Il y a parfois des lectures croisées, des initiatives et des hommages collectifs sur le Tiers Livre qui est un peu une vaste famille (comme celle des ateliers de Laura Vazquez, qui a fait naître des groups de discussion, d’entraide, de bêta-lecture…), on s’achète, on s’échange nos ouvrages, on se lit (les derniers en date, Maison des mues de Catherine Serre et Comanche de Caroline Diaz). Cette fois, il s’agit d’une lecture en vidéo du « Journal d’un mot » de Emmanuelle Cordoliani. J’ai choisi le mot affection, monté sur un extrait vidéo d’un ballet contemporain. Chaque extrait vidéo a été collecté et l’ensemble monté, diffusé sur la chaîne youtube du Tiers Livre de François Bon:
Auteur : Perle Vallens
Comme un seul corps, vidéo-poème
Ce vidéo-poème (un peu long) a été créé pour le festival Charly/Rencontres Estaivales de la Velouse, sur le thème du corps, ici social. Il a été diffusé en août/septembre 2023. Je vous en souhaite bon visionnage.
Inktober 2023 (5 par 5, 4)
21/10 chaînes
De toutes ces chaînes qui nous enferment
dont nous sommes prisonniers
les plus fermement closes sont celles
qui emprisonnent notre volonté
PV
22/10 rugueux
La vieille peau usée rugueuse des mots
à répétition leur terre asséchée
aride leur sens déserté
par quelle parole nouvelle les remplacer
PV
23/10 céleste
Le mur d’en face est une faille céleste
le mur du fond s’efface sur sa propre fissure
s’ouvre sur une dimension passée
où ma figure s’encastre
PV

24/10 superficiel
Taire ses blessures même superficielles qui elles aussi percent, laissent voir, creusent comme les plus profondes, leurs galeries de fragilités que l’on souhaite garder cachées. Taire est subterfuge ou dissimulation, est surtout pudeur dis-tu. Taire et s’en tenir aux choses extérieures.
PV
25/10 dangereux
Tu sais que le désir qui te pousse est dangereux, que la vie même est dangereuse. Vivre c’est risquer, mais craindre de vivre c’est mourir à petit feu. La peur est une plante toxique aux ramifications vénéneuses, elle se plante en toi et t’empoisonne par lente paralysie.
PV
Ce qui court dehors

Ce qui court dehors nous ralentit
le bruit ne nous berce plus il nous blesse
à mort nous renvoie
au coude à coude nos bras morts
de pantin de rivière lente
évaporée
coule lentement le long des corps
ce qui pleut ne ressemble pas à de l’eau
mêlée de cendres
ce qui tombe ne ressemble pas
Ce qui court nous arrête
dans notre propre chute
Perle Vallens
A ras-bord

je remue les mousses salivaires
dans les pièges tendus des lèvres
je ne sais plus ce qui est baiser
ou mot
dans la bouche qui palpite
je ne sais plus qui a tort ou raison
tant la voix prime sur les autres bruits
j’hésite entre le cul sec et la noyade
quand bien même mouille la scène au bord
des yeux où se barbouille le crâne
d’images floues
la bobine défilée crève dans la fonte
des événements
saigne sur l’écran cramé
dans l’alcool qui saoule à flot
aucune vidéo à la demande n’offre
un tel ventre plein de tiraillement
aucune séquence filmique ne trame aussi bien
les caractéristiques du manque
ce creux ménagé pour accueillir
toutes les dents acérées par la faim
les glandes ont la sécrétion persuasive
et on se dit mort de soif
rien ne gâte comme le sucre l’accès
à la mémoire comme
un coma éthylique où
pris de boisson on ne se rappelle rien
des raisons de la veille
quand déjà l’ivresse est loin
ce sable alcoolisé où on s’enlise
où on s’ensevelit
on dérive on dégueule ses tripes à la fin
quand bien même on a l’estomac
et le cœur vides
on continue à boire et remplir la vie à ras bord
Perle Vallens
Sur cintre

Texto arrivé sans verbe
avoue ton corps revêtu
décousu d’habitudes
plusieurs versions de toi encore
disponibles
ton corps sur cintre du désir
demande la main qui froisse
les grands désordres
et d’autres corps entrés en rêve
sans efforts
ton corps en devanture de mémoire
tremblant dans l’ombre du désamour
tant d’indices abandonnés
errants sur les routes numériques
je décide de n’en adopter aucun
Inktober 2023 (5 par 5, 4)
si l’un a les ailes coupées
PV

PV
PV
dans la cavité buccale claque
et vient se coller
sa partie la plus charnue au palais
érectile pour énoncer : la langue
PV
Décapitation

parfois cracher ne suffit pas
haut seuil de violence s’il faut faire le mur
passer de l’autre côté
se laisser choir
la glisse ça me connaît
c’est une histoire de tempérance
d’acceptation
s’amincir
se rabattre vers son centre
fermer les yeux ou les baisser
se taire ou se terrer
ne revient pas tout à fait au même
tôt ou tard je relève ma tête
bien campée sur la nuque
sans craindre la décapitation
Perle Vallens
Ciné-poème 36 : le geste
Ce nouveau ciné-poème, le geste, est réalisé sur un extrait du film de Chantal Akerman : Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles.
Inktober 2023 (5 par 5, 3)
11/10 errer
dans le crâne erre un lac
avec vie intégrée
remuante
avec vérité crue des organes
avec vue sur la chambre intérieure
rien de calme en somme
PV
12/10 épicé
inévitable silence
en ébullition
tenace dans ses frénésies
ses saturations de bouches
ses fébrilités épicées
décisives
PV
13/10 montée
il y a dans l’entêtement à désirer une
vanne rétive que l’on ouvre contre son gré
une vérité caduque qui nous enivre
et provoque la montée des eaux
PV
14/10 château
la langue bée devant le manque
tour tronquée du château
dont les douves jadis pleines
sont aujourd’hui exangues
PV

15/10 poignard
ses croyances sur parole
sont amputations au poignard
ce moignon replié sous l’os hagard
hésitant du pied
PV