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Aigrettes blanches


Il est de toutes les saisons, dénudé ou fleuri, s’égraine et se disperse en rosettes étoilées.Il tapisse les prairies et sentiers, les talurs et trottoirs, d’un envahissement tel qu’il est impossible de ne pas le piétiner. Je l’enjambe dans le jardin et je me penche vers lui, hissé sur ses longues tiges dressées en touffe autour du pied, sa racine épaisse solidement ancrée. En dormance hivernale, il persiste dans son vert, ses feuilles ciselées, lancéolées, au pourtour hérissé, ses « dents de lion » qui ne mordent pas. J’imagine la sève qui remonte, puissante en de début de printemps, dans le pédoncule creux, duveteux, vers son capitule fécond, ses rangées de fleurs jaunes que viendront bientôt butiner les pollinisateurs des environs.

Quand les fleurs laissent place aux fruits, le pissenlit s’auréole d’akènes prolongées de soies. Volatiles et légères, ses aigrettes se détachent et se dispersent au moindre coup de vent. Sa tête joufflue et blanche, fragile,me fascine, comme lorsque j’étais enfant. J’aime toujours souffler dessus, par jeu. Je lui entame une joue pour ne garder qu’un demi visage, avant de faire disparaître l’autre. En deux bouffées, j’essaime totalement sa chevelure folle qui s’envole d’une bourrasque, un peu comme la mienne, et qui vient coller ses mèches aériennes dans mes propres cheveux.

Perle Vallens

(écrit en cours de Master création littéraire écopoétique)

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Les Insignifiantes au Naturoptère

Comme les plantes migrent, Les Insignifiantes voyagent…

Elles se sont posées pour une année dans l’espace Imago du Naturoptère, musée consacré à la biodiversité situé à Sérignan-du-Comtat, village natal de Jean-Henri Fabre.
Le village vauclusien abrite aussi l’Harmas qui est consacré à l’entomologiste, c’est le musée « frère » du Naturoptère, situé au même endroit.

L’exposition sera principalement visible lors des grands rendez-vous du Naturoptère, notamment durant les Journées Plantes rares et jardin naturel (12 et 13 avril 2025), le Festival de la Biodiversité en mai 2925 ou encore la Fête de la science en octobre 2025. J’en reparlerai…

NB les Insignifiantes sont le volet photographique d’un essai poétique, projet du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille.

ESA Le Naturoptère
Université Populaire Ventoux
33 cours Jean-Henri Fabre
84830 Sérignan-du-Comtat
Tél : 04 90 30 33 20

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déguster une pierre

(la pierre dégustée ne correspond pas à celle prise en photo)

quel secret non effrité de la pierre son silence
l’irrévélé se plisse en strates dans d’insondables replis

lessivée rongée poncée par les pluies se laisse raviner
dégringole son unicité décrochée de la roche
l’infime devenu pierre

son appel clair entonne un chant inaudible
dévoile l’invisible d’une discrétion d’une pudeur
le signe d’une existence simple

secrète effusion sa tension au creux de la paume
la blessure au poignet la veine minérale
son feuilletage cristallin

sa blancheur de craie moelleuse écrasée
sans laisser trace sur les doigts
à la main revenue au pouce préhenseur
j’agrippe mais ne la possède pas

d’infimes poussières sont brève envolée
leur olfaction tressaille palpitation des narines
ce souffle intense d’une vie passée dans ses mystères

je ne perce pour l’instant aucune révélation
du berceau de la terre de ses profondeurs
la pierre tait jusqu’à son origine

se lèche pour savoir de quelle extraction
de quel sol son origine de quelle promesse son terroir
et le vin à venir

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D’amont en aval


Le regard humain oscille entre le haut et le bas, entre la rivière et le ciel où sont les vautours. Ils planent et de leur altitude ne doit se voir qu’un trait sinueux ponctué de taches vertes, des points se déplaçant, circulant sur la route qui borde l’eau vive, tranquille d’avant période de crue. C’est de ce côté-ci du bassin versant de l’Eygues, en amont, un peu avant et un peu après le village escarpé de Saint-May. Là, le lit s’est creusé entre les gorges, brisant la roche en surfaces caillouteuses, limons humides, parfois boueux, dispersions brunes en surface, mais libre, saine, vivante. Quelques touristes s’y arrêtent, se baignent, se promènent, font des ricochets aux endroits où la rivière se fait plus lisse. Par temps calme, la rivière est infiniment claire, d’une grande transparence, deviendra opaque et sombre après la pluie. D’orages déversés, la montée des eaux charrient minéraux et végétaux qui se redéposent plus loin, libérant de nouvelles voies de passage. De quoi remettre de l’ordre dans les empilements de pierres, créations de barrages, par jeu, sans penser à mal mais bloquant les alevins. Parfois, nous passons derrière, déplaçons les constructions humaines, créons des trouées pour les poissons. Ce que la rivière fera tôt ou tard elle-même, réaménageant son lit selon les saisons, au fil de ses affluents que je ne connais que par ouï-dire, Sauve, Rieu, Coriançon, Combe boutin, Moye, Draye… Hormis le Ravin du Ruinas, cet étrange cours d’eau perché plus haut que le terrain environnant et qui appelle la randonnée. L’Eygues connaît-il ses bras-frères, ses nourrisseurs qui le font plus loin plus gros qu’il n’est à Saint-May ? Ici il n’est qu’entrefilet bondissant alternant les zones de cascades, genre de spa naturel où j’aime me laisser masser, et espaces de retenues, d’eaux profondes en bordure des pitons rocheux des gorges, façon de piscine brève, à contre-courant, où l’on fait bien cinq brasses en restant sur place. Alentours, plantes autochtones poussent sur sol détritique et dans l’anfractuosité des rochers. Nous laissons filer les morceaux de bois échappés des arbres qui ploient au-dessus de l’eau. En surplomb, les vautours volent, inspectent peut-être. Je me demande comment et ce que voient les vautours. Il paraît qu’ils disposent d’une très bonne acuité visuelle et seraient capables de repérer un objet de 30 cm depuis une hauteur de 3650 m. Un champ de vision élargi pour voir bien au-delà. Ils peuvent longer l’Eygues de leurs yeux binoculaires peut-être jusqu’à Villeperdrix. La rivière court son chemin de rivière, 100 km depuis sa source jusqu’au Rhône où elle se jette, et la route la suit de près. En voiture, on la voit sur une première partie de son trajet, Sahune, Curnier, les Pilles, Aubres et jusqu’aux abords de Nyons. Toujours un peu de monde en saison estivale, visible depuis l’habitacle. En contrebas les gens, pataugeant là où il y a moins de fond, se promènent sur les lacets qui se font et se défont. C’est ici que l’effet torrentiel est en automne et en hiver le plus fort. La rivière devient son propre moyen de transport. La rivière sort de son lit, déplace amoncellement de matière sur les berges recouvertes, dépôts de graviers après la crue. Elle divague, espace agrandi, s’élargit en tresse. De sinueuse, s’étale en méandres. Après Nyons, la rivière disparaît de la vue jusqu’à changer de nom, entre Drôme et Vaucluse, devient l’Aygues qu’on pense assagie à hauteur d’Orange. Certains s’y baignent encore vers Camaret, Sérignan, ou à l’entrée de ville, au lieu dit Pont de l’Aygues, mais son innocuité est incertaine, et souvent son lit plus large est à sec. Comment imaginer qu’il s’agit de la même rivière amont et aval ?

Perle Vallens

écopoétique·prose

Retrouver la vibration des plantes

Jean-François Fourtou – la famille des hybridus – fondations Datris

Le jour où les oiseaux se sont tus, le jour où ce qui brille s’est éteint, où les effigies animales, tous les animaux, leurs membres arrachés, bandés, tombés, où les trafics de leurs peaux sacrifiées, vendues, où leurs visages disparus, sans yeux pour nous regarder, où retrouver le lien dans les griffures artificielles végétalisées, où retrouver les mots enfuis, les mots qui font sens dans les rudiments et les cris. Dis-moi ce jour où la lumière passera ailleurs quz dans le filament de tungstène de l’ampoule. La lumière encagée, dis-moi qu’elle sera enfin libérée. 

Je cherche dans le frémissement des néons le flottement d’un feuillage, dans l’instant citadin, sur les trottoirs parisiens l’empreinte des forêts anciennes. Je cherche l’invisible dans vos façades et vos regards. Ce que je vois devient une multitude d’histoires éclatées, des pétales qu’on assemble. Se dessine une vie à part entière. 

Tous, têtes hirsutes, saillies au bout du col, tiraillées, désaxées, regardant dans la mauvaise direction plutôt que celle de l enfance qui résiste et croise tous nos âges advenus, de vieillesse et d’incertitude. 

Il nous faut retrouver la vibration des plantes jusque dans nos doigts, et dans l’esprit monté à graines refleurir, laisser grandir nos liens, nos proliférations carbonées en faire nouvelles pensées, idées hybrides, fertiliser nos existences. 

S’aligner reflets verts ondulatoires comme chair réactivée, la chaleur d’un éveil. 
Dans l’œil tressaillera alors une résurgence lumineuse. 

Perle Vallens


Texte écrit en partie et à l’inspiration à la fondation Datris (espace Monte-cristo à Paris) en compagnie de Béatrice, qui anime des ateliers d’écriture à Joinville et Paris.