

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…



son sexe est un colis piégé
au dernier étage de la bouche
par où passent inaperçus
certains gestes
comme celui d’enfoncer
l’escroquerie de la chair
son chant des sirènes
bombe à retardement qui m’a
explosé le cœur
plutôt que cet état de précarité
amoureuse
fais de moi une relique
aucune mendicité ne sera acceptée
sur le trottoir chaotique
mal cartographié du corps
je ne risque plus aucun claquage
durant la reconstitution
de la scène de crime
Perle Vallens

on a ce sentiment d’appartenir à la même espèce
qu’on pense supérieure
et qu’on imagine pas en voie de disparition
comme d’autres moins résistantes et moins désirables
cette impression de suprématie
de l’homme-pathogène
notre estomac à digestion rapide des autres êtres
nos jambes augmentées de carburant fossile
nos bras fossoyeurs du vivant
emmanchés de pelleteuse prête à dévorer
le premier arbre pour planter sa maison
enclenchant des armes de destruction
massive de déforestation en toute légalité
il faut bien que l’on se loge là où déjà on a scié
la branche sur laquelle on était assis
rien ne sert de verdir après avoir cimenté
on a troqué depuis longtemps nos branchies
contre le poumon asphyxié de notre suffisance
et les chants d’oiseaux dont on ignore le nom
contre une surdité rugueuse qu’on pense
acouphènes le sifflement de nos organes
est une langue incomprise le germe
d’une faune personnelle qui bruisse
quand plus rien alentour ne vit
Perle Vallens




Onze minutes et quinze tonnes de gaz carbonique
de quoi réinjecter la précarité dans une veine plus riche
qu’une rime de slam
Katy prise qui croyait prendre vol spatial
comme catalyseur de plaisir
tourisme hors sol Katy regrette
et recrache le fiel émis le déchet
métabolique d’une fusée
la déchéance pue l’excès inodore
que tu as expulsé
ton image chic et choc a pourri
décatie au fond de la capsule
passagère Katy prise la main dans le sac
d’inconséquence écologique
ce gaz résiduel de la célébrité tu l’emprisonnes
dans ton empreinte laissée dans la croûte terrestre
Katy que penses-tu de Blue Origin
impec comme titre de ta prochaine chanson
avec un peu de bonne volonté (et de chance)
ce que tu absorbes de reproches et d’insultes
tu en serais quitte pour une opération
de reboisement on te nommerait Katy Paulownia
espèce encore vivante gavée
de quinze tonnes de gaz carbonique
Perle Vallens
Retour aux ciné-poèmes et c’est le soixantième sur un extrait de We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay. Bonne découverte ou redécouverte de ce film à voir !


L’anthologie Runes & ruines dirigée par Marilyne Bertoncini de l’association Embarquement poétique est paru. On y trouve parmi de nombreux poèmes sur cette thématique élargie : Urbex.
Comme l’an passé, l’anthologie sera lue hors les murs au Marché de la poésie.
On peut commander le recueil à embarquement.poetique@gmail.com (14 euros et frais de port).


Merci à Benjamin Milazzo pour avoir sélectionné ce texte dans le nouveau numéro de la revue Miroir, impulsée par les ateliers de Laura Vazquez.


