Le squelette nous porte La peau nous porte chance Est-ce la chair qui danse qui festoie Os est maracas l’oreille est musicale sa paroi est un tambour où bat notre plus juste mesure Les notes tombent dans les mains plus chargées de joie porteuses de chaleur Les doigts ne s’échappent s’échangent contre de nouvelles pistes de danse de nouveaux frissons une fluidité dans les bras nous hisse du sol offrant un avant-goût de ciel nous pardonne de n’avoir dansé davantage sous l’ossature brûle encore le ventre centre des sources d’éveil de feu la terre tremble rien ne m’empêche de me lever de danser cette façon que j’ai de taire l’effroi de me lever de toucher l’ombre de créer un effet de lumière de brandir mon corps de vous émouvoir me mouvant déployant chacune des flammes la peau est une transparence sous laquelle notre structure reste un peu bancale le rythme ne suffit pas à nous maintenir on fait semblant de mourir pour anticiper la mort on prend de l’avance pour la désamorcer
nuit de saison déraisonnée ouverte bruits blancs ses pulsations paume renversée recto-verso pâle d’une blancheur de lune nuit écourtée manche relevée jusqu’au coude creux d’épaule plus clair que partout ailleurs sur le drap tendu la peau d’un toucher moins rêche la douceur blanche de la main qui caresse le soupir dans la lenteur du visage qui s’approche pour le baiser de mi-nuit la moitié de ton corps sur la moitié du mien sa pesanteur d’avant matin nos jambes dénudées apparues blanc sur blanc se confondent et cette manière de les entremêler au réveil est un appel dans le bruissement de chair froissée qui émerge du sommeil cette manière qu’a la main de suivre la ligne cohabitée des corps comme pour appeler une nouvelle fois nuit blanche
Une façon de marcher est de ne pas se soucier de la destination une façon de marcher sans hésiter sans faire demi tour se laisser flotter une façon de marcher, juste suivre un signe dans l’air une indication qui frôle marcher en interprète pour traduire la respiration des arbres là où se relèvent les plantes aux branches juchées au-dessus du regard une façon c’est : se laisser caresser les jambes ou griffer (un genre de caresse) la ronce murmure quelque chose sur la peau et dessous la main passe des bribes et des feux vivaces au fond des pupilles s’allument graminées s’égrènent semaisons plein les chemins une poussée qui nous dit boire le ciel parfaitement alignés pieds décantent hissés sentiers une butte ou déprisonnés-libres la course pas un seul pas ne s’éprend s’étire évide devenu enjambée et pris un à un enfoncés dans des fleuves verts souffle sur la boue s’échappe un filet de vrai auquel j’avale
Samedi 26 octobre, durant 24h (de minuit à minuit -heure française-) a lieu le festival international de poésie-action des ronds-points : AROUNDABOUT FESTIVAL ! Sont diffusées des captations de poésie-action réalisées dans des ronds-points partout en France et dans le monde. Elles sont visibles en ligne sur : – la chaîne YouTube https://www.youtube.com/@AroundAbout-v5t – la page Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=61564664734698 et projetée en public samedi 26 octobre 2024 durant les 24 h du festival à IPN (atelier collectif d’artistes au 30 rue des Jumeaux, 31200 TOULOUSE, France).
Allez voir ce genre de poésie-performance, il y a des pépites, beaucoup de vidéos étonnantes !
ni surfaces asphyxiées ni sols lessivés ni appauvrissement ni essoufflement ni pesticides ni compactage ni carottes calibrées ni délestage de fioul ni quad ni épandage sauvage ni fraises hors sol ni culture intensive ni résidus déviants ni empoisonnement ni forêts défrichées ni arrachage de haies ni artificialisation d’espaces ni disparition d’espèces ni refuges piétinés ni mégots jetés ni arbres fallacieusement abattus d’un coup de hache dans la tête ni traces de métaux lourds jusque dans les feuillages ni abeilles mortes en pleine floraison ni affirmations complaisantes de l’industrie chimique ni parcelles électrifiées ni plastique échoués ni zones urbanisées ni eutrophisation ni viabilisé ni constructible ni parking ni zac plutôt zad plutôt résistance passive plutôt sensibiliser plutôt l’humeur combative mais joyeuse
car ici calcaire gréseux, boisé, alluvions, limons perméables sur nappe aquifère abritant végétation silicicole, populations d’amphibiens, insectes, rongeurs, rapaces car biotope vivace à valeur de corridor écologique, voie de passage des bêtes, de transition des migrateurs
*titre sous influence du cours d’écopoétique du jour, Sense of Place and Sense of Planet de Ursula Heise
L’épuisement est une opacité. C’est une grisaille qui pèse, une brume qui blanchit, qui ensorcelle jusqu’à disparition. Cest un voile tombé sur tout le corps. Je me sens anesthésiée. Ça commence comme une lourdeur sur les épaules, qui monte dans les cervicales jusqu’au cerveau. Là, l’épuisement creuse jusqu’aux yeux qui peinent à rester ouverts. Les cils battent pour s’envoler mais quelque chose les retient, les accroche, les pousse dans la verticale, appuie dessus et sur les paupières pour les fermer. Je force, je bats des ailes, je m’oblige au mouvement, je grimace, j’active tous les muscles du visage pour me maintenir en suspension au-dessus de la chape. C’est une résistance, c’est un combat entre moi er la grande fatigue qui étend son ombre.
L’été finissant se décalque sur les peaux se découpe sur restanques escarpées se corse d’ambre et d’ocres ces caresses du soleil avant qu’il ne s’éteigne les ombres se replantent une à une dans mon corps enraciné qui renonce et s’abandonne à la gestation des lumières fragiles le ciel à reculons comme abdiquant ses feux de jour son effet fleuve ses impatiences distillées diluviennes en valses d’éventration le ciel jusqu’au point de bascule sa lenteur d’extinction ses prises au sol où s’ancre ce qui s’apparente au silence le ciel : un lac sombre
Photomaton. Photos d’identité réservées aux documents officiels, carte d’identité, carte de transport, où obligé de faire la gueule. Pas une mèche, pas un regard ne dépasse, ni un sourire. Aucune aspérité, nulle personnalité ne doit transparaître. Dépersonnalisés donc.
Photo de famille. On avait fait l’effort de tirages au début, d’albums photo, d’embryon narratif, d’un début de vie, d’un carnet de naissance. Après, stockées n’importe où, CD-Rom et DVD, clé usb, disque dur externe, mémoire d’ordinateur, de smartphone, de tablette. Démultiplication des espaces de stockage (et dans le même temps, numérisation des vieilles et très, voire très très vieilles photos argentiques). Qui pour leur créer un nouvel album des 18 ans, qui pour une rétrospective, comme un accéléré d’instantanés, triés sur le volet, classés, rangés, leur choix ou le nôtre ?
Photo de blogging, de travelling. Photographier ce qu’on mange, au début à l’arrache, sans calcul, sans recul, sans soin particulier, avant prises de vues plus recherchées, mise en scène dans l’assiette, stylisme culinaire, ça voulait dire manger froid, en décalé, ne pas s’attabler. Et au restaurant, shooter sous toutes les coutures, déplacer son assiette, pour la lumière, pour meilleur angle de vue, photo flatteuse pour l’ingrédient phare. Et nappages voluptueux, sauces exubérantes, que ça déborde, que ça se repande. Food porn.
photo de croissants faits maison
Selfies. Version hyperconnectée des autoportraits, aussitôt capturés aussitôt postés sur les réseaux. Reflet de quel degré de narcissisme, de quelle nombriliste existence. Je suis en photo sur Facebook, instagram, x.. donc je suis. Nomme-moi, tague-moi, like-moi pour que j’existe.
Nudes. Le genre private du selfie, version imagée des sextos, pour plus que séduire, allumer, brancher, cette autre façon d’exister dans le désir voyeur de l’autre. Cette façon de draguer, photos plus ou moins déshabillées, plus ou moins explicites postées sur tinder, adopte, gleeden. Ou autres sites de rencontres, de libertinage, le nude s’offre comme une version immédiate, autonome, urgente de la photo érotique ou pornographique.
Photo érotique et pornographique. Du nude à la photo de nu, pour apprivoiser son image, celle de son corps, une histoire d’acceptation, il n’y a qu’un pas. Mais à la photo érotique, ou même pornographique, il y a un pas de géant, selon où l’on place le curseur (la photo de boudoir, ce stade zéro de l’érotisme). Il est alors question d’acceptation de sa sexualité et non plus seulement de son corps. Quitte à la mettre en scène. C’est une autre façon de s’afficher, de s’affirmer comme acteur sexuel et politique, puisque le sexe, les préférences et pratiques sexuelles, le genre sont politiques.
Photo artistique. Avec la photo numérique, tout le monde peut s’improviser artiste. Dis moi quel APN tu as, je te dirai quel artiste tu es. Recadrée, retouchée, retravaillée sur photoshop, lightroom, ou seulement bidouillée avec l’appli dédiée du smartphone, la photographie se lisse et se libère de ses carcans techniques et chimiques. Ou montages, collages numériques se métamorphosent en autre chose Artisanal, classy, plus proche de l’art graphique, l’argentique a (re)conquis ses lettres de noblesse depuis le numérique. On dit vraie photographie comme on dit vraie recette en cuisine. Cette distance que l’on met avec la modernité excessive, ou comment l’on privilégie un certain savoir-faire, et l’authenticité de la tradition… Quant au pola, il conserve son charme, celui de l’instantané, non retouché, gardé brut. L’un comme l’autre assument l’erreur, quand le numérique tend à la corriger.
IA, photographe ? Quelle vertu exploratrice, quelle dimension créatrice, cette forme « d’intelligence », utilisatrice des ressources numériques humaines mais dont les humains s’inspirent aussi, quelle évocation d’un pseudo-art pour justifier la génération d’images à partir de photos existantes, ce qu’on nomme magie plutôt que technologie. Est-ce réellement de l’art ou le seul artefact de la technique ?
Perle Vallens
(écrit dans le cadre de l’anthologie d’été du tiers livre de François Bon, 40 jours d’écriture quotidienne. Je reprendrai d’autre façon, cette 18ème proposition…)
Le vent bat en brèche, ronge l’os et le sèche à la lumière lucide d’un soleil rétracté. Cerclé tracé des regards, une écoute animale, le flair orienté au nord, j’interroge l’horizon sur ma place véritable. Je ne parade pas, je me faire discrète dans le cortège végétal. Je me fais légère & statufiée dans les frondaisons, imperceptible pas, à l’arrêt.
J’existe quelque part, plus fort dans les forêts. Je soupire les futaies et les communautés de pins. Je me reconstitue dans les fougères hautes. Je m’aligne mieux les pieds dans la boue et les feuillages. Je respire.