Emotion·Erotisme·photo n&b·poésie

Collant nylon

Collant nylon passé par-dessus bord
a filé son mauvais coton en zébrures
en échelles montées puis descendues
ses hauts et ses bas défaits
plissés tout au nord de mon sud
chausse défaussée parsemée de doutes
et de mauvaise foi en ses désirs
je ne vois rien par transparence
je cherche un tressaillement
pour redresser les torts
pour redonner du crédit à ce collant
sans couture son reflet rallumé sa brillance
cette synthétique symphonie des sentiments
©Perle Vallens

écriture·corps·Editions Jacques Flament·Emotion·Nouvelle·prose·Revue littéraire & fanzine

L’impossibilité d’un cri, dans Résonances

Résonances est une revue éditée par Jacques Flament qui se propose de marier textes et photos.
L’impossibilité d’un cri est une micro-nouvelle écrite sur la base de cette photographie de Patrick Devresse et qui évoque tout ce que le corps nous dit, ce qu’il tait et surtout ce qu’il exprime de douleur.

atelier Laura Vazquez·écriture·Emotion·photo couleur·prose

Le mulot mort

Dans le jardin il y a le visage d’un mulot mort qui ne regarde plus le ciel mais se reflète peut-être dans un miroir. Un fantôme de mulot apprêté pour le voyage, poil lustré, museau propre, l’oeil noir de trop avoir guetté. Il chercherait la douceur entre ses pattes, quelque chose à croquer. Une proie sans doute. La preuve en est ses moustaches humides et rigides, indiquant la direction. Celles de gauche montrent le nord, celles de droite, le sud. La suite serait cornélienne si le soleil ne se voilait la face, façon de protéger les êtres encore vivants d’un être déjà mort. Pas encore froid, certes, fourrure chaude et queue raide. Il ne palpite plus mais rouge encore du feu de la vie, il a l’air de bouger. Il pourrait flotter en slalomant entre les arbres. Il pourrait nager le crawl comme dans les dessins animés et remonter le cour de sa vie. Mulot caché entre le jour et la nuit, petit poilu des tranchées de jardin, a combattu pour sa survie, ventre à terre.

Le fantôme a rougi dans son sommeil sans fard. Il s’est vu gros chat plutôt que gros rat. Il s’est vu pacha sur feuilles à mâcher, sur talus touffu, sur lit de soie. Il s’est vu premier mulot de la région, élu à rebrousse-poil roi des rongeurs. Il s’est vu mulot ailé pour échapper aux chats, aux chiens pour qui il aurait servi de jouet à déjeuner. Il se serait vu supersonique pour voler plus vite que les rapaces.
Il divague dans son rêve de mort. Il galope, il est plus gros que le plus gros des chats, il est gros comme un éléphant. Il pourrait écraser un chat d’une seule patte. Il se voit comme prédateur mais il n’est jamais prédateur que de lui-même. Il trifouille dans ses cauchemars de quoi s’en extirper, histoire de voir si la greffe a pris, mais c’est trop tard, il a beau galoper dans son rêve, tout mort qu’il est, il est bel et bien mort.

Y a-t-il un paradis des mulots ? Un espace à parsemer de fleurs des champs, de galeries souterraines, de cachettes surprises. Une place pour compter les nuages et les lombrics en attendant le crépuscule. Peut-être une motte de terre à rapporter entre les pattes, une attitude à faire remonter ses souvenirs de bête, les fatigues, les réformes, les remontrances. Peut-être la perception un peu fanée d’un amour de mulot. Mulotte sans culotte, l’indécence, le fantasme au pays des mulots, le temps que prend l’amour, aussitôt grandi aussitôt enterré avec la bêche à côté et deux bouts de bois en signe de croix. Le signe de l’enfant qui a semé avec, ses espérances et ses rêves.

Que se disent des rêves d’enfant et des rêves de mulot mort ? Personne ne sait, il faudrait avoir pour cela de petites oreilles très pointues ou se laisser envahir par la terre, en avoir plein les yeux, plein la bouche, se laisser enterrer vivant, avec les rêves du mulot mort et ceux que l’enfant a déposé dans le trou.
Ou attendre la saison prochaine et déterrer les rêves.
©Perle Vallens

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Respirer

Respirer quelque part le suint, la source, peut-être l’aisselle ou l’aine.
Respirer la voix, les voeux, les mots, le son viscéral scotché au ventre.
Respirer le secret, la place douce, le souffle, ce qui se confie de la bouche à la bouche.
Respirer la peau, l’impatience, l’impact de la main sur le corps.
Respirer la transe, les saccades, les traces.
Respirer les saccages, les salissures, les salaisons.
Respirer pleinement, à saturation, poumons prêts à exploser, faire le plein de tout de qui est, de tout ce qui advient.
Respirer jusqu’à l’absence même, jusqu’à la suspension.
©Perle Vallens

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Chaque corps

Chaque corps enferme un enfant. C’est un être minuscule, dissimulé tout au fond, à la source des secrets du corps. Chaque enfant possède son propre corps à qui il raconte des histoires. A force de copier l’enfant, le corps finit aussi par se raconter des histoires.

Chaque corps s’attend à grandir, à devenir plus fort, plus percutant, direct du droit, comme un i. Chaque corps s’attend à être traversé par la lumière. Chaque corps s’attend à mieux derrière la vitre. Chaque corps s’attend à mieux devant le miroir.

Quand le corps ne fonctionne plus, il faut l’envoyer à l’atelier, trouver la bonne pièce à changer, au bon endroit. De particulier à particulier. De vous à moi, je préfère voir un corps en bon état de marche.

Les corps préfèrent rester sains en général. Ils préfèrent rester vivants. La mécanique des corps est très compliquée. Il faut caresser les corps dans le sens du poil, de la poitrine au haut du crâne. Le corps nu est caractériel, il craint le froid, il est fragile. Il ne résiste pas au temps. Le temps qu’il fait, dégradation par l’est, agitations passagères, intempéries précoces.

A la fin, le corps tombe en ruine, mais il n’entre pas au département de conservation du patrimoine. Il n’entre pas non plus dans la boîte. Il n’entre ni par les pieds ni par la tête. Pour bien faire, il aurait fallu les couper. Pour bien faire, il aurait fallu l’expulser par voies aériennes ou voies maritimes. Mais les corps voyagent mal une fois mort.
Une fois mort, personne ne réclame le corps.
©Perle Vallens

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Des traces

Il laisse des traces. Il laisse des traces partout où il a posé ses pieds, où il a posé ses mains, où il a posé sa bouche.
Il laisse des traces d’encre et de suie, de poussière et de salive. C’est mouillé partout. Il laisse des traces humides, il laisse des gouttelettes, il laisse des flaques avec des choses qui flottent. Il laisse des inondations et des glissements de terrains. Il laisse des catastrophes sur les corps et des vertiges sur les lèvres.
Il laisse des traces. Des traces de poudre, indélébiles, de délivrance, de dévoration, de dérives horizontales. Il laisse de la lumière même après extinction, le filament de l’ampoule grésille, cela clignote sur la peau. L’écran du drive-in en persistance rétinienne, il laisse des traces de cinéma format grand angle, coulée douce des images.
Il laisse des traces, la plupart des rêves, la partie haute de l’iceberg, la part belle, la part des anges derrière l’ivresse. Il laisse les preuves tangibles de son passage, les preuves silencieuses et lointaines, des preuves qui claquent dans le vide, votre honneur.
Il laissent des traces loin de lui.
©Perle Vallens

corps·Emotion·Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2020, 5 par 5

Inktober est un rendez-vous initialement graphique, à l’encre (ink) que je détourne en mots cette année, une série de poèmes courts. Chaque jour correspond à un mot imposé, dont voici la liste. Par facilité, je les proposerai 5 par 5. Illustré, au moins pour l’un d’eux. Ici, une peau encrée sur dos humain, en référence au dernier poème.

1 Crever l’oeil du poisson
pour mieux voir sous l’écaille
l’argent bat plus vite
dans la lumière
©Perle Vallens

2 La flamme affleure la main
la mèche consumée, la cire coule
à même la peau
La douleur n’est rien mais la lumière
©Perle Vallens

3 Le cœur prend trop de place
Il vole toute l’énergie du corps
Volumineux, (trop) volubile, volcanique
une seule veine le fait exploser
©Perle Vallens

4 La radio a décelé une anomalie
rien de grave, juste un organe trop gros
On pense à ouvrir la cage thoracique
Qui sait si un oiseau n’y est pas enfermé ?
©Perle Vallens

5 Lame de fond ravage
le fond de l’âme
aucun drame, aucune peau
graphée, à peine un épigramme
©Perle Vallens