Là c’était là c’était la nuit nuit froide et noire d’un noir troué de halos reflets jaunes sur le trottoir comme cratères où m’effondre où relève où retombe où creuse encore la veine noire de la nuit
la vue se cogne se brouille floue de larmes lointain mais ici si s’en souvienne les cris ne se voient pas maudis hurle suraigu un ton au-dessus d’arrache-tympan la vie se sauve en courant
Ce qui bruisse ce qui passe devant tes yeux ce qui te traverse ce qui s’espace ce qui danse dans l’instant ce qui s’obstine dans l’ombre ne souhaite pas se dévoiler entièrement reste une issue possible laisse une trace en suspens dont on ne sait par quel bout la prendre ce bout du bout cette extrémité ultime ne cesse de montrer son nez
D’instinct on la repousse on prend ses distances on prend des dispositions on adopte des mesures drastiques L’espoir perdure dans ce qui te lève la tête dans ce qui te lave le cœur
Rien ne se délaisse durablement dans nos entreprises de délestage rien ne se met à la casse qui ne revienne en pleine face façon boomerang ce qui s’encrasse durablement dans nos mécaniques instables dans nos masses tectoniques est du ressort des circonstances non atténuantes puisque en connaissance de cause
« L’association Zazie Mode d’Emploi a pour objet de développer et promouvoir les pratiques créatives inspirées des propositions de l’Oulipo, dans les domaines de la littérature, de la musique, des arts plastiques et de tout ce qui relève de la culture au sens le plus général ». « Tous les ans, Zazie Mode d’Emploi choisit un texte de l’Oulipo jeté en pâture à qui veut bien s’en emparer. C’est là le pré-texte à des centaines de détournements, pastiches, hommages, sous forme écrite ou non ». L’oulipienne de l’année est Clémentine Mélois et le texte revisité est Mâchicoulis et Chocoprinces. Il a donné lieu à 168 variations. La contrainte que j’ai choisie est le « collier », seulement des mots contenant obligatoirement la voyelle « o« .
Ouvre la bouche et dis les mots bloqués ce plombage dentaire qui empêche qui chasse à coup de brûlure à coup de tremblements mauvais rinçage des gencives
Les mots sortiront tôt ou tard ils feront bien ils fredonneront ils auront su garantir leur floraison leur fluidité pleine salive leur folie douce aspirée par l’autre bouche ils sont nourriture ils sont boisson ils sont vérités au fond des ventres
Les mots maladroits fausse route dans la gorge ouvrent de vieilles cicatrices des fractures des failles raclent les lèvres traversent au mauvais endroit en dehors des clous se rattrapent où ils peuvent leurs serres autour des cous étranglent et c’est sans faire exprès
Ils s’en excusent ils trouvent ce qu’il faut pour adoucir les plaies le pire le plus dur est aussi le plus durable les mots ne passent pas ils restent en travers d’autres venus à la rescousse tentent le tout pour le tout percent de nouvelles voix pour poser baume plutôt que bombe pour anéantir les champs déjà minés
Ce texte a été rédigé sur une proposition de Laura Vazquez dans le cadre de ses ateliers d’écriture (ici sur instagram). Un certain nombre de textes écrits lors de ces ateliers sont ensuite publiés dans la revue en ligne Miroir, qui diffusent ainsi de nombreux textes, base de données riche, dense, poétique et littéraire. Des bribes très inspirantes.