
Caviar 100

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Ce neuvième ciné-poème nous emmène dans l’univers onirique et poétique d’un grand réalisateur. L’extrait choisi est la scène finale du film Stalker de Andreï Tarkovski.
Prochaine étape, un plongeon dans un film d’heroïc fantasy, à la demande de quelqu’une…

je manie le silence comme la langue
heure raccourcie de l’identité
le nom oublié par la bouche
qui le dévorait
les lèvres se déshabillent et je me retrouve nue
dans le ventre d’une autre
celle qui n’est pas moi m’assure du contraire
boit mon visage d’un trait le digère
quand je remonte à ma surface je me vois disparue
d’une main qui prend ma main
d’un œil qui force les serrures
j’aspire un reste de terreur
dans l’usage forcené du cristalin
– l’art d’accoucher des images au forceps –
il manque à la faute commise
la caresse oculaire
Perle Vallens
Fanzine créé par Julie Facquier, le Nouveau Décadent réunit textes et illustrations » érotiques, surréalistes, ésotériques.. ». Dans ce second numéro, je partage un poème sur le corps, ses explosions, dont vous pouvez lire le début ci-dessous, en vis à vis d’une oeuvre de Laurence Marie.
Vous pouvez soutenir l’édition de ce livret en l’acquérant directement auprès de Julie, par mail juliefacquier@gmail.com.



Murs
Il y aurait quatre pans autour de nous, de brique ou de plâtre. Ils seraient hissés tout autour, rétrécissant l’espace, le cloisonnant. Ils pèleraient à force qu’on gratte puisque nous serions enfermés. Nous serions animaux levant la patte, le signe que les murs seraient insuffisants à délimiter notre territoire. Nous les aurions voulu plus larges. Nous aurions voulu les abattre pour laisser entrer la lumière.
Fenêtres
C’est pour ça que nous aurions percé les murs. Nous y aurions laissé entré la lumière par de petites ouvertures de la largeur de nos bras. Nous pourrions les ouvrir et les fermer. Les fenêtres feraient un pas en avant et les yeux nous précéderaient à l’extérieur. Les vitres réverbéreraient l’éclat des choses. Ce serait façon d’illuminer les murs.
Portes
Nous aurions choisi de percer de plus grandes ouvertures de la hauteur du plus grand d’entre nous. Nous aurions installé un panneau à ouverture latérale. Ce serait comme une fenêtre mais très haute qui permettrait de sortir entièrement. Les portes feraient un pas en avant et nos pieds nous précéderaient à l’extérieur. Ils seraient aussitôt suivis de notre corps entier. Et de nos yeux qui avaient parcouru tout l’horizon avant, par les fenêtres. Tout notre corps pourrait alors emboîter le pas des yeux, puis des pieds et alors, le monde serait à nous.
Monde
Ce serait une immensité. Il serait tellement vaste qu’il semblerait infini, qu’on ne pourrait jamais le parcourir en entier. Jamais nous n’en serions rassasié. Le monde serait ce que nous avions longtemps rêvé et auquel nous avions désormais accès, grâce aux fenêtres, grâce aux portes.
Perle Vallens

Sur une scène mythique du film Mauvais Sang de Léos Carax, sur la musique de Modern Love de David Bowie dont je n’ai gardé ici que la version instrumentale, le ciné-poème 8 s’intitule un feu plus vaste.

Je plie
et avec le corps tout vient
le regard sort avant le reste
en roue libre brûle tous chemins
restés vacants
la hanche moulée est bras de mer
où murmure la main
la langue agitée se perd
dans son tangage
rien ne délibère
l’abandon la dérive
parlent pour la bouche
et mieux qu’elle ployée
pendue à la houle d’un ventre
Perle Vallens

soleil émacié hâve d’hiver
se vide dans l’ombre à vif de l’œil
diffuse rase lumière dolente tarde
à réchauffer
ma main au front se terre
comme si l’éclat d’été perdurait
faisant face
traversant ses espaces sa géométrie
dessinée son effacement
dans la déchirure des branchages
suit de la langue le chuintement
du feuillage où chante l’aube
se confond avec le crépuscule
dans le son des images
dans la couleur des mots
lancement des ferveurs l’assaut
est donné de nos écueils
dans l’extensible écart des flux
l’abordage du réel
Perle Vallens
Retour au noir et blanc avec le film de Louis Malle, Ascenseur pour l’échafaud, et un ciné-poème intitulé rien ne fait barrage. Bon visionnage !