Emotion·photo couleur·poésie·prose

Se faire des idées

se faire des idées©Perle Vallens

Vous vous faites des idées. Des idées parasites qui s’installent durablement dans vos têtes, qui franchissent parfois le seuil de vos bouches.
Vous vous faites de drôles d’idées. Des idées fausses, des idées noires que personne ne sait blanchir. Il faudrait les laver à grande eau, à gros grain, les passer au karcher, les vouer au silence.
Vous vous faites des idées que personne ne sait dire, que tout le monde tait par peur des représailles. On le sait, les idées sont dangereuses, elles tournent comme des toupies en cercles vicieux, elles creusent des labyrinthes où nous nous perdons.
Vous vous faites des idées qui deviendrons les nôtres par esprit de conquête, elles prendront le pouvoir comme elles prennent la tête.
Je me fais des idées qui ne sont pas les vôtres, je les laisse s’envoler, libres et folles, éprises de liberté. Des idées pour les arbres et les oiseaux. Des idées pour habiller le ciel. Des idées autres pour ouvrir vos idées closes.
©Perle Vallens

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Le 23h17

nuit 23h17©Perle Vallens

La nuit de 23h17 ne passe pas.
C’est de ma faute aussi. J’ai manqué la nuit de 22h46.
Le sommeil reste au bord, ma tête posée sur les rails de mon lit.
Personne ne sait quand la nuit va passer. Personne ne sait s’il y aura une prochaine nuit.
Je crois que la grève est programmée pour ce soir. Le personnel de nuit s’absente. La lune s’éclipse. Seule l’obscurité est là, dont je ne sais quoi faire. Peindre au noir peut-être mes prochains rêves. Prendre de l’avance sur la prochaine nuit.
©Perle Vallens

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Credo

dav

Il y a des jours où nous arrivons difficilement jusqu’au soir.
Il y a des nuits qui nous laissent entrevoir un peu du lendemain.
Le noir nous dit que le meilleur est à venir. Nous y croyons comme on croit aux arbres qui poussent plein de lune au bout des bras. Nous y croyons comme on croit au vent qui se lève et balance avec un semblant de tendresse dans les branches. Nous y croyons comme on croit que la lumière renaît chaque matin, comme on croit que le jour tiendra des promesses jamais faites.
On croit avec obstination, les yeux pleins d’ombres, la bouche pleine de mots contenus, qu’on laissera échapper peu à peu pour croire encore.
©Perle Vallens

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Bradycardie

bradycardie©Perle Vallens

De ce côté-ci de l’image, il n’y a rien à voir. Quelque chose est caché dans le paysage.
La page se trouble d’une impression immobile, quelque chose de tapi que l’on sent bouger.
Il y a quelque chose que le vent fait glisser à la lisière des nuages.
Il y a quelque chose de couché qui respire dans l’ombre des arbres.
Juste un souffle, qui te prend par surprise. Respirer la lente pulsation de la forêt, au plus secret de l’image. Prendre le pouls lent de la vie.
©Perle Vallens

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Tranché net

tranché net©Perle Vallens

Ouvrir ses veines aux autres, aux virus, aux envies. La volonté vraie guide vers, comme un parfum insoupçonné, une volute d’insurrection, la petite chanson de la violence douce. C’est l’essence des révolutions, déshabiller l’ordre des choses. S’insurger contre soi-même, contre l’inertie de ce qui est encore vivant mais qui menace de s’éteindre. Innerver chaque parcelle de soi, chaque épaisseur engourdie, chaque feuille blême du livre. Ouvrir en grand chaque volet de sa maison, dans un grand battement qui secoue tes lignes de vie.
©Perle Vallens

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Savoir faire silence

faire silence©Perle Vallens

Le silence est une force motrice venue d’en deçà.
Il nous incite à dire et à entendre. Il nous pousse à plus d’attention. Faire face et s’abandonner à ce qui est suspendu, en tension de nous-même.
Les lèvres sont faites pour inspirer et expirer le silence autant que les mots.
Un mot n’est jamais aussi bien entendu que dans le silence.
Faire silence, une façon de survie.
©Perle Vallens

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Toujours ou jamais

fouiller la terre©Perle Vallens

Jamais ne dit le commencement, jamais ne dit la fin.
Toujours proclame l’existence, toujours lance les fanions du jour, ensemencés d’hier.
Toujours cherche au sol le pas en devenir. Toujours foule et fouille la terre qui accueille.
Toujours laisse inexpliqué, se laisse assaillir et submerger
Toujours fait briller ce qui coule dans les mains. Toujours dévie des voies faciles.
A jamais fait dérailler les trains.
©Perle Vallens