On s’éloigne de la poésie et de la littérature avec cette vidéo de danse (que j’héberge ici car j’envisage de rapatrier tout le volet Photographie sur cet unique blog). C’est un projet réalisé pour ma fille cadette, improvisation de danse contemporaine sur un quai de gare, sur Enjoy the silence de Depeche Mode.
Auteur : Perle Vallens
Il y a des yeux


(atelier prose & blancs avec Paul Valet)
Nuit, nous

La nuit déployée lente aile battante
lente de souffle lent de silences contenus de nécessaires ardeurs tues
la nuit ses caresses incertaines dont on ne sait si douce ou mordante
si nous couvre ou nous rejette
dans nos incertitudes
la nuit chasse nos vêtures nous met à nu tellement fragiles
tellement faillibles mal définis ou nourrissons
avant renaissance
la nuit vaste semble descendre et remonter des profondeurs
jusqu’au ventre remue reflue noire et dense
vers l’ossature
la nuit nous brûle ou fait-elle semblant du moins nous consume
la nuit sans effroi mais le coeur gonflé
de percevoir tant de sons infimes microscopiques
la nuit acoustique ses basses fréquences et ses échos
nous tambourinent peau de vibrations
en résonance
la nuit nous danse
elle nous dessine de ses ombres
pas même un mot et tous les sens
en fusion ou en transe
la nuit est la nuit et nous la nuit
sous hypnose
La nuit n’est pas si noire qu’on le dit, elle n’est pas seulement obscurité et trouble, dans l’ombre on décèle si l’on plisse les yeux, une lumière qui décolle les cils, un à un
Perle Vallens
Atelier Mater avec Sandrine Cnudde
Ciné-poème 37 : le temps aussi est un combat
C’est sur un extrait du film The Misfits de John Huston que le ciné-poème 37 est composé, la scène des chevaux, ce combat de l’homme et de l’animal… Bon visionnage !
4 textes dans Miroir de novembre
Comme chaque jour 8 du mois, la revue Miroir vient de paraître. Merci à Benjamin Milazzo d’avoir sélectionné 4 textes :





A noter, la revue papier de Miroir, parue cet automne et dont le premier numéro est toujours disponible ici.

Vies frelatées

On prie le dieu du vite fait bien fait
on nous sort les jeux et le pain à toutes les sauces
dans lesquelles on trempe notre belle assurance
la satisfaction d’une confiance en soi touillée
au jus doux des conditions générales de vente
(ni reprise ni remboursée)
notre ego réutilisable
chaque jour recomposé d’un matériau 100% recyclable
ce qu’on poubellise ce sont les vocations inexistantes le manque de désir
ces silex inutiles desquels aucun incendie ne jaillit
(les containers ne risquent pas de prendre feu)
Le cynisme est une route risquée
glissante
et nous avons beau mettre des crampons au semelles du réel
une chute n’est jamais exclue
pente jamais douce qui nous prend au dépourvu
de nous-mêmes en dépit de tous nos efforts
pour rester accrochés arc-boutés au dos
d’un mieux ancré que nous
tantôt parasité tantôt parasitant
On ne se dit jamais qu’on est l’enfer d’un autre
que la sécheresse naît dans nos mains
que ce moindre geste n’encourage pas
nous ne savons pas s’il se nomme apocalypse
ou apothéose
nous sommes ce toit percé du monde par ou coule le sang de notre prochain
termites ou frelons
Nos vies frelatées valent encore de quoi
valent encore la peine
nos vies passées par pertes et profits
totalisés dans les panneaux excel
s’indéfinissent dans l’extrême contemporain
caractérisé par indifférence caractéristique
aveuglé s’aveuglant avançant à tâtons
le regard trouve quelque chose
qu’il ne cherchait pas
Perle Vallens
Langue vivante
Je vous propose cette après-midi l’écoute de Langue vivante, associant mise en voix et son/asmr :
Ce que la terre dit (vidéo-poème)
Voici un nouveau vidéo-poème (en attendant le prochain ciné-poème), Ce que la terre dit, non sans rapport avec le texte publié il y a deux jours. Comme souvent, le texte et la mise en voix, les images sont de moi. L’animation sonore est cette fois de Benjamin Aït-Ali, compositeur d’électroacoustique.
Dans l’obscurité

C’est là, ici même. C’est là précisément. Peut-être s’éterniser. Là où. Un souffle, un rythme. On le ressent fort quand on y pénètre. Notre œil se fait caméra pour percer l’obscurité. Zoome avant, balaie, dans un long travelling horizontal, mesurant l’espace. Il ne s’agit pas de dénombrer la largeur, la longueur du lieu mais de se laisser porter, de le laisser jaillir à l’intérieur.
Ça bat au plus profond, ici, dans le ventre, en écho à la persistance rétinienne, en écho au silence teinté de parole du lieu. Car le lieu parle, n’en doutons pas. Il s’adresse à nous, il se confie. Sa voix caverneuse résonne en nous. Il se souvient. Il savoure l’échange. Nous nous imprégnons de son âge, de ses destinées, sa plénitude minérale, inatteignable, site immémorial et pourtant proche de nous. Avec lui, nous nous perdons dans la nuit des temps. Avec lui nous flottons et nos os claquent mais ce sont applaudissements.
Le lieu porte un visage inscrit dans son antre, dans ses creux. En surface nous sourit et nous sourions en retour. Il n’y a rien d’inquiétant dans son noir. Noir n’est pas noirceur. S’il l’est, noirceur n’est pas totale obscurité. Si elle l’est, obscurité n’est pas fatalement obscurantisme.
Perle Vallens
Inktober 2023 (fin)
26/10 enlever/supprimer
Je balbutie mes rêves sans savoir vraiment
s’il faut enlever ou ajouter des métaphores
aux messages
s’il faut supprimer le flouté l’effet dansé qui ressemble un peu à la joie
qui ressemble à la vie
PV
27/10 bête
Cette bête féroce monstrueuse qui sommeille
en moi
sait aussi miauler et te mangera dans la main
pourvu que tu saches la dompter
sinon c’est elle qui te dévorera
PV
28/10 scintiller
L’œil braque
le soleil ses faux fuyants
le meilleur comme le pire
ce qui scintille luit aussi bien qu’il aveugle
PV

29/10 destruction massive
Qui sait entendre le silence
les traces décimées
les fumées de phosphore
toutes armes de destruction
massive
Qui sait où commence et où finit
le principe d’auto-défense
PV
30 se précipiter
S’ouvrir la poitrine, y faire entrer le monde est ce geste chirurgical, précautionneux avec lequel on s’avance à découvert, on s’expose, on se met à nu pour faciliter la greffe. La part de l’autre entrée en soi. Ce qu’il faut c’est procéder lentement, sans se précipiter, avec l’assurance nécessaire, la confiance. Lier sans fuite ce moi à son alter ego.
PV
31/10 feu
Au-delà du feu il y a encore du feu. Il y a la chaleur du feu, l’ombre du feu. Il y a les braises et les cendres. Il y a le souvenir du feu. Le souvenir du feu, c’est encore du feu.
PV