atelier Laura Vazquez·prose

Rien du tout (au JT)

Mesdames et Messieurs, bonsoir, voici les titres de l’actualité de ce jour comme d’un autre.

Le coup d’envoi a été donné hier en grandes pompes de ce que nous attendions tous : pas grand chose.

Ses amis le considéraient comme tel et pour ses ennemis c’était tout l’inverse.

Nous nous rendrons dans la plus petite île du monde qui caresse son espoir d’on ne sait quoi.

Nous reviendrons sur ce qui s’est passé hier mais que tout le monde a déjà oublié.

Nous parlerons du maintien dans leurs fonctions des personnels qui s’apparentent à personne.

A cela s’ajoutera ce que l’on pensait impossible : ceci. Il s’avère que c’était aussi inespéré qu’inattendu.

Nous nous assurerons que les populations sont bien là et qu’elles ressemblent bien à ça.

Un phénomène climatique sans précédent et imprévisible est survenu ailleurs.

L’annonce des résultats sportifs ne s’est pas fait attendre, aucune, qui couronne dix ans de néant. 

Le gène de la digestion rapide a été isolé, on l’a identifié, il est ici-bas, quelque part.

Nous envisageons ce qui semble être le fait le plus important de l’année : rien.

A l’heure d’hier mais à la date du jour, nous assisterons au levé de rideau sur ce fait marquant et absolument quelconque qui rend tout le monde amnésique et que nous avons omis de nommer parce que nous ne rappelons plus ce dont il s’agissait. 

C’est maintenant la fin de ce journal. Nous vous donnons rendez-vous jamais.
Perle Vallens

Actualité·lecture·poésie·Revue littéraire & fanzine

Lectures de la revue Dissonances à l’Ours et la vieille grille (Paris)

Le lancement du dernier numéro de la revue Dissonances aura lieu le vendredi 16 juin à 19h30 en présence de Jean-Marc Flapp, son directeur, et Kader Benamer qui a illustré ce numéro. Y seront données lectures de la part des auteurs et autrices des Silences qui composent la revue, et je lirai Rien (à dire).
L’événement aura lieu à l’Ours et la vieille grille, librairie & bar, 9 rue Larrey à Paris (tout près de la Grande Mosquée).

atelier Tiers Livre·photo n&b·poésie·prose

Je tombe comme

Je tombe

  • comme la plume ses va-et-vient ses balancements ses oscillations dans le vent sa grâce sa légèreté en bascule finale posée au sol
  • comme la feuille son décroché son arrachement à la branche son passage des saisons dans la soif brûlée asséchée nue
  • comme la pierre lourde d’elle-même grise apesanteur rendue à la terre inerte mais solide encore
  • comme la pluie de fine à drue ses hallebardes ses lames coupantes glaciales herbes hachées pétales déchiquetés ce qu’il en reste de la charpie
  • comme la tête dure à l’endormissement mais endormie tout de même à l’arrière de la voiture son hochement qui n’en est pas un et sa retombée brutale qu’on dirait décapitée
  • comme l’enfant son genou heurté sanguinolent ses pleurs que rien ne semble calmer pas même le bisou qui soigne mais un coup de mercurochrome un leurre une guérison immédiate pour de faux
  • comme le cheval qui chute et c’est comme déchoir de son galop natal quand il se redresse avec peine sur ses jambes fébriles frêles si fines que l’on pense qu’il va chuter à nouveau
  • comme l’ascenseur sa descente douce au départ 3ème sous-sol celui du parking sombre mais celui du film d’horreur lâché d’en haut d’une tour dont les câbles ont cédé que rien ne peut retenir que celui du secours celui de la prière
  • comme l’oisillon qui s’écrase sa chute du nid alors qu’il pensait déjà savoir voler à qui sa mère avait appris ce qu’il faut pour battre des ailes se maintenir avancer dans la vie
  • comme le couperet de la parole définitive refusant l’échappatoire sa fin de non recevoir tout aussi irrévocable que celui du silence imposé
  • comme un cheveu sur la soupe même pas coupé en quatre mais trop long pour ne pas se sentir de trop pas à ma place unique cheveu sur un crâne glabre
  • comme on tombe sur un os et parfois tout un squelette peut-être même le sien