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La foule et le nord

La foule se masse toujours dans la même direction, elle préfère se masser que s’espacer

La foule est parfois si compacte qu’elle ne laisse pas passer la lumière

La foule se fixe des rendez-vous et personne ne manque à l’appel

Aux avant-postes de la foule il y a une mini foule

On ne choisit pas la foule, c’est elle qui nous choisit

Le règne de la foule est dans la grande foulée, tous d’un même pas

La foule a des gestes désordonnés

La foule défile sans bruit (mais tout le monde sait que c’est faux)

Sans boussole la foule perd toujours le nord
mais y trouve une certaine gloire

Le nord oriente le mieux ce paysage froid qui fait défaut

Le nord est une voix lointaine que la foule écoute pour s’orienter

Emporté par la foule qui s’élance, le nord s’apparente à une danse

Le nord est une clé
Le nord est un souvenir
Le nord est une illusion

Sur la carte, le nord désigne l’inatteignable qui est souvent l’inattendu

Ce que la foule n’atteint pas, elle le rêve
Car la foule dort d’un même, d’un seul oeil
De l’autre, elle regarde le nord

Dans l’œil de la foule le nord est déficitaire

L’ennui est la distance qui sépare l’attente du nord de celle du futur
L’ennui est le principal agent d’érosion de la foule qui attend quelque chose du nord sans savoir quoi précisément

Le nord est l’obsession, vous ne le saviez pas ?

Perle Vallens

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Du corps du poète au corps poétique (vidéo-poème)

Mise en voix de deux poèmes parus dans l’anthologie Du corps du poète au corps poétique, celui de Dorothée Coll et le mien. Il a également été publié ce début d’été sur la chaîne youtube de Marilyne Bertoncini qui est à l’origine de l’anthologie. Bonne écoute !

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Exposition aux Rencontres de la Velouse, derniers jours

Comme l’an passé, j’ai participé cette année avec trois photo-poèmes (budget oblige), encore visible quelques jours à Charly dans le Cher.

Voici les cinq propositions initialemes (dont les 3 photo-poèmes exposés) sur le thème général de l’agriculture, ici poèmes écrits sur des photos de vendange.

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Lancement et lectures de Radical(e) à l’EXC

Si quelques exemplaires étaient à disposition sur le stand de Radical(e) au marché de la poésie, notamment en version open art, le lancement du dernier numéro de Radical(e) est prévu pour le 21 septembre à la librairie EXC (Passage Molière, Paris 3ème). On vous donne rendez-vous à 19h00 avec les créatrices de la revue/tract poétique et les autrices pour des lectures de ce dernier numéro, (Radical)esse (où figurent 3 de mes poèmes et 3 photographies également) et du précédent (Radical)ine. Si vous êtes dans les parages, ce sera un plaisir de vous croiser.

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Habiter

Il y a cet endroit qu’on habite maintenant, ce lieu familier, intime qui nous accueille dans notre entièreté, où l’on réside, où l’on vit, et tous ces autres par lesquels on est passé, qui nous ont vu grandir, nous transformer, être, vieillir. Qui peut dire où nous habiterons demain ?

On habite un endroit où l’on demeure, ça veut dire y rester un certain temps, y faire son nid. Peut-être un jour, un mois, un an ou dix. Peut-être même toute une vie au même endroit.

Ce qui s’habite s’habille, se nomme, s’installe dans notre vie, devient central, peut-être essentiel. On s’y installe, même de façon éphémère. Sinon on n’habite pas vraiment. On occupe un espace un moment, c’est tout. Pour habiter il faut se lier, se nouer avec un lieu.

On habite un appartement, une maison, une cabane, tiny house, ou encore une roulotte, une péniche, un camping car. Longtemps j’ai rêvé d’une demeure flottante, d’un espace mouvant à habiter, qui me déplacerait, me désaxerait, à mesure qu’elle se déplacerait elle-même. Une habitation mobile. Un mobil home.

On habite une ville, un village, une région, un pays, qu’on fait nôtre. On peut même habiter un bout de trottoir, un pont, une ruine, une clairière, si on y reste un peu. Peut-on habiter une route, un chemin, une rivière ? Y rester, y revenir comme un lieu avec lequel on tisse un lien, y laisser un peu de soi à retrouver la fois d’après.

Chacun rêve d’un toit à son image, qu’on peut habiter seul ou à plusieurs. J’habite un peu, beaucoup, passionnément avec toi toi et toi qui ne seront plus là demain, comment habiter alors, sans lui, lui, eux, elles ?

On habite bien ce qu’on aime, on s’ouvre, on écarte nos bras, tout l’espace qu’on habite peut être habité par d’autres qui viennent, s’en vont, vivent. On est soi-même habitation pour l’autre. Mon ventre a été habitation où durant quelques mois grandir, se nourrir, devenir.

On habite de ses yeux, de ses mains, on mesure l’empan de son habitation, ses ouvertures faites nôtres. On habite une aura, un esprit, celui d’un lieu, on habite son imaginaire, ses évocations, ses évolutions, on accompagne. On habite de phrases, de mots pour dire cet endroit qu’on habite.

Habiter, à comprendre comme avoir l’habitude d’un lieu, est-ce effet de syntaxe, habiter un lieu comme on habite le langage ?

Perle Vallens

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Vue cyclopéenne

Ils vomissent des mots crus et noirs venus avant l’aube 
à défaut de leur creuser une tombe 

Ils vomissent des images vertes de rage arrachées à leur ventre 
à défaut de fouiller dans le sang de leurs veines 

Ils vomissent des pensées sans nom des idées blêmes et molles 
à défaut de les rougir de leur honte 

Ils vomissent les fleurs sans fards de leurs peurs cueillies le matin même 
à défaut d’herbes fraîches du courage 
qui refusent de pousser sous leurs pas 

Ils finiront bien par vomir le cœur nécessaire 
pour guider leurs pas sur les bonnes routes 
où ils vont claudiquant
ce caillou dans la chaussure 
qui les fera vomir aussi et ce sera 
comme perdre un orteil 
comme pourrir de l’intérieur 
comme parler sabir inconnu d’eux-mêmes

Ce sera métamorphose 
ce sera monstruosité sur figure humaine 
l’œil vomi au milieu du visage comme vue unique
cyclopéenne du monde

Perle Vallens