atelier Tiers Livre·écriture·photo couleur·prose

Brandir la lumière

Sortir du lit encore engourdie, comme la nymphe de son cocon, s’étirer comme elle pour sortir de ma torpeur, articuler les pattes, mon exosquelette mimétique, l’actionner. 

Ouvrir la fenêtre en grand et faire entrer la fraîcheur. Écouter les bêlements des bêtes, les aboiements des chiens. Humer l’odeur animale, de suint et de crottin, qu’exhale l’heure matinale. 

Eveiller le regard dans les couleurs encore ternes de l’aube. 

Sortir sur la terrasse et constater que le givre s’est installé dans la nuit, qu’il s’incruste encore sur l’herbe blanchie. Chercher des yeux un mouvement, percevoir la fourrure noire de la petite chienne qui tourne autour de la bergerie. S’en étonner, sourire. 

Bien observer le versant de la colline et attendre que les premiers rayons de soleil baignent sa façade, que l’ombre des grands pins s’éclaire. Laisser les nuages s’effilocher. Brandir la lumière comme un secours. Gravir ainsi les premières marches du jour. 

Perle Vallens

photo couleur·poésie

Voix de grume

Ni billot ni hache brandie
l’arbre débité est un tronc sans nom
il a perdu son identité et ses racines
défait de son houppier le fût ne tressaille plus
il a perdu le souffle
du vent qui remuait ses feuilles d’un son mat
plus rien ne l’agite qu’un grand feu
peut-être bientôt dans l’âtre
où sa charpente colossale finira par s’effondrer
écoute encore sa voix de grume humide
l’air claque ou crépite entre les veines du bois

Perle Vallens