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Miroir, une nouvelle revue en ligne

Laura Vazquez anime depuis environ un an des ateliers d’écriture en ligne dont les textes sont publiés sur un groupe facebook.
La toute nouvelle revue Miroir (dénommée ainsi en hommage à un poème de Sylvia Plath) réunit des textes rédigés lors de ces ateliers, sélectionnés par Laura et mis en page par Benjamin Milazzo. Il peut s’agir de mini récits, prose poétique, poèmes…
Vous pouvez vous diriger dans la revue en ligne dans l’ordre où les textes sont publiés mais aussi par nom d’auteur/autrice ou par thème d’écriture tagués par mot-clés :

Vous pouvez retrouver certains de mes textes, publiés ou non sur Attrape-rêves.

atelier Laura Vazquez·écriture

Définitivement abîmé

Soit il obtempère, soit pas. 

S’il n’obtempère pas cela signifie sans doute soit qu’il se fiche des conséquences, soit qu’il se croit au-dessus de tout ça. 

S’il se fiche vraiment des conséquences, soit il finira par le regretter, soit il est totalement insensible.

Mais s’il s’avère qu’il est totalement insensible, cela veut sans doute dire qu’il est malade, à moins qu’il ne le soit pas.

Mais alors, s’il n’est pas malade, il est forcément soit un sociopathe soit un mort vivant.
Si c’est un sociopathe, soit c’est de naissance, soit c’est la société l’a rendu ainsi. 

Si c’est la société qui l’a définitivement abîmé, soit il peut péter un plomb à tout moment, soit il restera dans son coin toute sa vie. 

S’il peut péter un plomb à tout moment soit c’est un danger en puissance, soit il est parfaitement capable de se maîtriser. 

S’il est un danger, une bombe humaine, soit il l’est pour lui-même, soit il l’est pour les autres. 

S’il l’est pour tout le monde, s’il s’avère qu’il est non seulement un sociopathe mais aussi un psychopathe, soit il faut s’en tenir éloigné, soit on prend vraiment des risques à le fréquenter. 

Si on prend des risques avec lui, soit on se sent suffisamment fort pour le désamorcer, soit pas.

Si l’on n’est pas apte à le désamorcer, cela signifie sans doute qu’on est soit inconscient, soit suicidaire.

S’il s’avère qu’on est suicidaire, soit nous souhaitons vraiment mourir, soit nous nous leurrons sur nous-même. 

Si nous souhaitons vraiment disparaître de cette terre, soit nous ferions mieux de trouver un meilleur moyen que lui, soit on pourrait finalement trouver ça fun de mourir par son entremise, directe ou indirecte. 

Si on trouve ça fun, soit on est taré soit on est cynique. 

Si l’on est cynique, soit c’est par misère affective soit c’est par nihilisme pur. 

Si l’on est nihiliste, soit on naît nihiliste, soit on le devient. 

Si on le devient, soit c’est un mauvais concours de circonstances, soit c’est la société qui nous a définitivement abîmé.
©Perle Vallens

(écrit en atelier, ceux proposés par Laura Vazquez dont vous avez pu lire certains textes ici, avec clin d’oeil à Serge Gainsbourg dedans)

atelier Laura Vazquez·écriture·Erotisme·photo n&b

Tombée

Il suffirait que tu dises les mots, prononcés dans le creux de l’oreille, dispersés le long de mon corps, de la nuque au creux des reins, tes mots en replis, en caresses, en cours sinueux, en rivières et en tumultes.
Il suffirait de t’entendre murmurer ce qui a été oublié, ce qui a été tu depuis si longtemps, les secrets, les étreintes, tous nos interdits.
Il suffirait de laisser glisser ta voix sur mes épaules, si lentement, ta voix devenue rauque, profonde, cette voix qui creuse mes entrailles, qui fait gonfler ma gorge, qui la remplit de toi par capillarité.
Il suffirait de lisser mes cheveux de ton souffle, revenu par saccades, à peine, une suspension, une attente.
Il suffirait d’un seul silence entre tes mots en errance sur ma peau.
Il suffirait que je te reconnaisse à ces mots, à ta voix, à ton souffle, à tes silences, que je te reconnaisse au sourire des mots, à leur lumière, à leurs sens cachés, au tressaillement de ces mots, à leurs modulations, à leurs injonctions, à leurs prières, aux percussions de ces mots, à leurs séismes, à leur urgence, à leur désir.
Il suffirait de si peu et de beaucoup à la fois, tu vois, pour que je flanche, que je sois submergée, que je tombe d’un coup.
Et pour que tu me relèves, à la force de tes bras, à la force de tes mots.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Uppercutée

Je vois. Ou peut-être pas. Peut-être que j’imagine. Peut-être que c’est un piège, juste une image. L’image d’une image. L’image dans l’image.
La beauté brouille ses pistes. La beauté abat ses cartes. Sans joker, beauté brute, immédiate. C’est l’image d’un soleil, l’image d’un éblouissement, d’un choc, d’un aveuglement.
La première fois, c’est un grand silence à l’intérieur. L’effet tenaille à rompre les organes. L’effet grenaille à piquer les paupières.
La deuxième fois, j’étreins ce que je vois. A m’en étouffer. Je m’ébouriffe, je me dézingue, j’ingurgite à m’en déglinguer l’œil. Tant d’étincelles tant d’éclats.

Et à chaque fois je me prends un uppercut. Un doux et long uppercut. Gros shoot. No bluff. De plein fouet. J’en ai plein la tête. Plein les veines. J’en suis pleine, c’est en moi. Cela diffuse, cela diffracte, cela reste longtemps.

Après, je me dis que je sais. Je connais cette émotion, je la reconnais. Je suis prête. Elle peut venir, la beauté. Toute la beauté du monde. Je l’attends de pied ferme. Elle peut me frapper en pleine face, la beauté. J’encaisserai.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·prose

L’illusion

La surface ne se plisse pas. Elle ne se gondole pas, n’ondule pas, elle reste inerte, engluée en elle-même. Immobile, parfaitement lisse, calme, elle s’offre comme miroir où se reflètent les arbres, pinceaux de fin d’hiver trempés dans l’eau. Une vision inversée de la réalité, dans laquelle on pourrait plonger. Rien ne s’agite mais tout respire en profondeur. C’est le rythme très bas du cœur des choses qui se laisse regarder, une indécence de la vie qui se laisse voir à l’oeil nu.
Les couleurs sont douces, diluées, sans densité mais d’une présence qui occupe tout l’espace sous la paupière. Il y une continuité, un prolongement, une dissolution lente du paysage pour ne faire qu’une seule image.

De loin, c’est l’impression que cela donne, une image unique, claire, silencieuse, sans un souffle d’air. De plus près, sur la berge, les premiers clapotis ne viennent pas brouiller l’image mais troublent l’atmosphère de leur son. C’est léger mais pleinement vivant et presque volatile. Le bruissement doux contribue à la quiétude, tout comme le pépiement, plein les oreilles mais sourdine, de loin, demi teinte. Une histoire de chants, d’enchantement. Une histoire de chaleur, de début de printemps. Une histoire de chair de poule qui ne se voit pas mais se devine sur la soie lisse du lac.
Plus tard, le soleil disparaît derrière, laissant une traînée de poudre sur l’eau, qui s’allume en incendie, en flamboyance. Et rien n’a bougé, le lac demeure immobile. Et dessous, l’insondable mystère, l’insaisissable, l’invisible. 

Se demander alors si la beauté se voit ou si elle n’est pas dans ce qui ne se voit pas, dans ce qui s’imagine, dans ce qui se présume. La beauté est une cachottière. La beauté se cache d’instinct. Elle se cache là où l’on ne pense pas qu’elle se trouve, là précisément où l’on ne la voit pas et elle surgit de l’onde ou d’ailleurs. L’image se fige. L’image change. Elle se disperse entre le regard et l’esprit. Elle oscille entre l’être et le paraître, l’illusion s’illusionne. Trois petits tours et puis s’en vont. 
La beauté s’ignore. Je le savais déjà. 
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·Emotion·photo couleur·prose

Le mulot mort

Dans le jardin il y a le visage d’un mulot mort qui ne regarde plus le ciel mais se reflète peut-être dans un miroir. Un fantôme de mulot apprêté pour le voyage, poil lustré, museau propre, l’oeil noir de trop avoir guetté. Il chercherait la douceur entre ses pattes, quelque chose à croquer. Une proie sans doute. La preuve en est ses moustaches humides et rigides, indiquant la direction. Celles de gauche montrent le nord, celles de droite, le sud. La suite serait cornélienne si le soleil ne se voilait la face, façon de protéger les êtres encore vivants d’un être déjà mort. Pas encore froid, certes, fourrure chaude et queue raide. Il ne palpite plus mais rouge encore du feu de la vie, il a l’air de bouger. Il pourrait flotter en slalomant entre les arbres. Il pourrait nager le crawl comme dans les dessins animés et remonter le cour de sa vie. Mulot caché entre le jour et la nuit, petit poilu des tranchées de jardin, a combattu pour sa survie, ventre à terre.

Le fantôme a rougi dans son sommeil sans fard. Il s’est vu gros chat plutôt que gros rat. Il s’est vu pacha sur feuilles à mâcher, sur talus touffu, sur lit de soie. Il s’est vu premier mulot de la région, élu à rebrousse-poil roi des rongeurs. Il s’est vu mulot ailé pour échapper aux chats, aux chiens pour qui il aurait servi de jouet à déjeuner. Il se serait vu supersonique pour voler plus vite que les rapaces.
Il divague dans son rêve de mort. Il galope, il est plus gros que le plus gros des chats, il est gros comme un éléphant. Il pourrait écraser un chat d’une seule patte. Il se voit comme prédateur mais il n’est jamais prédateur que de lui-même. Il trifouille dans ses cauchemars de quoi s’en extirper, histoire de voir si la greffe a pris, mais c’est trop tard, il a beau galoper dans son rêve, tout mort qu’il est, il est bel et bien mort.

Y a-t-il un paradis des mulots ? Un espace à parsemer de fleurs des champs, de galeries souterraines, de cachettes surprises. Une place pour compter les nuages et les lombrics en attendant le crépuscule. Peut-être une motte de terre à rapporter entre les pattes, une attitude à faire remonter ses souvenirs de bête, les fatigues, les réformes, les remontrances. Peut-être la perception un peu fanée d’un amour de mulot. Mulotte sans culotte, l’indécence, le fantasme au pays des mulots, le temps que prend l’amour, aussitôt grandi aussitôt enterré avec la bêche à côté et deux bouts de bois en signe de croix. Le signe de l’enfant qui a semé avec, ses espérances et ses rêves.

Que se disent des rêves d’enfant et des rêves de mulot mort ? Personne ne sait, il faudrait avoir pour cela de petites oreilles très pointues ou se laisser envahir par la terre, en avoir plein les yeux, plein la bouche, se laisser enterrer vivant, avec les rêves du mulot mort et ceux que l’enfant a déposé dans le trou.
Ou attendre la saison prochaine et déterrer les rêves.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·prose

Plein feu

Il aura fallu une seule allumette pour que ça flambe.
Il y a eu d’abord de petites flammes fébriles, hésitantes, blanches et bleutées, un peu timides encore.
Il y a eu ensuite des poussées vives vers le haut, flamboyantes, d’un jaune qui jubile.
Alors, la danse a pu commencer, sinueuse, ondoyante.
J’ai vu les flammes lécher le bois et le ronger, le noircir jusqu’à disparition de la souche. Je les ai vues rougir d’un seul coup, puissantes dans les broussailles, et prendre de l’ampleur. Je les ai vues s’élever, dilatées, dépliées, déroulées de tout leur long. Je les ai respirées, toutes leurs odeurs envoûtantes de pin brûlé, de cade, de résine, d’herbes et de branches d’olivier. Je les ai entendu gémir sous l’écorce qui craque.
Maintenant, elles dansent, elles ondulent dans le mitan du foyer, mobiles, emmêlées et je les suis du regard, je les devine, je les précède. Elles persistent et s’insinuent, leurs circonvolutions dans celles de mon cerveau, longues volutes qui m’embrument, m’enfument, où je me consume à petit feu, rampant, insidieux. Il me pénètre par les pores, un écarlate qui me cuit, me picore la peau, boucanée, fumigée.
Je me laisse envahir par la chaleur, je me laisse engourdir mais paralysie partielle, quelques chose dans la moelle et dans l’oeil, le scintillement continu me retient à demi, à la moitié de mon coma. Avant sifflement sourd, avant sursaut de minuscules explosions végétales, avant effondrement brutal d’une branche dévorée par le feu, avant crépitement aigu d’étincelles qui s’envolent dans l’ombre.
Alors, je m’éveille de ma somnolence, je saisis un insaisissable, je perçois quelque chose de nouveau, d’inouï dans les flammes, leur sourire, leur souffle, leur énergie. Elles m’auréolent et me figent dans le dessin de leurs élancements, une montée au ciel, une grâce. La lumière pure, brute m’entoure, me couvre toute. Elle me submerge, me baigne d’une ondée d’or, d’un incendie. Elle me brûle et je brille. Peut-être une épiphanie ou une fièvre.
Au milieu du brasier, j’ai regardé longuement les flammes et elles m’ont rougi les yeux.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

L’ombrageux

C’est le soir que je préfère, au pied du grand ombrageux à l’extrémité nord du jardin. Là, je regarde les feuilles s’agiter. C’est dans la pénombre qu’elles tremblent. C’est à la saison prochaine qu’elles tomberont.
Dessous, l’écorce est la peau qui m’abrite. Elle craque mais ne fend pas. L’arbre s’érige dans toute sa puissante verticalité en protecteur. Sa vitalité me traverse, sa douceur m’assemble, je me rapproche, je me reconstitue.
Il m’offre les cordages de ses racines, chevillées à mes jambes. Allongée dans l’herbe tiède de la fin d’été, je m’absorbe dans le murmure du feuillage. C’est le chant de la mélancolie et des fanaisons à venir. C’est un sifflement qui étourdit, qui engourdit et apaise. Une lente litanie, une petite brise, un baiser qui se dépose sur mes joues et mon front.
Les feuilles palpitent, elle papillonnent au bout des branches, mains au bout des bras, et c’est dans le prolongement du tronc que dure le souffle. Elles s’étoffent en vert, s’étirent, tracent des mouvements souples qui se perdent dans mon iris et renaissent dans mes veines.
Elles tanguent, elles me guettent. Je les rejoins. D’en bas, j’atteins la cime, si haute, touffue, plénitude affranchie de toute folie humaine. J’étreins leur respiration. J’embrasse qui m’embrasse. J’entre dans leur petit désordre végétal, l’impression fugitive d’être si légère.
Enciellée comme elles, je vole. Elles volent en moi. Elles vivent en moi jusqu’à la fin du jour.
©Perle Vallens