Samedi dernier avait lieu un atelier d’écriture en visio avec Laura Vazquez, autour d’Adrienne Rich (c’est par cycle ces derniers temps, pour avoir le temps d’explorer un auteur ou une autrice). Nous étions plus de 350 à écouter et écrire dans une énergie forte. Est né un texte qui a été sélectionné par Benjamin Milazzo pour la revue en ligne Miroir, celle du 8 février.
Il n’y a pas trente-six chemins pour voire trente-six chandelles. Il y a ce sentier qui part de la bâtisse principale, presque en face de la résidence. C’est déjà d’abord quitter la route principale qui mène au village, bifurquer à gauche on fait dos aux montagnes et on suit la direction de la résidence qui est indiquée sur un panneau peint. De part et d’autre, quelques fermes éparses, serres et granges, peu nombreuses, isolées entre elles par des champs de lavande d’un côté, terres en friches de l’autre. Après le ruisseau, à droite, on contourne par le bas et on laisse la voiture. Ici on doit continuer à pied par le sentier qui monte et longe la rivière en contrebas. On n’accède pas à la rivière, des fils électrifiés délimitent les possibilités. On doit suivre le sentier, son léger dénivelé, ses talus bordés d’arbres, entre son du vent dans les feuillages et cris d’oiseaux. Entendre un rapace et au loin, des pintades d’élevage chantent, un animal meugle, un fusil détonne, des chiens aboient. Ici, passent les vaches en été. En hiver ne passe presque personne. On entend toujours le bruissement de la rivière qu’on surplombe. A un moment, on ne la voit plus, le sentier s’est écarté et se poursuit en bordure d’une haie ouverte baignée de lumière. Il faut poursuivre jusqu’à une petite porte en bas, qu’un loquet ouvre, qu’il faudra refermer derrière soi. Là, deux pistes s’offrent l’une est un bout du monde qu’on arpente en grimpant puis s’éparpille en haut dans des clairières buissonnantes, une garrigue sèche, piquée d’arbres tremblant sous le ciel, d’ornières en redescente. En haut, un cadavre de camionnette, peinture écaillée, signature élimée « un vrai poulet », incongru dans ce paysage où rien d’autre, rien d’apparence humaine, que la camionnette plantée là, dont rien ne poussera. Mais si l’on prend à droite de la porte en bois, on longe une autre propriété vers où la rivière revient. Vaste étendue d’herbes sauvages, troncs d’arbres tombés, creux, gris et difformes sur la droite. Le sentier se fait ici étroit, minuscule, juste la place pour une personne. On y cheminerait à la queue-leu-leu. Ici, s’escarpe la colline sur le flanc gauche, plus pentue, drue, elle s’accidente. On suit un moment avant que cela ne se resserre. Le sentier se fraie, horizontal, à travers une forêt touffue. On pénètre alors dans une atmosphère dense, étrange, habitée. Ici, plus aucun son, un silence lourd, presque caverneux. Plongé dans l’ombre, on ressent la lumière verte, vivante qui émane d’être moussus, d’arbres chevelus, immobiles mais animés. Sensation d’un lieu très ancien, de vibrations lointaines, de pulsations, d’une énergie rare qui resurgit ici dans cet espace reculé. C’est un éloignement à la fois géographique et temporel dans ce recoin de forêt. Il n’y a plus de vrai sentier mais un passage sinueux, sur roche friable. Et là, calcaires concassés craquent sous le pas, rendent l’ascension difficile, très glissante par temps humide sur débris de pierres éclatées. Je sais qu’en haut existe une grotte, un refuge pour milliers de chauve-souris mais je ne les ai pas vues. Je reviendrai.
Le vent emporte quelque chose de non visible emprunte à la vue sa vitesse de perception grand emballement ou pâmoison épanchement humide sous le pas rien ne se dérobe sous la botte le sol adhère et même colle agglomération glaiseuse de quoi gloser un peu sur le temps qu’il fait d’un réchauffement planétaire la semelle s’inquiète si peu se contente d’acquiescer à la terre ferme sa garantie de stabilité obéit aux gémissements souterrains et internes vascularisés sous la ligne de flottaison des pensées
à quoi mieux réfléchir qu’au reflet que nous laissons en surface mal essuyée notre éponge comme petite cuisine insalubre d’effleurement en frottement assidu s’évertue dévoile vile dépôt et crasse méritocratie dans les pans larges des avènements des floraisons de nos dissidences de nos révolutions je me berce de visions de merveilles d’illusions par les yeux l’horizon seulement s’élargit jusqu’à s’avaler le sol défraîchi lisse isolé de son substrat désertique harassé reste seul fantôme de nos existences passées