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Aller (texte & vidéo-poème)

Sur la base d’un texte écrit sur consigne boost avec le Tiers Livre de François Bon, voici aller, vidéo-poème (images de fin d’hiver/début de printemps dans la Drôme).

Aller. Aller à son rythme, de ruisseau avant rivière, de rieu fin, grossi des pluies de printemps, son flux a forci et frétille d’écailles, de caresses nouvelles, de course haletée à nos peaux humides. Aller au lavage des corps d’après saison et cellules mortes, aller à raviver.

Aller à revers, prendre la vie par ses manches, les extrémités de ce qui nous couvre l’hiver, finir par se dévêtir, exercer la peau à son exercice de printemps, exhiber l’orteil et les soies vibratiles, ouvrir la paupière et hausser le sourcil, regarder en l’air et le nez vers l’avant. Aller musarder à l’oreille, les bruissements sous la terre, l’éveil progressif, plantules
Aller à l’avant du navire, prendre les jaillissements comme embruns, les forces et les douleurs, les chants et les gémissements, aller au bain d’écume de tout ce qui surgit de bon et de mauvais, sans faire le tri, aller aux émotions comme une pêche miraculeuse et sacrée, se laisser submerger, se laisser aller à la noyade, boire la tasse et remonter à la surface, non intact mais renouvelé.
Aller au geste ultime et merveilleux, aller aux profondeurs et à l’intime, aller à l’autre et devenir autre. Aller loin et revenir.

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo couleur·poésie·prose

Briser les malédictions

Comme un chant d’oiseau je vous parle d’un territoire qui résiste aux déserts. J’ai cheminé et j’ai su les merveilles qui brisent les malédictions :

– le ciel si bleu qui baigne nos cheveux blanchis

– l’eau en transparence qui brossent nos membres éreintés

– l’espace agrandi de cuivre qui perce nos paupières closes

– le teint rosé de l’air qui frotte le désir à nos crânes désaxés

– les arbres qui ont poussé argenté dans nos yeux de brebis

– leurs feuilles qui dansent verdoyantes sur nos mains sans couleur

– les empreintes brunes qui caressent nos pieds emprisonnés

– les bruissements qui s’accrochent à nos oreilles trop grises

– les rayons d’or qui traversent nos lèvres de chaleur murmurée

toutes ces traces traversent nos cœurs d’utiles flèches, chassent l’amer de nos bouches, nous prolongent et la vie à nos corps ouvrent de nouveaux chemins

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Une voix cachée – faire courir la poésie (Adverba)

faire courir la poésie est un ouvrage collectif impulsé par les éditions Adverba. Chaque texte a été écrit en écho à une photographie, parmi celles de résident.e.s des Rencontres de la jeune photographie internationale, organisées par la Villa Pérochon (Niort). J’ai choisi une photo de Cédric Friggeri. Le texte s’intitule Une voix cachée.

photo n&b·photo retouchée·poésie

Colis piégé

son sexe est un colis piégé
au dernier étage de la bouche
par où passent inaperçus
certains gestes
comme celui d’enfoncer
l’escroquerie de la chair
son chant des sirènes
bombe à retardement qui m’a
explosé le cœur
plutôt que cet état de précarité
amoureuse
fais de moi une relique
aucune mendicité ne sera acceptée
sur le trottoir chaotique
mal cartographié du corps
je ne risque plus aucun claquage
durant la reconstitution
de la scène de crime

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Nos bras fossoyeurs

on a ce sentiment d’appartenir à la même espèce
qu’on pense supérieure
et qu’on imagine pas en voie de disparition 
comme d’autres moins résistantes et moins désirables
cette impression de suprématie 
de l’homme-pathogène 
notre estomac à digestion rapide des autres êtres 
nos jambes augmentées de carburant fossile 
nos bras fossoyeurs du vivant 
emmanchés de pelleteuse prête à dévorer
le premier arbre pour planter sa maison 
enclenchant des armes de destruction
massive de déforestation en toute légalité 
il faut bien que l’on se loge là où déjà on a scié
la branche sur laquelle on était assis 
rien ne sert de verdir après avoir cimenté
on a troqué depuis longtemps nos branchies
contre le poumon asphyxié de notre suffisance
et les chants d’oiseaux dont on ignore le nom
contre une surdité rugueuse qu’on pense
acouphènes le sifflement de nos organes
est une langue incomprise le germe
d’une faune personnelle qui bruisse
quand plus rien alentour ne vit

Perle Vallens