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Mots à la bouche

les mots la bouche©Perle Vallens

Je vole des mots, je les mets dans ma bouche, je les mange encore mous, je les mâche, je les étire, je les allonge. Je les garde longtemps, je goûte le jus qui jaillit de leur son, j’agace les consonnes au passage, j’avale les voyelles, tant pis pour elles.
Les mots, je les torture un peu pour qu’ils parlent. Je les triture et les trifouille. Je les enroule au bout de la langue, je les fourre en boule, je les funambule sur le fil de salive. Ils se font mousser, ils font des bulles.
Les mots, je les moule dans mes mains, je les modèle à ma façon, je les mélange, je les empile. J’en fais une tour, une forteresse, des murs pour me protéger de l’extérieur. Je les tricote en écharpe, en laine âge pur, en agneau vierge pour soigner ma gorge.
Les mots, je les remue avant qu’ils ne meurent.
©Perle Vallens

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Nécrire

je nécris

Je nécris. Je ne crie pas. Je n’écris pas. Aujourd’hui je nécris.
Nécrire n’est pas ne pas écrire. Nécrire n’est pas ne pas. Nécrire n’est pas.
Nécrire si on y pense n’est pas écrit sur du marbre ni dans la poussière.
Nécrire ne compte pas, nécrire ne calcule pas, nécrire ne dit rien.
Nécrire n’est pas non plus se taire. Ou peut-être que si.
Je nécris ce n’est pas que je n’ai rien à écrire, c’est que je n’écris pas.
Je ne me récris pas ni ne réécris ce que j’ai déjà écrit.
Je nécris gris brume ou blanc bruit.
Je nécris sans rien dans les doigts.
Je nécris sans clavier ni smartphone.
Je nécris plutôt aux arbres qui n’écrivent pas mais qui murmurent.
©Perle Vallens

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Vol au vent

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Les mots tout imbibés de rosée du jour refusent de sécher. Ils ont trop peur de mourir. Ils veulent rester des mots vivants au bord de la bouche, sur le bout de la langue, à portée de voix. Ils veulent pouvoir sortir et s’envoler. Ils veulent qu’on les voit bouger, danser entre deux vies. Ils ont l’éternité mais ils ont trop peur qu’on les oublie. Ils aimeraient qu’on les nomme, qu’on les prononce encore une fois. Les mots craignent l’immobilité encore plus que les ratures, encore plus que la gomme.

Le vent s’est levé, les mots s’emmêlent sur le papier. Le vent a soufflé, les mots commencent à s’affoler, à se mélanger les sens. Le vent a tourné. J’ai pu étendre mon poème. 

©Perle Vallens

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Comme va le monde

Monde ©Perle Vallens
Pas d’équerre avec l’époque, la pensée de travers peine à se frayer un chemin parmi les autres. Incompris ou ignoré, emprisonné dans ses propres labyrinthes, aucun abri pour les incertitudes, nues d’une nudité censurée.
L’image restitue l’intraçable, l’apprêt ne rend rien.
Je ne sais pas si le monde est perdu ou si nous sommes perdus dans le monde.
©Perle Vallens

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Toi

Toi ©Perle Vallens

Toi, tu voyages avec moi, je t’emmène partout sans valise, tu n’es pas encombrant, juste une voix et une image.
Toi, je te mange chaque jour, je t’ai dans l’estomac. Parfois je te digère mal. La faute aux coups de poing. Quand le cœur redescend dans le ventre. Un trop plein de trop vide.
Toi, je sais bien que tu existes pour de vrai quelque part, mais je t’invente tous les jours et je me raconte des histoires, je te glisse dans des livres.
Toi, si cela ne suffisait pas, il faudrait te recréer, jour après jour, un dessin d’homme au bout de mes doigts.
Tu vis dans ma tête, tu ne le savais pas ?
©Perle Vallens