écriture·Inktober·photo couleur·poésie

Inktober 2023 (5 par 5, 2)

6/10 doré
le doré de l’idole est un vertige 
un mensonge d’identité 
où perce pantone pisseux 
pour qui gratte le revêtement
PV 

7/10 goutte
La fatigue déposée en gouttes
sur le corps anesthésié
noyé l’œil ploie au seuil du sommeil 
la narcose est un désert
PV

8/10 crapaud
Se dévide de son fiel
tout entier contenu dans sa gorge
son goitre de crapaud 
qu’on voudrait racler
de son acrimonie
PV

9/10 rebond
selfies s’envoient en sauf-conduits
swipés façon de s’accorder
sur nos rebonds d’après chutes
quoiqu’on en dise l’image se brouille
dans les remous
PV

10/10 fortune
le cœur vous prie d’agréer
l’expression de son aptitude émotionnelle
demeurée intacte
et ajouterait en post-scriptum
contre mauvaise fortune etc
PV

Actualité·atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Un texte dans Miroir, et la revue papier

Le dernier épisode de Miroir est très riche, l’est encore plus la revue papier d’après 3 des consignes proposées par Laura Vazquez. Elle est éditée par Captive Editions sous la houlette de Benjamin Milazzo qui fait un travail de compilation formidable chaque mois déjà sur la revue numérique. Je ne figure pas hélas au sommaire mais la maquette est belle et le choix de textes promet de l’émotion, des mots puissants. On peut l’acquérir ici.
En revanche, on peut trouver un de mes écrits en ligne.

Et la revue papier :

écriture·Inktober·poésie·prose

Inktober 2023 (5 par 5, 1)

Comme chaque année, Inktober en version textuelle est de retour par ici. Voici les mots officiels (j’opte généralement pour une traduction, plus rarement, je conserve le mot anglais).

1/10 rêve
objectif affiché dans le demi-sommeil
d’une prise de pouvoir sur soi-même
à la mesure du plaisir que le manque concrétise
ce qui escamote c’est le rêve qui coupe court
à la conversation du corps
PV

2/10 araignée
dans le cocon du cerveau
ce qui suce la moelle
ce sont deux araignées
au plafond
PV

3/10 chemin
le nerf de la poésie actionné 
arc électrique jusqu’aux pieds 
c’est chemin de mots qui fait avancer 
sur la voie du monde 
PV

4/10 esquive
j’arrive au bout et ce qui s’écrit s’effrite 
d’une fin comme une esquive 
le point final : un effondrement 
PV

5/10 carte
La carte s’articule hors champ 
s’accompagne d’un inévitable recul
la géométrie des lieux se comprend mieux 
par le corps
PV

atelier Tiers Livre·écriture·poésie

Elle (l’implorante)

Que fige le geste  /  elle  /  cherche dans l’intention ce qui fait face souffle immense  /  élancé  /  la direction d’un regard qui ne serait pas vide surplomb ou chute retenue  /  la brisure  /  elle  /  rompue  /  avant de gésir  /  l’agenouillée mesure l’espace de ses mains  /  ce qu’elle invoque  /  prière où passe  /  perdu à jamais  /  sinon terrassée  /  elle  /  densité de l’air  /  sa voix prise  /  l’appui  /  un vœu  /  elle  /  là s’entend un chant blanchi  /  désir est césure  /  pleine nudité   /  inclinaison  /  serait une dérive  /  quelle muse sinon elle-même déjà vaine  /  d’un âge polychrome  /  elle  /  agripper serait seule ressource possible  /  un gémissement  /  frémissante  /  son abandon  /  dément  /  d’elle  /  regard implore  /  dire l’invisible

L’implorante de Camille Claudel (Musée Camille Claudel)

Ecrit en atelier mardi dernier (visio) avec François Bon, du Tiers Livre (écrire sur oeuvre d’après Jacques Dupin).
Avec la mise en page initiale :

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Peur blanche

sdr

C’est ce tube blanc qui luit
aveuglant dans l’obscurité
il brûle les yeux si on le fixe trop longtemps
il tressaille égratigne la prétendue quiétude
taille la belle assurance dans toute sa longueur
le cran fendillé vrille les nerfs
entame le cœur à coups de
grésillements
j’ai vu clairement le néon
grimacer
sa vibration perverse sonne un glas
le grondement d’une terreur sans contrôle
une crispation glaciale dans la nuque
lambeaux de courage ramassés repliés
sous l’accélération du pas
ma peur sous la semelle résonne
dans le trop noir du parking
Perle Vallens

Actualité·écriture·événement/festival·lecture·poésie·vidéo-poème

Soirée de poésie « Matrimoine » à Cherbourg

A l’initiative de la Péninsule-Maison de la poésie en Cotentin et organisée par Adeline Miermont-Giustinati, une soirée « Matrimoine » aura lieu le 29 septembre 2023 de 18h00 à 22h00 à Cherbourg. Au programme, un atelier d’écriture, une lecture performée de La cité dolente (ed Lanskine) par son autrice Laure Gauthier, qui est la marraine de la Péninsule. Vous pourrez également assister à la projection de vidéo-poèmes, ceux diffusés lors des Rencontres Estivales de la Velouse. Si vous êtes dans cette région, je ne saurais trop vous recommander cette soirée et l’écoute notamment de Laure Gauthier.

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Chien et loup

Ça commence entre chien et loup, ce moment où la lumière s’émousse doucement. L’ombre bleue survient progressivement. Elle envahit d’abord la terre, les arbres. Elle se dessine en nappes, en nébuleuse un peu floue qui recouvre ce qu’il reste à voir. C’est le moment où les yeux se plissent pour distinguer encore quelque chose dans l’obscurité. Pour s’habituer au noir. Elle s’avance à son rythme, s’étend, se répand. Elle repeint. S’éternise. Le paysage se brouille dessous, puis disparaît. Toujours ce mouvement lent, comme ralenti, suspendu, surprend par sa radicalité. 
On dit qu’elle tombe mais c’est faux, la nuit noie.
Perle Vallens

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Ronger

Tu ronges depuis le bord externe de l’ongle, taillant, épointant, limant l’irrégularité que tu as toi même créée. Il faut retrouver la forme ovale, harmonieuse, l’arrondi que tu t’appliques à rectifier, il faut éliminer les défauts, les découpes de travers, les départs à l’oblique. Le son crisse, celui de tes dents qui entament et mordillent. Le son te remonte dans l’os de la mâchoire jusqu’à celui du tympan, créée une caisse de résonance, son marteau, ses crispations.Tu ébarbes, tu rognes les petites peaux, les cuticules, tu tires dessus avec les dents puis tu replies les doigts à l’intérieur de la paume. Tu observes, tu détailles chaque progression, les dimensions rétrécies, tu sais que dans peu de temps, ce sera trop tard, que tu ne pourras plus rien faire ni poser un vernis ni même des faux ongles, il n’y aura plus assez de surface pour une manucure de secours. Tu arracheras ce qui subsiste de crasse sentimentale sous la cornée. Tu racleras, tu suceras, ravalant chaque mot perdu sous le bombé blanc, la lunule encore vierge de ta rage et buvant les dernières paroles, le suc planqué sous la rainure. Après, tu t’attaqueras à la chair, détachant de petits morceaux, d’infimes éclats de peau, d’insignifiantes parcelles du territoire, du pourtour de l’ongle, parfois jusqu’au sang. C’est à la première tache laissée sur ta manche que tu te diras qu’il faut que tu arrêtes cette détestable manie, ce geste compulsif, ronger tes ongles jusqu’à l’os.
Perle Vallens

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Le geste

Elle s’arme et le bras s’abat
coup bref
coup sec           net
le son mat 
le geste sûr 
sans coup férir 
le poignet ferme ne s’affaisse pas 
première entaille soulève 
de l’armature la chair 
exsangue         si blanche
translucide
la lame glisse le long
se faufile dessous 
affine définit la direction de l’acier
(l’affûtage est un autre geste) 
nul obstacle ne vient interrompre
il faut de la force et de la délicatesse 
la main assure la prise 
dans le changement de destination 
la matière brute sa métamorphose 
Elle alors 
sa proie végétale  
tranche débite hache émince
assène
coup sur coup
son office essuie
coup final 
le tranchant du couteau
Perle Vallens