Pour ce ciné-poème 53, tromper le monde, j’ai choisi un extrait de Plein Soleil, un film de René Clément. Bon visionnage !
Auteur : Perle Vallens
En forêt

Le vent bat en brèche, ronge l’os et le sèche à la lumière lucide d’un soleil rétracté. Cerclé tracé des regards, une écoute animale, le flair orienté au nord, j’interroge l’horizon sur ma place véritable. Je ne parade pas, je me faire discrète dans le cortège végétal. Je me fais légère & statufiée dans les frondaisons, imperceptible pas, à l’arrêt.
J’existe quelque part, plus fort dans les forêts. Je soupire les futaies et les communautés de pins. Je me reconstitue dans les fougères hautes. Je m’aligne mieux les pieds dans la boue et les feuillages. Je respire.
Perle Vallens
Lancement et lecture de Dissonances au Salon de la revue

Le nouveau numéro de la revue Dissonances sur le thème « après l »orage » est paru. Y est publié un poème, avant la lueur, et c’est une grade joie de figurer à nouveau dans cette revue littéraire que j’aime beaucoup.
Outre cette création poétique, une recension sur peggy m. paru en mai dernier aux éditions la place fait également partie de ce numéro d’automne-hiver de Dissonnances, merci mille fois à l’équipe éditoriale !


Son lancement aura lieu le samedi 12 octobre de 18h00 à 19h30 au Salon de la revue (Halles des Blancs Manteaux Paris 4ème), salle Maryse Condé. Plusieurs auteurs seront présents et j’aurai le plaisir de lire avant la lueur. Si vous êtes à Paris à cette date, vous êtes les bienvenus !
Et pour acquérir un exemplaire de la revue Dissonances, ce sera bien sûr possible sur le salon, en librairie ou encore sur le site de la revue.

Coulée béton

le plus long trait de pluie
longue course bègue sur les épaules
une huile coulée béton
plus lourde que la terre
à la pliure du coude de la nuque
son grain double comme épi
cène une litière où flotte l’attente
le sol se gonfle d’eau
son œdème craquelé crèvera bientôt
après son temps de boisson
Perle Vallens
C’est quoi ?

C’est quoi l’homme ?
une verticalité bipède avec un cerveau surdimensionné (paraît-il)
Oui mais c’est quoi l’humain ?
Pétri de bonnes intentions – ou pavé, comme l’enfer – pourrait faire le bien, s’entête au mal
A savoir : l’humain confine au dieu par excès de confiance en soi
Et c’est quoi l’animal ?
Quadrupédie poilue peut-être □
ou peau lisse qui avance sur son ventre □
ou bête à bec plumeté qui se prend pour un avion □ (cocher la case)
Oui mais c’est quoi bestial ?
qui se comporte comme, et puis non, plutôt comme, enfin cruel, quoi !
En vrai, du genre à déchiqueter avec crocs et griffes que l’humain possède en nombre suffisant, contrairement à plein d’espèces animales.
C’est quoi brutal ?
La brute est à l’humain l’épaisseur de sa main et de son esprit
C’est quoi vil ?
A ne pas confondre avec cité (le citadin pouvant toutefois être vilain)
situé bien bas dans la hiérarchie, ou au contraire trop haut (comme on dirait péter plus haut que son cul)
C’est quoi bête ?
Se dit d’un homme moins intelligent qu’un animal (et dieu sait s’il y en a)
en tout cas plus âne qu’âne (mon frère âne, vois-tu venir Stevenson?)
S’il faut rendre justice, l’âne pas si bête juste têtu mais moins buté moins obtus que certaines bêtes d’hommes
Perle Vallens
Retrouver la vibration des plantes

Le jour où les oiseaux se sont tus, le jour où ce qui brille s’est éteint, où les effigies animales, tous les animaux, leurs membres arrachés, bandés, tombés, où les trafics de leurs peaux sacrifiées, vendues, où leurs visages disparus, sans yeux pour nous regarder, où retrouver le lien dans les griffures artificielles végétalisées, où retrouver les mots enfuis, les mots qui font sens dans les rudiments et les cris. Dis-moi ce jour où la lumière passera ailleurs quz dans le filament de tungstène de l’ampoule. La lumière encagée, dis-moi qu’elle sera enfin libérée.
Je cherche dans le frémissement des néons le flottement d’un feuillage, dans l’instant citadin, sur les trottoirs parisiens l’empreinte des forêts anciennes. Je cherche l’invisible dans vos façades et vos regards. Ce que je vois devient une multitude d’histoires éclatées, des pétales qu’on assemble. Se dessine une vie à part entière.
Tous, têtes hirsutes, saillies au bout du col, tiraillées, désaxées, regardant dans la mauvaise direction plutôt que celle de l enfance qui résiste et croise tous nos âges advenus, de vieillesse et d’incertitude.
Il nous faut retrouver la vibration des plantes jusque dans nos doigts, et dans l’esprit monté à graines refleurir, laisser grandir nos liens, nos proliférations carbonées en faire nouvelles pensées, idées hybrides, fertiliser nos existences.
S’aligner reflets verts ondulatoires comme chair réactivée, la chaleur d’un éveil.
Dans l’œil tressaillera alors une résurgence lumineuse.
Perle Vallens
Texte écrit en partie et à l’inspiration à la fondation Datris (espace Monte-cristo à Paris) en compagnie de Béatrice, qui anime des ateliers d’écriture à Joinville et Paris.
Ciné-poème 52 : ranger ses rages
Le 52ème ciné-poème, ranger ses rages, illustre un passage du film de John Cassavetes, Une femme d’influence, à visionner ci-dessous et sur youtube.
Partie civile (Gisèle P.)



Partie civile prise à partie
quelle participation à votre propre viol
quelle dose de cynisme se glisse dans les veines
de Gisèle
au moins autant que l’empoisonnement chimique
dont elle fut aussi victime
et dans les nôtres que l’on sent gonfler
au cou la piqûre insane et systémique
partie tronquée de parti pris l’accusation
soulève une jupe quelle indécence
dans ses questions se retourne la faute
comme un gant
second viol après les premiers de l’esprit
après le corps et l’âme souillée de Gisèle
se rebelle et brûle un sentiment d’injustice
d’une torche de sororité nous armons
notre bras unique pour porter d’une voix
toutes celles qu’on a fait taire
quelle partie visible de l’iceberg et quelles volet caché
diktat du patriarcat tu ne seras pas comme ci ou comme ça
sous emprise encore s’échapper de leurs peaux
de leurs yeux visqueux en réchapper
à quand le tremblement des violeurs
leurs regards torves ouverts spectateurs
et tous les autres tapis dans l’ombre solidaire
poils hérissés offuscation muette ou inexistante
j’attends moi aussi que la honte change de camp
Perle Vallens
Lecture de Radical(e) à l’EXC & version open art à disposition
C’était samedi dernier, lecture par des autrices de textes, poèmes parus dans la revue Radical(e) à la librairie EXC à Paris. J’ai lu 3 poèmes de Radicalesse, le nouveau numéro dont c’était le lancement le 21 septembre, le premier poème en vidéo ci-dessous.

Radical(e) est disponible chez EXC, à l’Ours et la vieille grille, Violette & co à Paris, ou chez Pupilles Vagabondes, comme indiqué ci-dessus en vis à vis de la photo.

Mais Radical(e) c’est aussi une version open art, revisitée, sur mesure, faite main sur la base de la version imprimée, dessinée-cousue-peinte-encrée-brûlée-poinçonnée… à la façon des livres pauvres.
Si vous êtes intéressé, elle pourra être remise en main propre dans la région ou à Paris, au salon de la revue par exemple.
La version open art est en vente à 10 euros, hors frais de port.



Caviardage inversé 39&40

