
Regarder passer des anges

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Je me vois vieillir.
Je vois d’autres visages vieillissant.
J’en vois sur les sentiers de campagne et entre les feuillages des forêts.
J’en vois sur les trottoirs et dans les surfaces vitrées des villes, des reflets de rides dans les vitrines, des regards fatigués.
Je vois des gens qui peinent à marcher. Je vois leur peau fripée, comme écorce craquelée, leur chevelure rêche, leur crâne dégarni. Les feuilles mortes à leur pied.
Tout le monde vieillit, les arbres aussi, leurs branches sèches, leur tronc tordu, toujours debout, certains sont très âgés, bien plus que moi.
Les plantes vieillissent, celles qui durent une saison et les vivaces qui s’enfouissent en terre, s’y reposent avant renaissance.
J’aimerais bien moi aussi renaître. Ce sursaut d’énergie qu’un être parfois nous apporte.
Je m’allonge sur le rocher sans âge chauffé à blanc dans la lumière d’été. Je me serre contre ce chêne, ses hanches larges, sa solidité, sa solitude. Je me couche dans les herbes qu’on dit mauvaises et c’est un réconfort.
Nos peaux nous trahissent. Nos articulations, nos muscles, nos organes fragiles nous lâchent et la vie nous essouffle. Le vieillissement du corps nous blesse.
Toi aussi tu vieillis. Et toi. Et toi. Tous nous vieillissons, tandis que d’autres naissent.
Perle Vallens
Ce nouveau ciné-poème a été réalisé sur un extrait de La jetée de Chris Marker.


Il suffirait d’une main placebo à poser ici et là
à vertu adoucissante pour soulager un peu avant
de reprendre la route
un geste à synchroniser ou une bouche
qui perd de sa réserve (pour une fois)
et réoriente sa direction
suffisamment melliflue pour attirer le regard et la sève
comme un visage s’incline brusquement vers soi
d’un air de fleur tournée vers le soleil
Perle Vallens
100 jours décriture, jour 61


Ce vidéo-poème est réalisé sur une musique de Rachmaninoff : Études-Tableaux, Op. 39 – II. Lento assai. Bon visionnage et bonne écoute !

Tout autour la nature engourdie du silence
goûte la première rasade humide
Le soleil hypnotise chaque trou d’air
noir d’ombres
La nature transpire fort ses blessures
Perle Vallens
100 jours d’écriture, jour 55


Turbide nappe de canicule
acculé une chaleur de chaux vive
excès notables de nos turpitudes
les arbres ont cet air de reproche et d’avoir
abandonné la partie d’une lutte contre l’inertie
quel réquisitoire ces feuilles jaunies fripées
tombées prématurément comme un signe
de découragement à ramasser
cet humus à venir pour faire germer quoi du monde
ces changements qu’on espère
Perle Vallens
#100 jours d’écriture, jour 51