journal·photo couleur·poésie·prose

ciel de neige

Des chaleurs et des chaleurs se croisent et finissent par se multiplier jusqu’au ciel opaque de ce matin de nuit trop courte, d’histoire trop brève, de minutes ajoutées a d’anciennes minutes qu’on ne parvient pas à faire tenir debout. Ce blanc un peu sale oblitère (tu penses oubli-taire) les pensées. S’invite un vide salutaire, un démembrement durable quelques secondes et ca suffira pour cette première heure du matin. Cette lumière de neige qui se dit caniculaire. Je prends mes fakes sous le bras. Tout à l’heure sous les draps. Je les lave dans le fond d’une tasse de mauvais café. Une tasse sans aucune profondeur. Un défaut de fabrication de mes rêves sans doute.
Préférer la langueur et le silence du matin pour remettre les esprits en place, les sourires des fantômes s’ajustent parfaitement au vide du moment.

Perle Vallens, 13 août 8h00

photo-poème·poésie

velours vert

à la lumière de l’absence une seule vision
irréelle
visage en surimpression sur mes souvenirs
décalqué sur le velours d’un fauteuil vert
l’assise est apnée
la respiration vient de l’image
de l’apparition à venir
quel facteur d’ajustement de la rétine
ou de la mémoire franche
tranchée la découpe du corps
dans l’embrasure du regard la stature haute
en surplomb le sourire une vapeur
descendue sur mes épaules
une chaleur s’ajoute aux chaleurs
je joue toutes les variations
de l’humidité

Perle Vallens

Actualité·événement/festival·exposition·La Pénincule-Maison de poésie en Cotentin·photo couleur·photo n&b·photo-poème·poésie

3 photo-poèmes aux Rencontres estivales de la Velouse

Comme l’an passé, je participe avec plaisir aux Rencontres estivales de la Velouse, qui expose 3 photo-poèmes du 15 août au 15 septembre 2024, aux côtés d’autres artistes. Seront également à écouter dans la plus petite maison de poésie, des poèmes sonores. Bon festival à ceux qui seront du côté de Charly dans le Cher !

photo n&b·poésie

j’histrionne

j’histrionne
chaque séisme pourrait être une danse
chaque blessure une caresse
dans le périmètre restreint de mes amours
je dresse chaque membre de mon corps à l’attaque
c’est un système fiable d’autodéfense
quand bien même encore trop faible
une définition de la violence donnerait plus de place à celle de la tendresse mais tout se floute
tout défile à une vitesse folle entre la mélancolie et le désir et la frontière entre les deux disparaît
j’en viendrais à confondre les deux axes de ma polarité
totale confusion de la peau qui se laisse frôler
yeux agonisant de doute devant autres visages
j’horizontale jusqu’à l’immobilité
transie dans mes braises et bouche en exil
Perle Vallens

(poème-minute – ouigo – 8/8/2024)

photo couleur·photo-poème·poésie

Les nuits m’allongent

les nuits m’allongent 
depuis un temps moins sage qu’il n’y paraît
jambes sans drap leurs dérapages
dans les chaleurs

j’allonge mes nuits exprès sans trouver le sommeil
chambres nues d’une nudité électrique
l’étreinte atteint son point culminant
l’arc de l’orage me traverse sans m’éteindre

Allongée dans mes nuits d’insomnies
la pluie tire du rêve son principal atout
mouillée dans l’éveil d’un ventre
qui engloutit jusqu’à la nuit-même

sache quand les nuits s’allongent
qu’une vivacité me fait me sentir vivante
quand elles raccourcissent reste l’été
au fond des veines son avant-goût d’automne

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écriture·photo couleur·prose

Ocre

Horizon ocre rougeoyant, ocre de lave sous les pieds, ocre perlé de sueur, ocre cassant de fémur, ocre bien ou mal manipulé, ocre vertébral. Descente horizontale. Une seule ligne, n’en choisir qu’une seule, la tenir. Prise la ligne pour seul horizon. Creuser. La foulée décisive, un cran plus loin. Cri du souffle, se perpétue dans l’ocre rouge de la piste. Persistance du cri dans les tendons, loin la tessiture dans les fibres, le feu de la foulée. Ocre le cri. Ocre morsure de la piste. L’à peu près musculaire. Crissement de la chaussure en dérapage, déplier, déployer à hauteur d’épaule, délester la fatigue, la faire glisser. La faire ramper dessous. Arpenter plus longues distances sans crainte de l’ocre. L’enjambement, la jointure. Il faut savoir sauter. Se dessine un essaim dans l’air. Un essaim de poussière qui se respire aux pieds. Le tracé comme l’empreinte. Sur la piste se dessine une prière. Égrener rosaire sableux, ses graines d’ocre. Graines de fièvre où pousse la passion et les médailles. L’œil boit son ocre et rêve, aplanit l’obstacle. L’œil erre et respire. Air d’ocre, opaque, qui claque les poumons comme une voile. Vent accélérateur de particules d’ocre. Dans l’air, l’odeur des victoires. Alentours de carrières de verdure. Visages de pierre. L’ocre aussi sait sourire.

Perle Vallens

Ecrit durant « l’anthologie d’été-40 jours » du tiers livre, sur consignes d’écriture proposées par François Bon

atelier Tiers Livre·écriture·prose

Sur le chemin du retour

Marilyn Monroe et la petite danseuse de Degas

J’enclenche la première et c’est comme si je conduisais pour la première fois, première minute et le trac surgit, celui de rentrer plus que de partir quelque part L’inconnu moins angoissant que le trop connu, l’irréel moins fictif qu’une sortie de route Flottement de lumière basse sur le pare-brise, le paysage tremble de tout son long de tout son horizon qui ne promet rien qu’une nuit d’été plus claire plus longtemps S’il fait encore jour l’inquiétude se tait encore entre les portions de bitume brûlant et les fleurs des talus de la départementale Au bout il y a l’autoroute que regagne cette file de voitures devant moi, leur clignotants à droite en témoignent C’est l’heure des entrées et sortie de villes, l’heure où l’on regagne ses pénates Bercail, je me dis, je pense parents-enfance-amis-absence-personne-souffle-manque Profonde inspiration au moment de saisir le ticket du péage à l’entrée de l’A7, mes doigts gourds et malhabiles, toujours la crainte qu’il tombe, s’envole, que je sois obligée de quitter l’habitacle, d’aller le ramasser ou qu’il disparaisse trop loin Ce nœud dans l’estomac, cette infime brûlure, je la connais elle s’estompera sans doute dans une petite heure, elle se commutera en autre chose de plus insidieux tout au fond des articulations et bien sûr plus tard, il faudra bien que je fasse une pause, ce sera toujours bien trop tôt, bien avant les deux heures conseillées mais je ne serai pas capable d’attendre davantage il faudra que je trouve une aire d’autoroute Le ticket je le pose sur le siège passager, là où tout près, la carte bancaire pour régler à la sortie, le téléphone, la bouteille d’eau Là le faire semblant d’une vie normale, non captive de son corps Les genoux sclérosés disent rapidement qu’il faudrait marcher mais c’est bien trop tôt, pas du tout ce que j’avais prévu et comment le temps de trajet pourrait doubler si je leur obéissais La pluie tombe précisément à ce moment-là comme pour rappeler cette intuition du corps, ce baromètre logé dans l’articulation qui d’une façon quasi horlogère donne avec une précision rare ses indications de pression atmosphérique, la masse d’air qui va se frotter, se charger, exploser en gouttes d’eau sur le pare-brise Les balais d’essuie-glace couinent, le caoutchouc se décolle un peu, j’aurais dû les changer il y a un moment déjà Ma vieille voiture dont je prends si peu soin, métaphore de mes membres, l’auto vieillie, rouillée, qui sait si c’est défaut d’entretien ou d’une erreur à la création Je pense à ce vieux film, Christine, voiture-phoenix née de ses cendres et comment dès le début, quelque chose cloche avec elle, avec son fonctionnement Ma carcasse, une histoire de prédestination ou de mauvais entretien, où est-il le garagiste à qui tenir grief ? La pluie s’accentue et les balais l’effacent à mesure qu’elle tombe, mes pensées drues sur la surface, les faire disparaître, s’il suffisait de balais d’essuie-glace pour essuyer les blessures Les balais écrasent et s’écrase avec la sensation d’être entière Morcelée plutôt Émiettée à l’intérieur comme l’os Je me désagrège, j’y pense, je me vois fondre Je suis tellement obsédée que je manque la sortie de l’aire Il faut attendre une vingtaine de kilomètres de plus et je sens la douleur grignoter l’espace entre le genou et le pied, le long du fémur Quelque chose me parcourt, chatouille ou ronge, je ne sais plus trop à ce stade de l’impatience Il me tarde de me poser et pourtant l’allure diminue, je ne suis plus qu’à 100 km/h Ma tête répond mais mes jambes J’aimerais être déjà arrivée J’aimerais retrouver ma chambre d’ado, mon vieux lit défoncé, le mur vide où reste des traces de posters Des fois je regrette de les avoir arrachés et jetés, c’est comme si j’avais éradiqué tout un pan de ma vie Le seul que j’ai gardé, reproduction de la danseuse de Degas, a vécu, s’est froissé, déchiré au coin, là où le scotch s’est arraché, plein de poussière le poster survit aux autres La photo de la statuette en couleur, un genre de fétichisme qu’elle avait, elle disait que la petite danseuse lui avait porté bonheur, elle y croyait, la statue au Louvre, cette danseuse de cire, son vrai tutu, sa posture de fillette sage, mains dans le dos, yeux mi clos, l’air vague, l’air vaguement absente Il y a peu j’ai vu un cliché de Marilyn Monroe devant la statuette, ça m’a fait bizarre, ça m’a fait penser à elle Tout le long du trajet qui me sépare encore de l’aire, je pense à elle et je me délite de trop de souvenirs branlants qui ne me tiennent pas entière, seulement des morceaux de moi-même qu’il faut assembler Me dire que je n’ai fait que le cinquième de la route me décourage Ne pas la manquer la sortie cette fois, prendre la bretelle, m’engager, décélérer, stationner enfin et descendre de la voiture Où sont donc passées mes jambes ?

Perle Vallens