
Caviar 111

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


le ciel de suie se blanchit
à la chaux de tes draps
tout se calme tout s’annule
devant les vapeurs
de ton corps endormi
Perle Vallens
Deux extraits du recueil Solo est paru dans Lichen de mai 2023. Merci à Elisée Bec, toujours prompt à accueillir de nouveaux textes.



Ce soir s’écoute un nouve épisode de Mange tes mots, le podcast poétique, sur un extrait de l’iranienne Forough Farrokhzad « Je plante mes mains dans le jardin/Et je sais, je sais, je sais, je vais verdir ». Un peu de verdure donc dans les mots qui y seront distillés et dans les miens, puisque tel est le titre du texte que vous pourrez entendre. Rendez-vous à 18h00 et bonne écoute !

la nuit sécable
en strates étage
au corps
son vestibule trop long
d’ogresse
la nuit ramasse-étoiles
fondue ralentie s’efface
sa pellicule à prise rapide figée
dans son noir
se dévide vertébrale
la nuit poids mort
de caresse molle
son pesant d’or son silence lourd
sur mes paupières
la nuit sa matière sèche
sa densité ses profondeurs
ce déplacement d’air
d’obscurité
ce trou noir qui nous aspire
tombée dedans
comme lorsque j’étais
petite
Perle Vallens

Le nouveau ciné-poème sur you tube est réalisé sur un extrait de Kill Bill de Quantin Tarantino et s’intitule une vie plus combative. Bon visionnage !

à deux on bouillonne mieux
on touille les instruments de sa faim
(la cuillère est aussi une position)
un biscuit porte-bonheur nous promet
la joie du jour
ce menu premium dans lequel on fourre
tous nos désirs
réduits en poudre pour mieux se travailler
mieux se dissoudre le souffle s’humidifie
de nos épuisements
Perle Vallens

à déplier boutures
chaque jour à l’œil
je me renfloue
Perle Vallens


1 – Paris, grandes lettres bleues posées sur montants métalliques au milieu de l’herbe rase et déserte de Dragon Park, leur graphie vaguement circassienne. Le I est porté manquant, à la place ne subsiste plus que l’étoile signant son point. L’ombre portée des lettres s’écrase en entrelacs sur le vert dont on ne reconnaît plus que l’étoile, pleine et nette.
2 – Du love civic center, on se demande à quoi le bâtiment sert. On se dit qu’accoler love et civic manque quand même de romantisme. Au loin s’élève son effigie, celle de la ville, la fausse tour Eiffel coiffée de son chapeau texan rouge (le même rouge que la casquette de Travis dans le film de Wim Wenders). En deçà, le drapeau américain flotte.
3 – At Woodall Baseball Fields, sur le grillage, une pancarte annonce la couleur, noir sur blanc Please remember 1) these are kids 2) this is a game 3) coaches are volunteers 4) umpires are human 5) dont’ like what you see ?… Volunteer ! Au fond, faisant face à son entraîneur, l’enfant porte une casquette et un gant de base-ball rouges.
Rouge serait la couleur du Texas, il se dit. Du pur texan, une pièce de bœuf fumante tout droit sortie du grill. Relents de son repas, nimbes sanguinolentes. Sa langue claque. Il descend du pick-up, ôte ses lunettes de soleil, sa casquette aussi rouge que la carrosserie de sa Ford, essuie la sueur de son front, dévoilant une tâche de vin de la forme de Paris, Texas.
Perle Vallens
Nouveau clin d’oeil au film de Wim Wenders après le ciné-poème et le texte d’hier…