atelier Laura Vazquez·écopoétique·écriture·photo n&b·poésie

la peau des plantes

On dirait qu’elles se taisent
mais c’est qu’on ne les entend pas

Écoutez
Elles glissent
progressives dans le silence

il n’y a que la distance sous nos pas
un grand espace tout autour
un ciel

Ecoutez
La terre respire encore
elle rebrousse calcinée
les racines frémissantes
le sol relate une histoire
à laquelle nous croyons

Ecoutez bien
pour retenir les mouvements cachés
dans l’immobilité

Leur souvenir repousse fragile
dans nos veines
tiges hautes nous atteignent
de plein fouet

Ecoutez toujours
le déjà là des apparences
le dessous révèle leurs vies

inventaire
d’ombres
dépliées

plissé se fripe un pétale
dans l’air froissé

Ecoutez la pleine peau des plantes

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Vieillissement

Je me vois vieillir.

Je vois d’autres visages vieillissant. 

J’en vois sur les sentiers de campagne et entre les feuillages des forêts. 

J’en vois sur les trottoirs et dans les surfaces vitrées des villes, des reflets de rides dans les vitrines, des regards fatigués. 

Je vois des gens qui peinent à marcher. Je vois leur peau fripée, comme écorce craquelée, leur chevelure rêche, leur crâne dégarni. Les feuilles mortes à leur pied. 

Tout le monde vieillit, les arbres aussi, leurs branches sèches, leur tronc tordu, toujours debout, certains sont très âgés, bien plus que moi. 

Les plantes vieillissent, celles qui durent une saison et les vivaces qui s’enfouissent en terre, s’y reposent avant renaissance. 

J’aimerais bien moi aussi renaître. Ce sursaut d’énergie qu’un être parfois nous apporte. 

Je m’allonge sur le rocher sans âge chauffé à blanc dans la lumière d’été. Je me serre contre ce chêne, ses hanches larges, sa solidité, sa solitude. Je me couche dans les herbes qu’on dit mauvaises et c’est un réconfort. 

Nos peaux nous trahissent. Nos articulations, nos muscles, nos organes fragiles nous lâchent et la vie nous essouffle. Le vieillissement du corps nous blesse. 

Toi aussi tu vieillis. Et toi. Et toi. Tous nous vieillissons, tandis que d’autres naissent. 

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo-poème·poésie

Marcher ou ne pas marcher, telle est la question

Il faut en premier et avant toute chose
avant toute autre précaution
se chausser

Et on se lave d’abord les pieds
on récure bien entre les orteils c’est important
On en profite pour vérifier la taille nette des ongles
limés au besoin

On lisse le tendon pour le décoller un peu
réactiver la circulation sanguine
et le désir

On frotte sous la plante
on le fait franchement sans égard pour les peaux mortes
du talon grenu et rêche

On le fait plus délicatement pour l’articulation
de la cheville droite
là où la malléole gonfle
molle et indécise
qui se pose toujours un peu la question de la marche
Tu comprends depuis qu’elle a été cassée
elle garde une fragilité un genre de timidité
On la flatte comme un animal indocile
qu’on veut calmer

On masse avec douceur la bursite
à gauche
toute fraîchement arrivée sans permission
par inflammation subite comme pour te faire regretter
les plaisirs pris
On la traite avec déférence cette punition
qui fait ralentir le pas
Il lui faut de l’huile essentielle d’eucalyptus citronné et du froid
pour décongestionner

Dite achiléenne calcanéenne sous-cutanée
cheville demi-divine de semi héros grec mort
de trahison du corps
d’ordinaire interdit le tendon qui s’érode
le protège des échauffements le chouchoute
lubrifie que ça coulisse que ça ne ripe pas

Bourse séreuse hypertrophiée baudruche enflée
fat-fat-fat et pfuit dégonfle
son outre qu’on dirait percée
petite boule synoviale œdème
endémique
mi ventre-phoque mi bouée-de-sauvetage
de pleine noyade

Dimension et apparition aléatoires
va et vient rien que pour embêter
propriétaire de la jambe
et pression des nocicepteurs tu douilles
La douleur
paraît que ça nous fait paraître plus vivant
Je douille donc je vis

Il reste à trouver meilleures chaussures
(pas de rando)
les chaussettes qui rasent le mal
et partir en boitillant
à l’assaut de la ville en se rappelant
à sa généalogie de pieds-bots

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·prose

Le rêve de David Lynch


Nuit random de 1988 dans la Pink House. David Lynch soupire dans son rêve, il ne parvient pas à entrer dans cet état de calme infini. C’est plus une transe qui le maintient. Vague tenture rouge à soulever et des couloirs à l‘infini. Devant lui, la Vénus de Milo l’attend pour danser. Il la serre dans ses bras comme si c’était la seule femme survivante dans un monde d’hommes. Elle dit : Vous me serrez trop fort, les bras m’en tombent. Il valse avec une femme sans bras, comment est-ce possible ? Il lève la tête pour regarder son profil de marbre blanc. Elle lui sourit, elle a le visage de Marilyn Monroe. Son regard est si triste et pourtant son sourire rayonne. Un bruissement de feuilles et une odeur de chlorophhyle monte à ses narines mais les arbres sont invisibles. Il n’y a rien que cette tenture rouge et lourde qui tombe devant lui, c’est comme un théâtre. En lui-même il pense un théâtre d’émotions. Vénus-Marilyn lui chuchote quelque chose à l’oreille qu’il ne comprend pas. C’est la bande son qui parle pour elle, l‘audio tape dit que c’est difficile d’être heureux. David dit : Ayez confiance en moi. La pluie se met à tomber mais elle ne mouille pas. Ils glissent tous les deux sur un sol immaculé qui se craquelle peu à peu sous eux. Le sol dessine des chevrons et la pluie se transforme en poussière. La voix de Marilyn se métamorphose en chant d’oiseau. David a peur qu’elle ne s’envole, il sert son corps sans bras. La statue ne peut plus danser, elle ne bouge plus, elle pèse des tonnes et David ne parvient pas à la soulever de terre. Il marche à reculons, au ralenti, puis c’est le sol lui-même qui s’écarte. David ne bouge pas. Il ne peut plus bouger. Il reste immobile comme collé au sol, et pourtant la Vénus s’éloigne de plus en plus. Elle commence à se fendiller en deux, à se briser. A l’intérieur, un corps monstrueux de bébé surgit. Il se dit que c’est Spike et il hurle : Non Jen ne touche pas à Spike, n’y touche pas. Spike dit : Je ne suis pas Spike, je suis Marlyn. Je suis la Vénus. Je suis toi.

Perle Vallens

Actualité·atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine·revue Miroir

Disparition (d’après vidéo) dans Miroir

Le dernier numéro de la revue Miroir est paru dimanche 8 juin avec Disparition, un texte écrit d’après conseigne d’écriture de Laure Vazquez. Merci à Benjamin Milazzo pour cette nouvelle sélection.

Il s’agissait cette fois d’écrire sur les traces de Suzanne Doppelt et Fernando Pessoa d’après photo, ici capture d’une vidéo de Terry Adkins, Untitled (Leather Wall Piece), 2013, vue à la Bourse de commerce.
Pour lire in extenso, c’est ici.

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Il y a (des souvenirs en pot)

Il y a les champs de vignes. Leur taille en vert et les vendanges, l’effort qui creuse le dos et noircit les mains, le sang qui coule, sucré, le lécher jusqu’aux tannins. Et les cailloux qu’on suce pour savoir ce que sera le vin. Je sais les insectes et les plantes à leurs pieds, moutarde et vesce, les lombrics et les scolopendres, sous galets roulés le sol sec, je sais que ce qui grouille donne vie. Tout ce que j’ai appris ici et qui traînait dans un coin de mon corps depuis longtemps.

Il y a les champs de coquelicots. Rouges à se rouler dedans, filles et mère, à mâchouiller un brin d’herbe, à chantonner dans le vent. A se vautrer sous les vrombissements butineurs, nuée d’insectes voletant autour de nous. A regarder le ciel entre deux nuages, à caresser de l’œil la colline d’en face et les fleurs de sureau. Glaner les unes et les autres, ces promesses printanières, le parfum qu’on fera glace, tout ce rouge mis en pot, ce sera pour garder un peu de lumière et de chaleur pour l’hiver.

Il y a le verger. Les fruits picorés dans l’arbre, les cerises pendues aux oreilles, les parties de cache-cache, football, tir à l’arc, équilibre et brouette, et s’écrouler en éclats de rire. C’est souffler sur les akènes du pissenlit et les faire s’envoler, comme bulles de savon. Leur enfance concentrée sur aire réduite, comme modèle vivant à retourner la terre à main nue, à observer les araignées dans les ronces et les escargots, glissant sur la paume, leur dépose avant course de vitesse et tentative de nourrissage. Les chats errants et les hérissons échoués dans cette prairie, fourrés à camouflage, buissons de vivaces où se berce mon cœur de mère.

Perle Vallens

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Briser les malédictions

Comme un chant d’oiseau je vous parle d’un territoire qui résiste aux déserts. J’ai cheminé et j’ai su les merveilles qui brisent les malédictions :

– le ciel si bleu qui baigne nos cheveux blanchis

– l’eau en transparence qui brossent nos membres éreintés

– l’espace agrandi de cuivre qui perce nos paupières closes

– le teint rosé de l’air qui frotte le désir à nos crânes désaxés

– les arbres qui ont poussé argenté dans nos yeux de brebis

– leurs feuilles qui dansent verdoyantes sur nos mains sans couleur

– les empreintes brunes qui caressent nos pieds emprisonnés

– les bruissements qui s’accrochent à nos oreilles trop grises

– les rayons d’or qui traversent nos lèvres de chaleur murmurée

toutes ces traces traversent nos cœurs d’utiles flèches, chassent l’amer de nos bouches, nous prolongent et la vie à nos corps ouvrent de nouveaux chemins

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Un poème dans la revue Miroir

Samedi dernier avait lieu un atelier d’écriture en visio avec Laura Vazquez, autour d’Adrienne Rich (c’est par cycle ces derniers temps, pour avoir le temps d’explorer un auteur ou une autrice). Nous étions plus de 350 à écouter et écrire dans une énergie forte. Est né un texte qui a été sélectionné par Benjamin Milazzo pour la revue en ligne Miroir, celle du 8 février.

Actualité·atelier Laura Vazquez·écriture·hommage à·poésie

Hommage à…

Nouvel hommage à David Lynch, sur la base d’une consigne proposée par Laura Vazquez.

Hommage à David Lynch

La négativité est comme l’oscurité.

Prom queen, reine de beauté dans les limbes
l’ombre dessine sur sa peau blème pâlie sous la lune
pleine lui saccade l’orbite
il y a bien trop de bleu dans loeil
elle (ne pas céder)
d’un baiser fait un avenir d’une seconde

L’obscurité n’est pas rien, cest l’absence de quelque chose

l’ange a perdu ses ailes
on ne sait pas exactement qui les a arrachées
mais le feu prendra plus facilement
les flammes éclairent mieux l’intérieur
le coeur obscur de Laura
s’immacule en s’immolant

Il y a un océan de conscience pure à l’intérieur de nous.

Fire walk par flashe éclaire
conscience pure qelle posture de yoga
permet de voir le monde autrement
qui dit to dive within trouve du nouveau
au fond de la pellicule
le film est une rivière où je nage
à l’envers

Perle Vallens