
Tous les soirs, il la regarde se coiffer. Elle se laisse regarder. C’est comme s’il la touchait. Elle se laisse tomber dans son regard, sans filet. Elle effiloche son visage et lui laisse une ficelle pour qu’il puisse la suivre dans son sommeil.
Tous les soirs, elle se déshabille devant lui en espérant que quelque chose se passe. Qu’un mot soit lancé. A la volée, le rattraper, le garder au chaud, effacer les silences. Mais elle disparaît dans les non-dits. Sa nudité n’offre rien de plus que sa nudité.
Tous les soirs elle espère. Elle essaie de susciter mais ne sait pas bien comment s’y prendre. Elle a l’impression de s’estomper au bout de ses yeux. Elle espère être là le lendemain, elle espère qu’il la voit toujours. Au moins ça.
Tous les soirs, elle a peur. Elle a peur du noir qui embue la chambre. Elle a peur que le monstre sous le lit se réveille avant elle, avant lui. Elle a peur qu’il la surprenne dans ses rêves. Elle se demande si lui ou le monstre, ce n’est pas la même chose.
Tous les soirs, elle a peur de ne pas se réveiller.
Perle Vallens


