atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose

Matin

Le bruit monte de la terre humide de rosée. Elle se creuse de racines et murmure dans le remuement des lombrics. Le bruit de la terre crève les parois vitrées de la chambre et les pensées aussi deviennent bruyantes, extraites de la gangue du rêve.

La lumière coule le long des vitres. Elle finit par y entrer, trois rayons ont transpercé et inondent d’un coup la pièce. Ils claquent contre les murs, les déshabillent, les lavent de leurs ombres, les laissent nus et baignés d’un blanc lumineux.

La chaleur pénètre alors, l’atmosphère s’adoucit, nimbe les corps d’un flottement tiède. Elle fait des bulles en surface et ça sonne -explose pop : une caresse. La chaleur déplie les couches de l’épiderme, pleins et déliés qui s’étalent en cercles concentriques. La douceur parle à la peau en chuchotant.

Ce qui s’invite par la fenêtre modifie la teinte de nos visages, éclaire le regard qu’on pose sur les choses. Elles aussi sont rajeunies par la clarté matinale.
Chaque être est atteint par le plein jour, illuminé, transfiguré.

Perle Vallens

Actualité·écriture·concours littéraire·poésie·recueil

Avaler le fleuve, concours d’écriture cap sur le Rhône

J’ai participé il y a plusieurs mois à un concours organisé tous les deux ans par l’association Cap sur le Rhône, dans les courants du fleuve, dont le thème était « Fleuve nourricier, source de vie ». Le poème avaler le fleuve a été intégré au recueil édité à cette occasion. Il est paru fin 2025 et il m’est parvenu ce printemps.

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Mini résidence alsacienne & Printemps des poètes à Strasbourg

Deux étudiants du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille ont eu la bonne idée de nous organiser une mini résidence alsacienne Caravane-Caravelle dans l’éco-lieu du Langenberg à Wissembourg, une soirée in situ et deux autres dans le cadre du Printemps des poètes à Strasbourg, à la librairie Gutenberg les 24 & 25 mars de 19h00 à 21h00. Les trois soirées sont ouvertes à tous, sur inscription pour les deux dernières.

Une sortie de résidence est prévue le samedi 21 mars à partir de 20h00 dans le cadre d’une soirée plus large poésie/slam et DJ set.

Hormis les deux soirées de scène ouverte à la librairie Gutenberg, des ateliers seront proposés, sur inscription (avec jauge limitée) :

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Lancement de Solo à la librairie l’Orange bleue : atelier d’écriture & lecture

Le jeudi 15 janvier 2026 aura lieu à la librairie l’Orange bleue le lancement de Solo, recueil de poésie narrative paru fin novembre aux éditions Tarmac, avec une double proposition :
– Atelier d’écriture 16h30-18h30
– Présentation et lecture de Solo, restitution de l’atelier 19h00

A 16h30 je vous invite à un atelier d’écriture autour de Solo : dire les gens autour de nous, leur vie au-delà de leur rôle assigné par la société, en abordant des sujets sociaux aussi divers que le travail, la famille, la maladie, l’addiction ou le handicap ; écrire une prose ou une poésie sociale depuis des extraits de Solo (éditions Tarmac), Chronique judiciaire de Séverine Chevalier (éditions Dynastes), Chômage monstre d’Antoine Mouton (éditions la Contre-allée), L’homme qui penche de Thierry Metz (Editions Unes), À la ligne de Joseph Ponthus (éditions La Table ronde).

18h30 Apéritif sucré salé offert par Perle Vallens et les libraires.

19h Lecture : présentation de Solo, recueil de poésie narrative, lecture d’extraits par Perle Vallens, restitution des textes écrits en atelier.

Entrée libre et gratuite.
Inscription à l’atelier d’écriture auprès de la librairie : contact@orangebleue-librairie.com ou 04 90 51 78 59
Adresse de la librairie : 23, rue Caristie – 84100 Orange, Vaucluse

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

comment nommer

Comment nommer ce qui ne se nomme pas ?

Je souffle sur une lettre pour en faire naître une autre, pour attraper un son qui dise, un signe qui parle

Je dis : exprime-toi
Je demande au ciel
sa couleur
celle du temps ne se prononce pas
elle se dilue dans le cri
de la pluie
la couleur des visages
disparaît

Je dis : exprime-toi
Je demande au vent
son tissage
c’est un secret qu’il ne partage pas
avec moi
c’est un secret pour les arbres
et les plantes
un secret souterrain tracé
dans les graines

Ils se foutent bien du nom qu’on leur donne
Ils préféreraient rester anonymes
et intacts

Je dis : exprimez-vous
mais ils se taisent
ils se confient aux oiseaux
leurs nids de sépulture
sans épitaphe
les forêts parlent
d’une seule voix végétale
minérale
animale
j’appartiens

Je m’adresse à la forêt
Je dis : exprime-moi
dresse un portrait de fumure
de litière
dessinée au fusain d’incendie
la brûlure
du pin je renais
de ses aiguilles
je suis ici
sans nom

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Disparition progressive

Dans le bois de Vincennes, on frotte nos semelles dans les feuilles mortes comme quand on était gamin, comme quand on avait cette insouciance douce, ce cœur léger. C’est bien trop tôt pour ces jeux d’automne, on est début août et les arbres perdent déjà leurs feuilles. Elles jaunissent, virent au brun et tombent dans l’air étouffant d’une pseudo canicule. Je cherche dans mes souvenirs les promenades d’été, le visage et le corps liquéfiés dans l’envahissement solaire. La sueur n’est pas rosée et je me demande comment transpirent les arbres quand il fait si chaud. 

Je sais qu’ils dépérissent à cause des sécheresses répétées. Leur mortalité s’est accrue de 80% en dix ans. Dans certains massifs des centaines d’individus sèchent sur pied. Ils sont secs comme des vieillards. Rabougris et ternes. Ils souffrent de températures élevées, comme nourrisson malnutri. Ils souffrent d’une maladie incurable. Comme un cancer. J’aimerais pouvoir dire qu’ils végètent. 

Ils se dessèchent et s’affaiblissent. Ils penchent, se déracinent, ils tombent et gisent à terre après les tempêtes. Ils brûlent aussi. Plusieurs millions d’hectares de forêt dans le monde partent en fumée chaque année. La suie recouvre les survivants, souvent décapités. Comme jadis les condamnés, à la hache. Les autres, les morts sont abattus, tronçonnés, remplacés parfois par de plus jeunes, moins résistants que leurs aînés.

Je n’ai pas osé compter ceux éradiqués l’année dernière entre la gare et la zone d’activités, plusieurs dizaines, tous sains, droits comme le i de intact avant que quelqu’un décide de les supprimer. Tous d’âge honorable même si je n’ai pas compté non plus les cernes des troncs sectionnés. Je n’ai pas su combien d’oiseaux, d’insectes, de vers de terre, de micro-organismes ont perdu leur abri et leur compagnon. Je ne sais pas non plus la quantité d’oxygène manquante, non rejetée par ces arbres qui ne sont plus là, ni le volume de dioxyde de carbone qu’ils n’absorberont plus maintenant qu’ils sont morts. Cet air un peu moins respirable, cette atmosphère un peu moins tolérable, comme émanation d’un gaz écocide, relent aigre et nauséabond d’un mépris envers les vivants non humains. Non, je ne sais pas chiffrer la perte.

Perle Vallens

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la peau des plantes

On dirait qu’elles se taisent
mais c’est qu’on ne les entend pas

Écoutez
Elles glissent
progressives dans le silence

il n’y a que la distance sous nos pas
un grand espace tout autour
un ciel

Ecoutez
La terre respire encore
elle rebrousse calcinée
les racines frémissantes
le sol relate une histoire
à laquelle nous croyons

Ecoutez bien
pour retenir les mouvements cachés
dans l’immobilité

Leur souvenir repousse fragile
dans nos veines
tiges hautes nous atteignent
de plein fouet

Ecoutez toujours
le déjà là des apparences
le dessous révèle leurs vies

inventaire
d’ombres
dépliées

plissé se fripe un pétale
dans l’air froissé

Ecoutez la pleine peau des plantes

Perle Vallens

100 jours·écriture·photo couleur·poésie

Fin de saison

Le soleil a perdu un peu de son arrogance
son feu brûlant de bouche sauvage a laissé la place
à une indolence de fin de saison
monté droit au-dessus des jeux de massacre humains
étale sa monarchie absolue sur nos épaules à fines bretelles décalquées
rayonne comme un roi céleste sur son monde et nous minuscules
essuyons nos fronts des dernières suées d’été
Regarde : le crépuscule caractériel
résiste encore de ses rayons plus frais pour nous garder
dans son emprise mystérieuse mi chienne mi louve
sa gueule béante se referme avec les heures effilochées
je sais qu’on en perd le fil chaque jour des minutes tombées
dans l’escarcelle de l’automne à venir

Perle Vallens

#100 jours d’écriture, jour 71

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Vieillissement

Je me vois vieillir.

Je vois d’autres visages vieillissant. 

J’en vois sur les sentiers de campagne et entre les feuillages des forêts. 

J’en vois sur les trottoirs et dans les surfaces vitrées des villes, des reflets de rides dans les vitrines, des regards fatigués. 

Je vois des gens qui peinent à marcher. Je vois leur peau fripée, comme écorce craquelée, leur chevelure rêche, leur crâne dégarni. Les feuilles mortes à leur pied. 

Tout le monde vieillit, les arbres aussi, leurs branches sèches, leur tronc tordu, toujours debout, certains sont très âgés, bien plus que moi. 

Les plantes vieillissent, celles qui durent une saison et les vivaces qui s’enfouissent en terre, s’y reposent avant renaissance. 

J’aimerais bien moi aussi renaître. Ce sursaut d’énergie qu’un être parfois nous apporte. 

Je m’allonge sur le rocher sans âge chauffé à blanc dans la lumière d’été. Je me serre contre ce chêne, ses hanches larges, sa solidité, sa solitude. Je me couche dans les herbes qu’on dit mauvaises et c’est un réconfort. 

Nos peaux nous trahissent. Nos articulations, nos muscles, nos organes fragiles nous lâchent et la vie nous essouffle. Le vieillissement du corps nous blesse. 

Toi aussi tu vieillis. Et toi. Et toi. Tous nous vieillissons, tandis que d’autres naissent. 

Perle Vallens