poéie concrète / graphique·poésie

Une danse

Le squelette nous porte 
La peau nous porte chance
Est-ce la chair qui danse
qui festoie
Os est maracas
l’oreille est musicale 
sa paroi est un tambour 
où bat notre plus juste mesure
Les notes tombent dans les mains 
plus chargées de joie porteuses de chaleur
Les doigts ne s’échappent s’échangent
contre de nouvelles pistes de danse 
de nouveaux frissons une fluidité 
dans les bras nous hisse du sol
offrant un avant-goût de ciel 
nous pardonne de n’avoir
dansé davantage 
sous l’ossature 
brûle encore 
le ventre
centre
des
sources 
d’éveil de feu
la terre tremble
rien ne m’empêche 
de me lever de danser
cette façon que j’ai de taire
l’effroi de me lever de toucher 
l’ombre de créer un effet de lumière 
de brandir mon corps de vous émouvoir 
me mouvant déployant chacune des flammes 
la peau est une transparence sous laquelle 
notre structure reste un peu bancale 
le rythme ne suffit pas à nous 
maintenir on fait semblant 
de mourir pour anticiper
la mort on prend de
l’avance pour la 
désamorcer 

Perle Vallens

(de saison cet ancien poème exhumé des archives)

photo n&b·photo-poème·poésie

Main de nuit blanche

Main de nuit
blanche

nuit de saison
déraisonnée ouverte
bruits blancs ses pulsations
paume renversée recto-verso pâle
d’une blancheur de lune nuit écourtée
manche relevée jusqu’au coude creux d’épaule
plus clair que partout ailleurs sur le drap tendu la peau
d’un toucher moins rêche la douceur blanche de la main qui caresse
le soupir dans la lenteur du visage qui s’approche pour le baiser de mi-nuit
la moitié de ton corps sur la moitié du mien sa pesanteur d’avant matin
nos jambes dénudées apparues blanc sur blanc se confondent
et cette manière de les entremêler au réveil est un appel
dans le bruissement de chair froissée qui émerge
du sommeil cette manière qu’a la main de
suivre la ligne cohabitée des corps
comme pour appeler
une nouvelle fois
nuit blanche

Perle Vallens



atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Ue façon de marcher

Une façon de marcher
est de ne pas se soucier de la destination
une façon de marcher sans hésiter sans faire demi tour se laisser flotter
une façon de marcher, juste suivre un signe dans l’air une indication qui frôle
marcher en interprète pour traduire la respiration des arbres
là où se relèvent les plantes
aux branches juchées au-dessus du regard
une façon c’est : se laisser caresser les jambes
ou griffer (un genre de caresse)
la ronce murmure quelque chose
sur la peau et dessous
la main passe
des bribes et des feux vivaces au fond des pupilles
s’allument graminées s’égrènent semaisons plein les chemins
une poussée qui nous dit boire le ciel
parfaitement alignés pieds décantent hissés sentiers
une butte ou déprisonnés-libres la course
pas un seul pas ne s’éprend s’étire évide devenu enjambée
et pris un à un enfoncés dans des fleuves verts
souffle sur la boue s’échappe un filet de vrai
auquel j’avale

Perle Vallens

Actualité·performance poésie-action·poésie·prose·vidéo·vidéo-poème

Tourner en rond – Festival Aroundabout 2024

Samedi 26 octobre, durant 24h (de minuit à minuit -heure française-) a lieu le festival international de poésie-action des ronds-points : AROUNDABOUT FESTIVAL ! Sont diffusées des captations de poésie-action réalisées dans des ronds-points partout en France et dans le monde. Elles sont visibles en ligne sur :
– la chaîne YouTube https://www.youtube.com/@AroundAbout-v5t
– la page Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=61564664734698
et projetée en public samedi 26 octobre 2024 durant les 24 h du festival à IPN (atelier collectif d’artistes au 30 rue des Jumeaux, 31200 TOULOUSE, France).

Allez voir ce genre de poésie-performance, il y a des pépites, beaucoup de vidéos étonnantes !

Voici Tourner en rond :

atelier Tiers Livre·photo n&b·poésie·prose

Et global et local*

ni surfaces asphyxiées ni sols lessivés
ni appauvrissement ni essoufflement
ni pesticides ni compactage
ni carottes calibrées ni délestage de fioul
ni quad ni épandage sauvage
ni fraises hors sol ni culture intensive
ni résidus déviants ni empoisonnement
ni forêts défrichées ni arrachage de haies
ni artificialisation d’espaces ni disparition d’espèces
ni refuges piétinés ni mégots jetés
ni arbres fallacieusement abattus d’un coup de hache dans la tête ni traces de métaux lourds jusque dans les feuillages
ni abeilles mortes en pleine floraison ni affirmations complaisantes de l’industrie chimique
ni parcelles électrifiées ni plastique échoués
ni zones urbanisées ni eutrophisation
ni viabilisé ni constructible
ni parking ni zac plutôt zad plutôt résistance passive plutôt sensibiliser plutôt l’humeur combative mais joyeuse

car ici calcaire gréseux, boisé, alluvions, limons perméables sur nappe aquifère abritant végétation silicicole, populations d’amphibiens, insectes, rongeurs, rapaces
car biotope vivace à valeur de corridor écologique, voie de passage des bêtes, de transition des migrateurs

*titre sous influence du cours d’écopoétique du jour, Sense of Place and Sense of Planet de Ursula Heise

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·photo-poème·prose

Etat d’épuisement

L’épuisement est une opacité. C’est une grisaille qui pèse, une brume qui blanchit, qui ensorcelle jusqu’à disparition. Cest un voile tombé sur tout le corps. Je me sens anesthésiée. Ça commence comme une lourdeur sur les épaules, qui monte dans les cervicales jusqu’au cerveau. Là, l’épuisement creuse jusqu’aux yeux qui peinent à rester ouverts. Les cils battent pour s’envoler mais quelque chose les retient, les accroche, les pousse dans la verticale, appuie dessus et sur les paupières pour les fermer. Je force, je bats des ailes, je m’oblige au mouvement, je grimace, j’active tous les muscles du visage pour me maintenir en suspension au-dessus de la chape. C’est une résistance, c’est un combat entre moi er la grande fatigue qui étend son ombre.

Perle Vallens

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Eté finissant

L’été finissant se décalque sur les peaux 
se découpe sur restanques escarpées  
se corse d’ambre et d’ocres 
ces caresses du soleil avant qu’il ne s’éteigne 
les ombres se replantent une à une dans mon corps enraciné qui renonce
et s’abandonne à la gestation des lumières fragiles 
le ciel à reculons comme abdiquant 
ses feux de jour son effet fleuve 
ses impatiences distillées diluviennes 
en valses d’éventration 
le ciel jusqu’au point de bascule 
sa lenteur d’extinction ses prises au sol
où s’ancre ce qui s’apparente au silence 
le ciel : un lac sombre 

Perle Vallens

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Photographies

Photomaton. Photos d’identité réservées aux documents officiels, carte d’identité, carte de transport, où obligé de faire la gueule. Pas une mèche, pas un regard ne dépasse, ni un sourire. Aucune aspérité, nulle personnalité ne doit transparaître. Dépersonnalisés donc.

Photo de famille. On avait fait l’effort de tirages au début, d’albums photo, d’embryon narratif, d’un début de vie, d’un carnet de naissance. Après, stockées n’importe où, CD-Rom et DVD, clé usb, disque dur externe, mémoire d’ordinateur, de smartphone, de tablette. Démultiplication des espaces de stockage (et dans le même temps, numérisation des vieilles et très, voire très très vieilles photos argentiques).
Qui pour leur créer un nouvel album des 18 ans, qui pour une rétrospective, comme un accéléré d’instantanés, triés sur le volet, classés, rangés, leur choix ou le nôtre ?

Photo de blogging, de travelling. Photographier ce qu’on mange, au début à l’arrache, sans calcul, sans recul, sans soin particulier, avant prises de vues plus recherchées, mise en scène dans l’assiette, stylisme culinaire, ça voulait dire manger froid, en décalé, ne pas s’attabler. Et au restaurant, shooter sous toutes les coutures, déplacer son assiette, pour la lumière, pour meilleur angle de vue, photo flatteuse pour l’ingrédient phare. Et nappages voluptueux, sauces exubérantes, que ça déborde, que ça se repande. Food porn.

photo de croissants faits maison

Selfies. Version hyperconnectée des autoportraits, aussitôt capturés aussitôt postés sur les réseaux. Reflet de quel degré de narcissisme, de quelle nombriliste existence. Je suis en photo sur Facebook, instagram, x.. donc je suis. Nomme-moi, tague-moi, like-moi pour que j’existe.

Nudes. Le genre private du selfie, version imagée des sextos, pour plus que séduire, allumer, brancher, cette autre façon d’exister dans le désir voyeur de l’autre. Cette façon de draguer, photos plus ou moins déshabillées, plus ou moins explicites postées sur tinder, adopte, gleeden. Ou autres sites de rencontres, de libertinage, le nude s’offre comme une version immédiate, autonome, urgente de la photo érotique ou pornographique.

Photo érotique et pornographique. Du nude à la photo de nu, pour apprivoiser son image, celle de son corps, une histoire d’acceptation, il n’y a qu’un pas. Mais à la photo érotique, ou même pornographique, il y a un pas de géant, selon où l’on place le curseur (la photo de boudoir, ce stade zéro de l’érotisme). Il est alors question d’acceptation de sa sexualité et non plus seulement de son corps. Quitte à la mettre en scène. C’est une autre façon de s’afficher, de s’affirmer comme acteur sexuel et politique, puisque le sexe, les préférences et pratiques sexuelles, le genre sont politiques.

Photo artistique. Avec la photo numérique, tout le monde peut s’improviser artiste. Dis moi quel APN tu as, je te dirai quel artiste tu es. Recadrée, retouchée, retravaillée sur photoshop, lightroom, ou seulement bidouillée avec l’appli dédiée du smartphone, la photographie se lisse et se libère de ses carcans techniques et chimiques. Ou montages, collages numériques se métamorphosent en autre chose
Artisanal, classy, plus proche de l’art graphique, l’argentique a (re)conquis ses lettres de noblesse depuis le numérique. On dit vraie photographie comme on dit vraie recette en cuisine. Cette distance que l’on met avec la modernité excessive, ou comment l’on privilégie un certain savoir-faire, et l’authenticité de la tradition…
Quant au pola, il conserve son charme, celui de l’instantané, non retouché, gardé brut. L’un comme l’autre assument l’erreur, quand le numérique tend à la corriger.

IA, photographe ? Quelle vertu exploratrice, quelle dimension créatrice, cette forme « d’intelligence », utilisatrice des ressources numériques humaines mais dont les humains s’inspirent aussi, quelle évocation d’un pseudo-art pour justifier la génération d’images à partir de photos existantes, ce qu’on nomme magie plutôt que technologie.
Est-ce réellement de l’art ou le seul artefact de la technique ?

Perle Vallens

(écrit dans le cadre de l’anthologie d’été du tiers livre de François Bon, 40 jours d’écriture quotidienne. Je reprendrai d’autre façon, cette 18ème proposition…)

photo n&b·poésie·prose

En forêt

Le vent bat en brèche, ronge l’os et le sèche à la lumière lucide d’un soleil rétracté. Cerclé tracé des regards, une écoute animale, le flair orienté au nord, j’interroge l’horizon sur ma place véritable. Je ne parade pas, je me faire discrète dans le cortège végétal. Je me fais légère & statufiée dans les frondaisons, imperceptible pas, à l’arrêt.

J’existe quelque part, plus fort dans les forêts. Je soupire les futaies et les communautés de pins. Je me reconstitue dans les fougères hautes. Je m’aligne mieux les pieds dans la boue et les feuillages. Je respire.

Perle Vallens