse bien sûr je reviens bientôt et qu’est ce que ça change dans cet incontournable devoir rentrer et dans ce vertige de cette salle trop haute de la voiture 7 dans l’instant saisir la rampe pour éviter de chuter tomber à la renverse est un souvenir ou un rêve alors qu’est ce que ça change dans cet interminable à moins de sombrer dans le même interminable sommeil et de rêver que je tombe à la renverse Être renversée c’est oui ou ja dans l’allongement caressant on en redemande du renversement le corps et la tête à l’envers et ne pas se redresser trop vite mais rester renversée, se laisser traverser par toutes la palette des émotions, comme tout un paysage qui défile sur la vitre d’un train, cet effet d’accélération on sent bien ce que ça fait dans l’échine, la vitesse du train son effet sur l’accélération des émotions, leur circulation dans le sang, leur effet dopant et addictif, on n’imagine pas à quel point on devient accro à la grande vitesse des sentiments.
Ça dit oui, ça dit go mais quelque chose freine dans l’élan qui pèse plus que les bagages sur le quai de gare et dans les bras qui pèse plus que les jambes elles-mêmes à l’arrêt sur le même quai et ce rer qui n’arrive pas dont on hésite à préférer qu’il vienne ou ne vienne pas et si une grève inopinée non souhaitée et non souhaitable mais quand même quelque chose freine le départ
J’ai dit oui-go comme ouija et le train affrété se peuple soudain de fantômes et soudain ça fout le cafard alors que l’instant d’avant d’un coup je me sentais prête et pressée de rentrer et les rails apparus comme un horizon possible à longer du regard dans ce sens qu’on dit bon par excès de méthode coué à parcourir jusqu’au bon emplacement celui qu’indique le billet dématérialisé trop souvent éteint dans la lumière trop souvent terne d’un smartphone qui ne reçoit aucun message
Je sais par cœur le trajet mais s’espacent les conditions du retour entièrement dissoutes dans les hypothèses du voyage inverse bien sûr je reviens bientôt et qu’est ce que ça change dans cet incontournable devoir rentrer et dans ce vertige de cette salle trop haute de la voiture 7 dans l’instant saisir la rampe pour éviter de chuter tomber à la renverse est un souvenir ou un rêve alors qu’est ce que ça change dans cet interminable à moins de sombrer dans le même interminable sommeil et de rêver que je tombe à la renverse
Être renversée c’est oui ou ja dans l’allongement caressant on en redemande du renversement le corps et la tête à l’envers et ne pas se redresser trop vite mais rester renversée, se laisser traverser par toutes la palette des émotions, comme tout un paysage qui défile sur la vitre d’un train, cet effet d’accélération on sent bien ce que ça fait dans l’échine, la vitesse du train son effet sur l’accélération des émotions, leur circulation dans le sang, leur effet dopant et addictif, on n’imagine pas à quel point on devient accro à la grande vitesse des sentiments.
Quelle cause plaider qui ne ploie sous le joug de l’indifférence, genou à terre, quelle pitié interrompt la langue étrangère qui se parle à l’intérieur des têtes, qui se dit des histoires et s’invente des vies, contre quel regard buttent ces vies, le long de quelles interrogations, de quelles insistances qui pèsent sur les existences. Celle qui marche dans son jardin privé n’en sort que pour cueillir un sourire véritable. Ni compassion ni mépris mais quelque chose de tangible qui rend acceptable sa présence sur terre et la préserve de tout un monde dont elle sait devoir s’absenter.
Marche minimale dans les généalogies et les sentiers ombragés, la forêt sèche et rocheuse, estompée de lumières d’enfance, coulisse son rideau de feuillages et c’est une parure odorante qui me couvre. Une caresse quand bien même le vieillissement de la peau, soleil oblique, intimidé par la pénombre moussue de chênes et de pins, humide présence vivante.
J’accède ainsi sans rien faire, sans rien exiger, à certains miracles qui ventilent les émotions. Je ne compartimente pas. Je laisse venir, je me submerge. Le paysage m’est éblouissement, m’est accalmie jusque dans le dos lourd, et le genou douloureux, jusque dans la cheville fragile, jusqu’au fond du ventre tendu d’absence. Et cela semble suffisant pour éloigner les peurs.
J’apprends à manier la langue comme on brandit un tison les idiomes des amants pour brûler les bouches arrachées à leurs socles d’impatience.
On danse et on fait danser les mots on terrasse chaque absence dans les tiges renouvelées d’incantations hybrides d’herbeuses confidences croisement textualisés des désirs et d’émotives manifestations humorales.
Dans l’insomniaque mâchoire se crispent les attentes et crochetées dans les flancs les charnières des portes qui se referment quelle perspective garder aux chevelures raréfiées ou blanchies quelles cadences entre les pas mesurent l’espacement et les silences dans l’avancée en âge l’impression d’un orage éteint pourtant la main sur le cœur à ouvrir et largesses de ce qui reste à offrir s’étagent depuis la poitrine jusqu’aux lèvres.