
L’ombre tremble devant la vitre
le cou à l’appel d’air
l’atmosphère tranchée net
Mince filet passé au couperet
fluide du feu de midi
la brûlure sur la nuque
comme un coup de soleil
la tête inerte
décapitée
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

L’ombre tremble devant la vitre
le cou à l’appel d’air
l’atmosphère tranchée net
Mince filet passé au couperet
fluide du feu de midi
la brûlure sur la nuque
comme un coup de soleil
la tête inerte
décapitée
©Perle Vallens

Tourner sa viande dans sa cage comme pendu à son unique pan de vie, le billot qui maintient la chair droite, debout. Un flottement au crochet, l’échine branle d’avant en arrière. La tête oscille, dodeline, acquiesce, l’oeil cligne et pend la paupière dans l’attente d’un soubresaut, d’une giclée dans les veines. Une morsure dans la chair, un spasme vital. Dent pour dent, entamé avant extinction totale. Le corps balance dans l’attente du désir cannibale.
©Perle Vallens

Habiller les vitrines de producteurs, d’artisans, les murs de l’immeuble d’à-côté, de la maison de village, ensauvager la ville de notre poésie…

La fin de la nuit brille de sa dernière ombre, claque noir à pleine vitre. Je me vois dans ses yeux pleins qui portent les premières couleurs de l’aube. Elle m’offre le dessin d’un massif de roses, plissé dans le flou du reflet. Redouter la piqûre et le souffle lointain de l’arbuste. Se garder de toutes ses griffes tenues à distance. Visage absent, deviner les pétales sur mes joues comme autant de doigts de soie.
©Perle Vallens

Temps mort comme un cheval trop vieux. C’est une parenthèse blanche qui brûle les yeux, un aveuglement momentané, une césure dans une phrase. La voix s’éraille puis se tait. L’incertitude prise en tenaille entre deux instants. L’absence comme démence profonde, cachée. Ce qui ronge l’intérieur, très lentement, ne se ressent pas, ne se réalise pas, dort dans sa saumure, empoisonne doucement, de son venin de miel, du fiel de sa main.
Temps de rien et de doute. Temps d’autre âges, d’autres lieux qui toujours reviennent comme le chien à sa place. Temps que le vent n’emporte pas, qui stagne, eau croupie des heures, le marécage où s’englue le fil ininterrompu de l’ennui. Temps qui sale le ressac d’un coup de langue toujours recommencé. Toujours lèche, jamais ne s’arrête.
©Perle Vallens

Au cierge qui brûle, à la cire qui coule, nulle cendre ne reste au creux de la paume. Nulle poussière et nulle échappatoire à ce qui tombe de la lumière. La prière se dit dans les cœurs jusqu’à la fonte de la dernière chandelle.
©Perle Vallens

(…) Le temps s’écoulait lentement dans cette enfance méditative. Le garçon ne se lassait jamais, il ne quittait rarement son poste de guet agenouillé dans la verdure que pour la hune d’une haute branche de cerisier. D’en haut, tout lui paraissait à la fois plus simple et plus lointain. Il faisait corps avec ce promontoire de bois et de chair qui le faisait sembler plus sylvestre qu’humain (…)
©Perle Vallens
Un texte court à lire sur Short-Edition. Un peu de légèreté poétique par là-bas…

La langue rongée, mordue dedans la bouche vide sur la longue rangée des mots. La langue coupée du reste du monde.
La langue tombée si bas qu’elle ne dit plus rien. La langue court les rues désertes, le désarroi des îles.
La langue s’échoue loin des repères connus, se cogne contre des paroles convenues.
La langue salive à l’idée de l’autre, depuis longtemps l’oublié, l’esprit vague qui hante la gorge.
La langue captive rend ses armes de feu.
©Perle Vallens

Abattre les murs élevés dans la nuit. Sans pioche, je tente d’utiliser le vent, les sens contraires, les mains s’il le faut. Ce qui gouverne le silence hésite entre deux moitiés de monde et la paupière tombe entre les parois. Gratter l’ombre reviendrait à éteindre le regard.
©Perle Vallens

L’air que tu respires est chargé de solitude, l’impression palpable qu’il n’y a plus qu’une seule paire de poumon au monde. L’oxygène est amer, tu déglutis entre deux goulées. Tu ressens le besoin de tousser, tu ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être par solidarité. Tu éructes de travers, deux-trois mots que tu ne destines à personnes en particulier, si ce n’est à toi-même.
Pourtant tu sais qu’il y a de la vie autour, tes voisins qui poussent la voix pour se sentir exister. Les fenêtres d’en face font comme des lampions, des lumières de fête. Des balises humaines flottent dans le noir, les sémaphores signalent une certaine persistance, la limite du cataclysme.
Tu te consoles comme tu peux, donner l’apparence d’un reste de lueur, de vérité au fond des vitres, quelque part au-delà du trottoir. Il y a autour de toi âmes qui vivent. Il y a là-bas des souffles qui perdurent, gonflés de tout l’air du monde où tu n’es plus. Partout, il y a encore quelque chose qui fait penser aux flots qui font les fleuves, aux jours qui font les saisons.
©Perle Vallens