La fureur éteinte est un fauve tapi qu’il serait temps d’éveiller. Mais il dort non stop. Ni agir ni fuir, aucune échappatoire. On cherche la première consolation venue sur écran. On ouvre et on referme ses mains avec l’espoir d’y trouver quelque chose. Quelque chose à faire. Mais rien.
Brûlée. Marquée au plus vif de la chair. Précisément là où l’on ne sait plus à quoi tenir. Mais tenir bon. Mais persister. Mais dénombrer une a une les heures. Démembrer le temps, ses tenailles, ses tiraillements.
Savoir tracer ses propres lignes, savoir traverser les voies sans vérifier leur horizontalité, sans hésiter et se laisser glisser sur le chemin. Savoir se perdre en route sans prendre la mesure précise de l’écart qui nous éloigne.
Savoir percer à jour les écrans de pleine nuit, savoir les ouvrir en deux dans le sens du coeur ou celui du vent, c’est du pareil au même. Savoir se laisser porter loin, au delà des limites, au delà des fortunes et des infortunes, au delà des frontières imposées.
Savoir avouer à tel, savoir ouvrir la bouche et lui dire ce qui n’a pas été dit, savoir faire fi des pudeurs qui emprisonnent. Savoir vouloir peut-être encore. Tout et son contraire. L’impossible et l’irréel. Le plein et le vide. Savoir attendre l’inattendu, savoir le reconnaître à son visage incertain, à son regard éperdu.
En décembre dernier, j’écrivais, de nuit, une nouvelle sur le thème « soigner le mal par le mâle, avec comme mot final « enfer ». Telles étaient les contraintes du concours d’écriture du Prix de la Nouvelle Erotique créé par les Avocats du Diable en association avec la maison d’édition camarguaise Au Diable Vauvert. Après une première étape où subsistaient 42 textes finalistes de l’épreuve, le jury s’est réuni le 18 juin et à l’issue d’âpres délibérations, n’est restée qu’une nouvelle au titre balzacien en diable : Toucher à la hache.
Je suis donc très heureuse de partager cette nouvelle avec vous ainsi qu’un extrait de la nouvelle en écoute sur soundcloud, en attendant la sortie du recueil papier des onze meilleures nouvelles.
Zoodiac est un projet d’écriture lié au Festival Extra qui fait suite à un atelier d’écriture proposé par Vinciane Despretet Pierre Vinclair sur le thème de la disparition d’espèces animales, intitulé Tombeaux de bêtes. L’objet est d’écrire un adieu, un journal, un testament…
J’y participe avec un poème sur un insecte très symbolique et fortement perturbé par l’activité humaine qui se raréfient depuis plusieurs années. Je remercie Pierre Vinclair pour ses relectures, ses conseils… (pour lire in extenso, cliquer sur le titre « Extinction des feux » pour accéder au pdf du poème)
Franchement, cela devient n’importe quoi. Aucun sens à tout ça. Aucune raison, aucune substance. On a beau dire, on n’y croit plus. On se persuade, on se laisse bercer par cette espèce de béatitude mièvre, de bienveillance mollassonne, d’indolence. Ce truc sans pattes avec un cœur qui déborde, qui dégouline. Franchement, qui a besoin de ça ?
Alors je sais ce qu’elle dirait. Elle se persuaderait elle aussi « aie confiance, tu sais bien comment ça se passe, c’est toujours comme ça ». Cela retentirait comme un ongle qui crisse au tableau noir « toujours comme ça », tu parles ! « aie confiance » et là on entendrait le chuintement, le sifflement du serpent dans le dessin animé de Disney, celui qui t’endort, qui t’hypnotise. « Qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? » Ils sont partout, ces serpents ! Ils nous entourent, ils nous espionnent, ils nous inspirent nos pires actions, ils nous dépassent, ils nous débordent. On passe et repasse devant leur langue effilée et on ne peut s’empêcher de les suivre. Lui, on l’entend à l’avance, on le connaît par coeur « normal », « pas mieux », c’est tout ce qu’il trouverait à redire. On les scrolle, on les follow, on les like, on se like pareil. L’autolike c’est plus sûr.
Moi, j’ai rangé mon rss et je ne le trouve plus, trop bien planqué, trop bien foutu. Trop de détails tuent les détails, trop de hashtags tuent les hashtags. On se hashag même irl, tu vois ? On se poke, mon pote. On ne se touche plus assez à mon goût. Toi, tu n’en penses pas moins, je sais bien ce que tu dirais « asepsie, ton masque tu le gardes, ta main tu la gardes, ton corps tu le gardes, ton cœur tu le gardes. Un point c’est tout ». Mais bon c’est pas une vie si rien ne
se partage. On ne passe pas sa vie on line, si ? On ne vit pas virtuellement, si ? OK Google, c’est quoi une asepsie ? On te donnera une définition au ras des pâquerettes qui n’explique pas le pourquoi du comment. Google, c’est pas un assistant, c’est un rigolo programmé par des rigolos. Aujourd’hui, on met de la rigolade dans tout, ça tambouille sec, ça rissole, ça racle les fonds de casseroles, ça finit toujours plus ou moins par attacher, ça colle, tu ne le sais que trop. La brûlure est partout sur tes doigts, dans ta peau, derrière l’orbite oculaire et dans ta nourriture. Heureusement tu as la dent dure, toi aussi. Facebookiens tous jusqu’aux chicots, twitte et retwitte la couleur du ciel ou celle des armes. On vit comme on veut, on parle à côté et personne ne se préoccupe de nous au fond, pas vrai. « Oui mais non, l’autre là, il a dit de s’aimer les uns les autres, on aurait de la considération que ce ne serait pas plus mal » et elle, elle surenchérirait sûrement « et les animaux, tu penses aux animaux, ils ne sont pas sur facebook eux, ils n’emmerdent personne eux ».
Renouons avec les vidéo-poèmes… Celui-ci est d’une grande sobriété, avec un fond visuel et sonore minimaliste. place au mot ! Mais pour une raison que je ne m’explique pas, impossible de poster la vidéo comme à l’accoutumée, voici donc le lien vers youtube : https://youtu.be/QNKEOJbg5fA
Laura Vazquez anime depuis environ un an des ateliers d’écriture en ligne dont les textes sont publiés sur un groupe facebook. La toute nouvelle revue Miroir (dénommée ainsi en hommage à un poème de Sylvia Plath) réunit des textes rédigés lors de ces ateliers, sélectionnés par Laura et mis en page par Benjamin Milazzo. Il peut s’agir de mini récits, prose poétique, poèmes… Vous pouvez vous diriger dans la revue en ligne dans l’ordre où les textes sont publiés mais aussi par nom d’auteur/autrice ou par thème d’écriture tagués par mot-clés :
S’il n’obtempère pas cela signifie sans doute soit qu’il se fiche des conséquences, soit qu’il se croit au-dessus de tout ça.
S’il se fiche vraiment des conséquences, soit il finira par le regretter, soit il est totalement insensible.
Mais s’il s’avère qu’il est totalement insensible, cela veut sans doute dire qu’il est malade, à moins qu’il ne le soit pas.
Mais alors, s’il n’est pas malade, il est forcément soit un sociopathe soit un mort vivant. Si c’est un sociopathe, soit c’est de naissance, soit c’est la société l’a rendu ainsi.
Si c’est la société qui l’a définitivement abîmé, soit il peut péter un plomb à tout moment, soit il restera dans son coin toute sa vie.
S’il peut péter un plomb à tout moment soit c’est un danger en puissance, soit il est parfaitement capable de se maîtriser.
S’il est un danger, une bombe humaine, soit il l’est pour lui-même, soit il l’est pour les autres.
S’il l’est pour tout le monde, s’il s’avère qu’il est non seulement un sociopathe mais aussi un psychopathe, soit il faut s’en tenir éloigné, soit on prend vraiment des risques à le fréquenter.
Si on prend des risques avec lui, soit on se sent suffisamment fort pour le désamorcer, soit pas.
Si l’on n’est pas apte à le désamorcer, cela signifie sans doute qu’on est soit inconscient, soit suicidaire.
S’il s’avère qu’on est suicidaire, soit nous souhaitons vraiment mourir, soit nous nous leurrons sur nous-même.
Si nous souhaitons vraiment disparaître de cette terre, soit nous ferions mieux de trouver un meilleur moyen que lui, soit on pourrait finalement trouver ça fun de mourir par son entremise, directe ou indirecte.
Si on trouve ça fun, soit on est taré soit on est cynique.
Si l’on est cynique, soit c’est par misère affective soit c’est par nihilisme pur.
Si l’on est nihiliste, soit on naît nihiliste, soit on le devient.
Résonances est une revue éditée par Jacques Flament qui se propose de marier textes et photos. L’impossibilité d’un cri est une micro-nouvelle écrite sur la base de cette photographie de Patrick Devresse et qui évoque tout ce que le corps nous dit, ce qu’il tait et surtout ce qu’il exprime de douleur.