6/10 doré le doré de l’idole est un vertige un mensonge d’identité où perce pantone pisseux pour qui gratte le revêtement PV
7/10 goutte La fatigue déposée en gouttes sur le corps anesthésié noyé l’œil ploie au seuil du sommeil la narcose est un désert PV
8/10 crapaud Se dévide de son fiel tout entier contenu dans sa gorge son goitre de crapaud qu’on voudrait racler de son acrimonie PV
9/10 rebond selfies s’envoient en sauf-conduits swipés façon de s’accorder sur nos rebonds d’après chutes quoiqu’on en dise l’image se brouille dans les remous PV
10/10 fortune le cœur vous prie d’agréer l’expression de son aptitude émotionnelle demeurée intacte et ajouterait en post-scriptum contre mauvaise fortune etc PV
Le dernier épisode de Miroir est très riche, l’est encore plus la revue papier d’après 3 des consignes proposées par Laura Vazquez. Elle est éditée par Captive Editions sous la houlette de Benjamin Milazzo qui fait un travail de compilation formidable chaque mois déjà sur la revue numérique. Je ne figure pas hélas au sommaire mais la maquette est belle et le choix de textes promet de l’émotion, des mots puissants. On peut l’acquérir ici. En revanche, on peut trouver un de mes écrits en ligne.
Comme chaque année, Inktober en version textuelle est de retour par ici. Voici les mots officiels (j’opte généralement pour une traduction, plus rarement, je conserve le mot anglais).
1/10 rêve objectif affiché dans le demi-sommeil d’une prise de pouvoir sur soi-même à la mesure du plaisir que le manque concrétise ce qui escamote c’est le rêve qui coupe court à la conversation du corps PV
2/10 araignée dans le cocon du cerveau ce qui suce la moelle ce sont deux araignées au plafond PV
3/10 chemin le nerf de la poésie actionné arc électrique jusqu’aux pieds c’est chemin de mots qui fait avancer sur la voie du monde PV
4/10 esquive j’arrive au bout et ce qui s’écrit s’effrite d’une fin comme une esquive le point final : un effondrement PV
5/10 carte La carte s’articule hors champ s’accompagne d’un inévitable recul la géométrie des lieux se comprend mieux par le corps PV
Que fige le geste / elle / cherche dans l’intention ce qui fait face souffle immense / élancé / la direction d’un regard qui ne serait pas vide surplomb ou chute retenue / la brisure / elle / rompue / avant de gésir / l’agenouillée mesure l’espace de ses mains / ce qu’elle invoque / prière où passe / perdu à jamais / sinon terrassée / elle / densité de l’air / sa voix prise / l’appui / un vœu / elle / là s’entend un chant blanchi / désir est césure / pleine nudité / inclinaison / serait une dérive / quelle muse sinon elle-même déjà vaine / d’un âge polychrome / elle / agripper serait seule ressource possible / un gémissement / frémissante / son abandon / dément / d’elle / regard implore / dire l’invisible
L’implorante de Camille Claudel (Musée Camille Claudel)
Ecrit en atelier mardi dernier (visio) avec François Bon, du Tiers Livre (écrire sur oeuvre d’après Jacques Dupin). Avec la mise en page initiale :
C’est ce tube blanc qui luit aveuglant dans l’obscurité il brûle les yeux si on le fixe trop longtemps il tressaille égratigne la prétendue quiétude taille la belle assurance dans toute sa longueur le cran fendillé vrille les nerfs entame le cœur à coups de grésillements j’ai vu clairement le néon grimacer sa vibration perverse sonne un glas le grondement d’une terreur sans contrôle une crispation glaciale dans la nuque lambeaux de courage ramassés repliés sous l’accélération du pas ma peur sous la semelle résonne dans le trop noir du parking Perle Vallens
A l’initiative de la Péninsule-Maison de la poésie en Cotentin et organisée par Adeline Miermont-Giustinati, une soirée « Matrimoine » aura lieu le 29 septembre 2023 de 18h00 à 22h00 à Cherbourg. Au programme, un atelier d’écriture, une lecture performée de La cité dolente (ed Lanskine) par son autrice Laure Gauthier, qui est la marraine de la Péninsule. Vous pourrez également assister à la projection de vidéo-poèmes, ceux diffusés lors des Rencontres Estivales de la Velouse. Si vous êtes dans cette région, je ne saurais trop vous recommander cette soirée et l’écoute notamment de Laure Gauthier.
Ça commence entre chien et loup, ce moment où la lumière s’émousse doucement. L’ombre bleue survient progressivement. Elle envahit d’abord la terre, les arbres. Elle se dessine en nappes, en nébuleuse un peu floue qui recouvre ce qu’il reste à voir. C’est le moment où les yeux se plissent pour distinguer encore quelque chose dans l’obscurité. Pour s’habituer au noir. Elle s’avance à son rythme, s’étend, se répand. Elle repeint. S’éternise. Le paysage se brouille dessous, puis disparaît. Toujours ce mouvement lent, comme ralenti, suspendu, surprend par sa radicalité. On dit qu’elle tombe mais c’est faux, la nuit noie. Perle Vallens
Tu ronges depuis le bord externe de l’ongle, taillant, épointant, limant l’irrégularité que tu as toi même créée. Il faut retrouver la forme ovale, harmonieuse, l’arrondi que tu t’appliques à rectifier, il faut éliminer les défauts, les découpes de travers, les départs à l’oblique. Le son crisse, celui de tes dents qui entament et mordillent. Le son te remonte dans l’os de la mâchoire jusqu’à celui du tympan, créée une caisse de résonance, son marteau, ses crispations.Tu ébarbes, tu rognes les petites peaux, les cuticules, tu tires dessus avec les dents puis tu replies les doigts à l’intérieur de la paume. Tu observes, tu détailles chaque progression, les dimensions rétrécies, tu sais que dans peu de temps, ce sera trop tard, que tu ne pourras plus rien faire ni poser un vernis ni même des faux ongles, il n’y aura plus assez de surface pour une manucure de secours. Tu arracheras ce qui subsiste de crasse sentimentale sous la cornée. Tu racleras, tu suceras, ravalant chaque mot perdu sous le bombé blanc, la lunule encore vierge de ta rage et buvant les dernières paroles, le suc planqué sous la rainure. Après, tu t’attaqueras à la chair, détachant de petits morceaux, d’infimes éclats de peau, d’insignifiantes parcelles du territoire, du pourtour de l’ongle, parfois jusqu’au sang. C’est à la première tache laissée sur ta manche que tu te diras qu’il faut que tu arrêtes cette détestable manie, ce geste compulsif, ronger tes ongles jusqu’à l’os. Perle Vallens
Elle s’arme et le bras s’abat coup bref coup sec net le son mat le geste sûr sans coup férir le poignet ferme ne s’affaisse pas première entaille soulève de l’armature la chair exsangue si blanche translucide la lame glisse le long se faufile dessous affine définit la direction de l’acier (l’affûtage est un autre geste) nul obstacle ne vient interrompre il faut de la force et de la délicatesse la main assure la prise dans le changement de destination la matière brute sa métamorphose Elle alors sa proie végétale tranche débite hache émince assène coup sur coup son office essuie coup final le tranchant du couteau Perle Vallens