Emotion·photo n&b·poésie

Finish

finish ©Perle Vallens.jpg

La ligne d’arrivée. Je ne la vois pas, je la devine. En pointillé. Je ne cours plus, je marche. J’en vois qui sont arrêtés au bord du chemin mais tôt ou tard, il faudra bien qu’ils reviennent sur la piste. Je danserais bien encore un peu si je savais mais j’ai oublié.

J’ai été une coureuse de fond, les étoiles pour boussole, la chamade intérieure pour compter mes moutons, tout un troupeau pressé. Petite foulée. Le petit miracle quotidien. Attention à l’arythmie si on accélère le rythme.
Tout était une question de respiration. On me l’avait bien dit.
Personne n’échappe au poing de côté, l’uppercut qui stoppe net l’élan du cœur.
©Perle Vallens

 

Emotion·Erotisme·photo n&b·poésie

Pauvre Monsieur K

Pied et main ©Perle Vallens.jpg

Kafka connaît que dalle aux mouvements lents, à la musique dans la mollesse de l’estomac, la moelle épinière qui se dresse sous le son de sa voix. Rien aux abeilles qui font le buzz dans mon ventre, la ola, les applaudissements, l’effet papillon de ma bouche jusqu’en bas à chacun de ses baisers.

Kafka connaît que dalle aux délits d’initiée, aux petites délivrances entre ses bras, à la danse, aux langues partagées, aux transes de ses mains. Il ne sait rien des cratères qu’il crée et qu’il remplit, des bulles, des balancelles et des incandescences.

Non, Kafka connaît que dalle aux métamorphoses du corps, aux colonies qui gravitent dans les veines, aux coups de hache sur la mer gelée de la peau.
©Perle Vallens

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Pequeñita

Petite ©Perle Vallens.jpg

Ce soir, je suis redevenue toute petite. Minuscule. Presque rien. Une toute petite de rien du tout. Je traîne dans ma nuit si longue. Une peur ancienne, une peur du noir qui efface tout, une nuit sans lendemain. C’est une peur de rien du tout. Une peur plus noire que la douleur, plus forte que le chagrin, un chagrin de rien du tout. Une petite peur, un petit chagrin, ça vous étreint, ça vous écrase le coeur. Un tout petit peu. Un tout petit rien.
©Perle Vallens

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Cantate nocturne

Envol ©Perle Vallens
Photo ©Perle Vallens

Et que ça piaille, que ça piaille. Mais ça ne bouge pas une oreille.
Ça se planque dans les grandes ombres noires avant l’orage, ça se recroqueville. Unique cri pour mille pattes. Ça gratte dans les feuillages.
Ça écrit l’histoire sur les troncs, ça patiente, ça feinte des jours durant dans les peupliers, dans les platanes, dans le creuset des longs départs. Puis ça s’envole dans les couleurs délavées du ciel, la nasse rincée des nuages. La trace désordonnée de leur voyage.
©Perle Vallens

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Chasse-spleen

Grenade ©Perle Vallens

L’écorce écrasée entre les doigts éclate, coule, libère son jus. A cœur, crevé, éperdu de billes écarlates que la langue tendue récolte. La peau scintille, grain à grain piquée, à vif. L’effusion, le velours et le lin, la lie d’un autre temps qu’une aigreur surprend. La glue colle au palais, un repli sous la lèvre battante. Le sang attendu se répand, trace son stigmate, la plaie saillante rompue de la chair. Une blessure, sans gravité.
©Perle Vallens

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Mise au poing

Mise au poing ©Perle Vallens

Mise au poing à la source
l’arcade sourcilière s’ébranle
poursuit l’oeil de son cuivre
La trouée ne dure qu’un temps
Les petites tortures, les travers
les entraves personnelles
tout revient en force
l’armée des rêves tourne au cauchemar
L’ouverture crève l’écran
mais personne ne la voit
Il reste dans le crâne
la puissance d’un aria
qui résonne en douce
©Perle Vallens

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Un monde nouveau

quitter l'enfance ©Perle Vallens.jpg

L’armée des derniers jouets, la clameur du ciel, l’ombrageux dans les pas de l’âge qui se quitte. Un dernier hoquet, l’écho de l’enfance résonne comme un refus, un craquement intérieur avant l’acceptation d’une frontière à passer, d’une ville trop grande à habiter, d’un pays trop vaste à parcourir pour de si petits pieds.
Se cacher encore un peu avant d’ouvrir les yeux.
Tout éclat est un débordement, un trop plein de lumière dans ce paysage tout neuf.
©Perle Vallens

Emotion·Non classé

Poupée russe

Poupée russe ©Perle Vallens

Je ne donne par cher de mes os rongés, toute chair digérée. Une buée sur la bouche, dernière-bue comme un petit lait amer. Il ne reste que les yeux à rouler comme des billes. Je rétrécis à vue d’oeil, gigogne de moi-même. On m’entends à peine, on ne me vois presque plus. Je vais bientôt disparaître. Devenir de plus en plus petite, jusqu’à n’être plus rien du tout.
©Perle Vallens

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Blanc d’oeil

blanc d'oeil ©Perle Vallens

Qui de ma bouche ou de mes yeux parle le mieux ? Qui se tait, qui ne ment jamais, qui voit en songe toutes les vérités ? Qui salue, d’un battement de cils, tous les avènements, les épiphanies et les perditions ?
Mes yeux baillent pour mieux te laisser entrevoir, s’entrouvrent pour mieux te laisser pénétrer. Ils brillent et brûlent dans ton regard, ils prient tes mains et prêchent le blanc pour mieux voir le noir.
Mes yeux grands ouverts, c’est une double vue de vies multiples où lire l’essentiel. En aveugle.
©Perle Vallens