Un peu à l’arrache, je participerai ce soir à la scène ouverte à l’invitation de Julie, présentatrice de la soirée et de l’émission Poésie in ze city sur radio Galère. Ce sera à 19h30 à la Grande Librairie internationale de Marseille, si vous y êtes, passez ! Je lirai des extraits d’un recueil à paraître prochainement.
Je souffle sur une lettre pour en faire naître une autre, pour attraper un son qui dise, un signe qui parle
Je dis : exprime-toi Je demande au ciel sa couleur celle du temps ne se prononce pas elle se dilue dans le cri de la pluie la couleur des visages disparaît
Je dis : exprime-toi Je demande au vent son tissage c’est un secret qu’il ne partage pas avec moi c’est un secret pour les arbres et les plantes un secret souterrain tracé dans les graines
Ils se foutent bien du nom qu’on leur donne Ils préféreraient rester anonymes et intacts
Je dis : exprimez-vous mais ils se taisent ils se confient aux oiseaux leurs nids de sépulture sans épitaphe les forêts parlent d’une seule voix végétale minérale animale j’appartiens
Je m’adresse à la forêt Je dis : exprime-moi dresse un portrait de fumure de litière dessinée au fusain d’incendie la brûlure du pin je renais de ses aiguilles je suis ici sans nom
Le froid s’installe dans le corps dans une atmosphère tremblante dans un ciel soluble rien n’est suspendu aux branches que ce froid liquide jusque dans mes ongles feuilles à terre baignant dans leur jus dans mon sang se dégivre un appel long d’années embrassés le tronc et le lierre emprisonnent un reste de chaleur
Depuis septembre a lieu une exposition poétique et graphique organisée par le collectif de la micro revue écopoétique foehn au centre Wangari à Paris (porte de Montreuil). Il y a eu un vernissage, des lectures auxquelles je n’ai pu participer mais lors de mon séjour récent pour le salon de la revue, je suis allée me perdre dans cette « forêt » de poèmes, les lire et c’était beau. L’exposition dure jusqu’à la fin du mois, il y aura alors aussi un finissage (je n’y serai pas non plus). Voici un retour en images :
Frotte l’air, aigrette comme élytre, froissée sa force de fin de saison, pétales grippés, secs, écrasés de vent, une craie bercée ou un fusain, un bruissement de fanaison.
Perle Vallens
Illustration :John Singer Sargent, Dans les oliviers à Capri, détail (exposition actuellement au musée d’Orsay)
1. Il y a eu un orage. 2. Il y a eu des inondations. 3. Il y a eu pire.
Plusieurs énonciations possibles renvoient au réel et à son travestissement, comme en témoignent ensuite les annonces au JT, les titres des journaux, les effets de superpositions d’un post numérique, les interviews, les images qu’on imagine fake tellement improbables. Une illusion non choisie, un trompe l’œil qui prend l’eau.
La réalité instagrammée charrie des boues. On voit des véhicules dispersés, des quatre-roues flottant, des personnes perchées sur le toit des voitures. Peut-être hilares pour tromper l’effroi. L’effet serait comique si la catastrophe n’était pas perceptible, en transparence. Ce que l’image ne montre pas, ce que le hors champ, la voix off sont impuissants à crier, c’est la perte de repères. La perte de ses biens, et dans la finitude extrême, la perte de la vie. Parce que certains êtres sont morts, emportés par les courants, ensevelis par des trombes d’eau, écrasés sous des arbres déracinés.
Les pluies diluviennes, une fois l’orage passé, que sont-elles devenues ? Que deviennent les m3 stagnant ? Disparus le lendemain, asséchés si vite que le désastre semble n’être jamais advenu. Hormis les sacs poubelles, les déchets divers, les étoffes éparses prises dans les branchages. Le jour d’après, tout est comme avant, le niveau de l’eau après la montée revenu à celui du jour précédent comme si de rien n’était. Les visages ruisselants essuyés, les vêtements essorés, il faut vider, éponger, balayer, nettoyer, remblayer, reconstruire. Ce qu’on ne peut pas c’est ressusciter.
La déchirure du ciel si vive, si brève, s’est déjà refermée. Sa membrane fine s’est déjà reformée, bleuie, après grisaille informe, après lueur blême. Ce bleu parfait et sans nuages, ce bleu si pur et si cruel. Tout le monde le sait, le bleu du ciel ignore les morts. Et les oiseaux piaillent l’oubli.
Perle Vallens
(poème écrit il y a un moment, réminiscence d’une vague d’inondations)
Le numéro 49 de la revue Dissonances vient de paraître, elle a pour thème l’enfer et on peut la trouver ici ou la commander en librairie. J’y signe un poème intitulé inferno dia.
Le lancement aura lieu le samedi 11 octobre à 18h00 au salon de la revue, Halle des Blancs-Manteaux à Paris. Je lirai en compagnie d’autres autrices et auteurs de la revue. Vous êtes les bienvenus ! NB vous pouvez retrouver ici le programme du salon.