Emotion·photo couleur·poésie·prose

Fragments

fragment de rose©Perle Vallens

Pétales comme tessons, acérés de douceur, la sève descend dans la coupure rouge sang, le prolongement de l’humain. Tu la prends par la main pour l’accompagner dans sa courte vie. La rose à branchies respire dans et hors, derrière et devant, entrée dans ton être comme un double floral, l’étreinte serrée d’épines en profondeur.
Elle te dessine l’incertitude sur l’épaule gauche, une ébauche qui ne se termine jamais.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Fumée sans feu

fumée sans feu©Perle Vallens.jpg

Tu dis, il n’y a pas de fumée sans feu, la folie couve sous l’incendie.
L’arbre bien ancré dans la terre ne craint pas les accidents, ne feint pas de crier entre ses branches.
L’usinage du vent garantit un air qui continue de souffler, qui pousse ses traces blanches en parallèle des nuages, en contrepoint des neiges fondues depuis lontemps déjà. L’équipe de contrôle grave chaque sillon sur chaque octave de vapeur qui s’échappe, chaque trace aux murs percés.
Tu vois, l’espoir est une toupie qui tourne, tourne et dessine les contours d’une fumée sans feu.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Maux d’orage

maux d'orage©Perle Vallens.jpg

Parler ou se taire, au fond cela revient au même. Quand on sait d’avance. Quand les mots tournent depuis longtemps dans les corps inertes. Les mots bougent, se heurtent, se rompent en éclat de lettres. Un envol de voyelle esseulées, en suspens dans les ventres. Plus les mots se disloquent et plus le corps reste immobile, plus le visage se fige.

La pupille ne pétille plus en son nuage vierge jusqu’à ce qu’un mot s’échappe et remonte à la surface de l’oeil. Cèdent les digues qui ne tenaient plus qu’à l’espace du ciel. Le mot quitte sa berge et noie tout de ses eaux d’orage.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Ni pour ni contre

pleine lune©Perle Vallens

Réaliser qu’on fait plus ou moins la moitié du chemin chaque jour, que demain ressemble à hier, que le pour ne vaut pas toujours mieux que le contre, que le soleil est toujours la même boule de feu que la veille. Seule la lune change son profil à chaque insurrection. De gauche à droite, l’avatar en quartier nous sourit de travers jusqu’à éclosion totale. On peut compter sur elle pour pulser les minutes et souffler l’air au mois près. On peut entendre résonner sa musique circulaire, celle qui nous tourne autour et siffle à nos oreilles le silence de chaque nuit.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Carambolage

penchée©Perle Vallens

Heurté de plein fouet. L’onde de choc répercutée dans la carcasse. Une caisse de résonance répète en boucle, en travers du corps, de la gorge, de la bouche la chanson de non retour.
Tu te regardes tomber comme si ce n’était pas toi. Tu regardes ton double, tête-bêche de ton ombre, choir la tête la première.
La belle dégringolade. En débord des rives, la dispersion totale, la vie en débandade.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Art du rien

escargot ou rien©Perle Vallens

Je sais le plaisir du peu, du petit, du perdu. Le premier est aussi le dernier, celui qui ne sait pas, celui qui ne voit que d’un œil, celui qui parle pour ne rien dire. Le plus transparent, celui qui s’efface derrière l’arbre, sur la piste de course, sur le bord de la route. Celui qui roule tout seul, sans aide, celui qui se pousse à peine mais qui avance quand même, à petits pas. Celui qui a des jambes courtes, des cheveux ras, une peau qui tremble un peu à chaque passage, celui qui a le souffle court, celui qui se laisse traverser par le silence, par le sillage du rien. Celui qui survit au vide.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Instants de grâce

danseuse©Perle Vallens

Respire l’odeur sombre de ta scène
Gagne l’espace dense de ton corps
jusqu’au plafond ensoleillé
brûlé à la lumière des choses secrètes

Ecoute la petite musique de l’organza
et le souffle froissé du tulle
Apprends la syntaxe syncopée de l’air
et le murmure des couronnes
Elles frôlent le ciel
dans la course aux étoiles
L’écho s’affole
du bruissement de la soie
nouée en symbole
le cygne de ta vraie nature
la biche sortie des bois
en fragments d’elle-même

On survit tous à l’envol détaché de la chair
Jeté l’adage des anges dans l’ombre des pierres
alliage de matériaux plus anciens que nous
piégés dans la vie comme des animaux
Viens et marche à pas de chat
à la recherche du meilleur passage possible
sans jamais quitter cette grâce
d’une danseuse sur la pointe des pieds
©Perle Vallens