Plonger dans le fantasme de l’origine, à la racine, lignes courbes, sinueuses des généalogies, y chercher le rameau porteur comme la branche morte ou la pourrie, se demander de quelle souche l’on provient, de quel bois on est fait. Je compte les secrets comme les cernes sur le tronc, j’y discerne les césures et les erreurs, les pardons à mâcher comme boule de papier. Je mâchonne les histoires de famille, les affabulations à digérer, tout ce qu’il me reste sur le coeur. Je regarde les lignes de ma paume les veines de l’arbre, j’y verrais des signes et ce ne serait que pure invention.
Perle Vallens
*100 jours d’écriture/jour 8 (jours précédents sur les réseaux sociaux seulement)
De courts messages envoyés milli métrage où se devinent les couleurs passées du rouge au bleu sa peau s’écorce sans hache le chasseur suit sa pente au temps du muet
Nouvau vidéo-poème sur une consigne d’écriture proposée par François Bon (Tiers Livre)
Envoici le texte (qui précède toujours le vidéo-poème d’une courte tête (il est rare qu’il s’écrive pendant mais ça arrive, comme pour la série du vidéo-journal à la Laune).
Une voix dans la nuit, ça s’entend plus nettement que le jour. Tu marches dans ton insomnie et la voix te pousse comme une main dans le dos. Toi, rompue de fatigue mais infoutue de dire comment et quand il faudrait que le sommeil arrive, tu marches et la voix accroche les silences, quelque chose de sourd dans le souffle, tu ne mouftes pas, tu l’as reconnue. La voix n’a pas de son. Tu ne peux pas rembobiner le murmure, tu ne peux pas faire de retour arrière vers les mots qui n’ont de toutes façon pas été prononcés. Dans la trachée c’est une contention. La voix enfermée ne sort que si tu l’y autorises et quand même elle est là, elle te défie, tu lui dénies le droit, ça suffit comme ça. Au jeu du dedans-dehors, tu sais bien que tu n’es pas le plus fort, qu’elle finira par sortir et t’encombrer les bronches et peut-être bien la mâchoire si tu annones à ton tour dans le noir, mais alors ce sera par la voix. Toujours dans ton dos même muselée, elle se fait plus douce, façon de t’amadouer. Il faut bien que tu la laisses aller. Maintenant elle te précède, elle cherche à se faire remarquer, tu la verrais à l’œil nu à la lumière des led. Sur le chemin, la voix s’allume, elle grimpe et redescend dans l’ombre. Elle joue à cache cache avec tes nerfs. Tu te dis que la voix et l’insomnie sont de mèche, l‘une ne va pas sans l’autre. Tu sais bien que si tu t’endormais, elle se tairait. Elle se terrait. Petit monstre de voix sous le lit. Mais tu marches et le chemin n’est qu’une chambre intérieure où tu ne peux te coucher.
demain ne suffit pas demain ne dit rien s’estompe entre les lignes ennemies entre les parenthèses absentes des morts (demain) on ne sait pas encore de quoi il est fait de quelle poussière recouvre les décombres de quelle matière mesure les démembre ments les chairs et l’ossature demain ne reforme aucun corps les peaux éparpillées aucun manteau sale du jour plein des avanies de la veille les regards vides de toute eau du matin aucune pluie ne vient les remplir aucune larme ne se perd plus dans l’abandon des siens la patience ne suffit pas à faire émerger un nouveau pas demain boîte du mauvais côté celui des carcasses entassées demain se laisse écraser sous les bombes tombereaux de déploration sans futur re présentable
Courrier indésirable est une micro-revue ou un micro-fanzine qui se présente replié en tout petit format. Une nouvelle version de revues pliées parmi lesquelles Radical(e), dans laquelle je figurais avec photos et poèmes l’an passé, ou Vinaigrette, également revue amie.
NB le poème partagé est issu de Solo, dont j’espère qu’il sera bien publié aux éditions Tarmac…
Nuit random de 1988 dans la Pink House. David Lynch soupire dans son rêve, il ne parvient pas à entrer dans cet état de calme infini. C’est plus une transe qui le maintient. Vague tenture rouge à soulever et des couloirs à l‘infini. Devant lui, la Vénus de Milo l’attend pour danser. Il la serre dans ses bras comme si c’était la seule femme survivante dans un monde d’hommes. Elle dit : Vous me serrez trop fort, les bras m’en tombent. Il valse avec une femme sans bras, comment est-ce possible ? Il lève la tête pour regarder son profil de marbre blanc. Elle lui sourit, elle a le visage de Marilyn Monroe. Son regard est si triste et pourtant son sourire rayonne. Un bruissement de feuilles et une odeur de chlorophhyle monte à ses narines mais les arbres sont invisibles. Il n’y a rien que cette tenture rouge et lourde qui tombe devant lui, c’est comme un théâtre. En lui-même il pense un théâtre d’émotions. Vénus-Marilyn lui chuchote quelque chose à l’oreille qu’il ne comprend pas. C’est la bande son qui parle pour elle, l‘audio tape dit que c’est difficile d’être heureux. David dit : Ayez confiance en moi. La pluie se met à tomber mais elle ne mouille pas. Ils glissent tous les deux sur un sol immaculé qui se craquelle peu à peu sous eux. Le sol dessine des chevrons et la pluie se transforme en poussière. La voix de Marilyn se métamorphose en chant d’oiseau. David a peur qu’elle ne s’envole, il sert son corps sans bras. La statue ne peut plus danser, elle ne bouge plus, elle pèse des tonnes et David ne parvient pas à la soulever de terre. Il marche à reculons, au ralenti, puis c’est le sol lui-même qui s’écarte. David ne bouge pas. Il ne peut plus bouger. Il reste immobile comme collé au sol, et pourtant la Vénus s’éloigne de plus en plus. Elle commence à se fendiller en deux, à se briser. A l’intérieur, un corps monstrueux de bébé surgit. Il se dit que c’est Spike et il hurle : Non Jen ne touche pas à Spike, n’y touche pas. Spike dit : Je ne suis pas Spike, je suis Marlyn. Je suis la Vénus. Je suis toi.