poésie

Blue origin

Onze minutes et quinze tonnes de gaz carbonique
de quoi réinjecter la précarité dans une veine plus riche
qu’une rime de slam
Katy prise qui croyait prendre vol spatial
comme catalyseur de plaisir
tourisme hors sol Katy regrette
et recrache le fiel émis le déchet
métabolique d’une fusée
la déchéance pue l’excès inodore
que tu as expulsé
ton image chic et choc a pourri
décatie au fond de la capsule
passagère Katy prise la main dans le sac
d’inconséquence écologique
ce gaz résiduel de la célébrité tu l’emprisonnes
dans ton empreinte laissée dans la croûte terrestre
Katy que penses-tu de Blue Origin
impec comme titre de ta prochaine chanson
avec un peu de bonne volonté (et de chance)
ce que tu absorbes de reproches et d’insultes
tu en serais quitte pour une opération
de reboisement on te nommerait Katy Paulownia
espèce encore vivante gavée
de quinze tonnes de gaz carbonique

Perle Vallens

anthologie de poésie·collectif·Embarquement poétique/Jeudi des mots·poésie·recueil

Anthologie Runes & ruines

L’anthologie Runes & ruines dirigée par Marilyne Bertoncini de l’association Embarquement poétique est paru. On y trouve parmi de nombreux poèmes sur cette thématique élargie : Urbex.
Comme l’an passé, l’anthologie sera lue hors les murs au Marché de la poésie.
On peut commander le recueil à embarquement.poetique@gmail.com (14 euros et frais de port).

atelier Tiers Livre·écriture·photo couleur·prose

Brandir la lumière

Sortir du lit encore engourdie, comme la nymphe de son cocon, s’étirer comme elle pour sortir de ma torpeur, articuler les pattes, mon exosquelette mimétique, l’actionner. 

Ouvrir la fenêtre en grand et faire entrer la fraîcheur. Écouter les bêlements des bêtes, les aboiements des chiens. Humer l’odeur animale, de suint et de crottin, qu’exhale l’heure matinale. 

Eveiller le regard dans les couleurs encore ternes de l’aube. 

Sortir sur la terrasse et constater que le givre s’est installé dans la nuit, qu’il s’incruste encore sur l’herbe blanchie. Chercher des yeux un mouvement, percevoir la fourrure noire de la petite chienne qui tourne autour de la bergerie. S’en étonner, sourire. 

Bien observer le versant de la colline et attendre que les premiers rayons de soleil baignent sa façade, que l’ombre des grands pins s’éclaire. Laisser les nuages s’effilocher. Brandir la lumière comme un secours. Gravir ainsi les premières marches du jour. 

Perle Vallens

photo couleur·poésie

Voix de grume

Ni billot ni hache brandie
l’arbre débité est un tronc sans nom
il a perdu son identité et ses racines
défait de son houppier le fût ne tressaille plus
il a perdu le souffle
du vent qui remuait ses feuilles d’un son mat
plus rien ne l’agite qu’un grand feu
peut-être bientôt dans l’âtre
où sa charpente colossale finira par s’effondrer
écoute encore sa voix de grume humide
l’air claque ou crépite entre les veines du bois

Perle Vallens

Actualité·poésie·Printemps des poètes

Manif – Printemps des poètes 2025

Une lave bouillonne dans tes veines
explosive en fusion dans le cortège
où se défile le sourire mâle / qu’on pourrait mordre
ce qu’on exige s’écrit sur pancartes
et se crie / que nos voix unies disputent
à tant de silences
ceux des complaisances et des effacements
ceux des abandonnées

en vain tu cherches dans les visages / l’écart
entre la grimace et la justesse
comment deviner si la honte / a changé de camp
tu te demandes combien de regards noirs se jettent
sur nous depuis le début de la manif
nous toutes femmes en rang serré
nos colères puissance 10 face aux violences exponentielles
dites vss / l’acronyme a goût amer d’acrimonie
la langue touille dans les non dits / les not-all-men
les insultes et les coups bas / comme noeuds coulants
resserrés sur le cou de nos soeurs

on compte les corps de celles / absentes qui s’accumulent
se dénombrent les noms entassés en colonnes
comme tasseaux de bois mort / démembrements de forêts
combien décimées depuis le début de l’année
on se demande combien de / féminicides
on cherche dans les chiffres qu’on voudrait effacer
de quoi raviver nos forces vives / insurrectionnelles
on cherche dans nos épaules de quoi ouvrir
des brèches de lumière
dans l’obscurité

Perle Vallens

Poème lu hier lors du Printemps des poètes au théâtre municipal d’Orange.