
Gagner l’immense étendue des souvenirs, un grondement des profondeurs.
Se coucher dans l’humeur du temps et la couleur du thé, trembler un peu.
Vaciller au bord de soi avant de sombrer. Oublier. S’oublier.
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Gagner l’immense étendue des souvenirs, un grondement des profondeurs.
Se coucher dans l’humeur du temps et la couleur du thé, trembler un peu.
Vaciller au bord de soi avant de sombrer. Oublier. S’oublier.
©Perle Vallens

Le fruit écrasé
d’où coule un jus cru
la grâce des jours d’été
un barbouillage carmin
aux lèvres la morsure
la bouche embrasse
un baiser rouge
un sang de fraise
©Perle Vallens

Brûlé par le soleil, balayé par le vent, grains à grains dispersés, envol de pétales, noircis au crépuscule, soufflés en peluches desséchés, la grâce d’un ciel au duel des yeux, la brisure des brumes craquelées sous les pas.
Combien arpentent encore ces terres ? Combien en reviennent les mains chargées ? Combien parsèment les chemins d’essaims et de semences ? Là où la vie conserve son apparence et la sève dans les veines, la bourbe tassée d’émois et d’années amassée, soulevée par les pieds lourds, la glue colle encore, humide et dense, des amours passées.
©Perle Vallens

Regarder ailleurs pour mieux voir
Se perdre en errances pour se retrouver
Lire dans le ciel toutes les trajectoires
Laisser son regard en exil pour mieux embrasser le monde
Espérer dans la douceur des traces et la douleur des cicatrices
arrachées au tronc des arbres
©Perle Vallens

C’est l’heure naïve où renaît l’idée de demain
où la fleur blanche essuie la lumière
lisse la transparence de ses pétales
devient le miroir lascif des ombres
C’est le moment du silence de l’humus
qui repose entre deux pierres chaudes
de la chaleur du jour
Il faut la retenir entre ses bras
bercer le soleil au crépuscule
saluer les étoiles avant leur extinction
Il faut poser son œil comme une joue
laisser la caresse de l’instant embrasser le soir
une tendresse sur l’oreiller
le message que l’on adresse à la nuit
©Perle Vallens

A la tranchée des frontières
la ligne de démarcation
entre les rêves et la mort
le silence se fait entendre
de sa voix sourde et longue
de vent dans les dunes
Rattraper le temps est affaire d’audace
courir encore si l’on peut
nager à contre-courant et remonter le fleuve
rabattre ses écailles avant la dernière rivière
avant la dernière rêverie
©Perle Vallens

S’endormir pas à pas sur la plage
plain-pied des trèves
S’allonger terre à terre sur le cœur
rompu aux errances
S’avancer mot à mot sur la page
en silence
avant de prendre le large
dans le premier rayon qui passe
le cargo lourd de rêves
à la frontière entre le temps du sommeil
et le temps de l’éveil
©Perle Vallens

J’ai regardé dans le tombeau et je n’ai pas compris
Je n’ai pas vu la mort du poème mais j’ai bu la force de la vie
J’ai pris entre mes mains les mots absents, je les ai inventés
J’ai pris entre mes yeux les images, elles m’ont caressée
J’ai lu la lumière sous le souffle, sous les pierres descellées
J’ai su que j’aimerais toujours cette lueur-là
comme un soleil dans l’ombre des cimetières
©Perle Vallens

Blafarde pensée
au sceau du lit
loin des remous
des draps froissés
Chasser l’ennui
l’indolente paresse
Aux deux seins se vouer
au ventre qui se creuse
à la force de la chair
la marelle des corps
parcourue à cloche pieds
sous une toile tarentule
un voile de doigts tendus
sur le bleu de la peau
©Perle Vallens
poème publié initialement sur Short Edition

Il faut caresser le noir dans le sens du poil
ou le sens inverse souffler sur la fourrure
égratigner l’encre et craqueler la lignite
du bout du doigt faire surgir les soleils
ceux d’hier et de demain
Il faut remuer le noir dans les paumes vides
essuyer les nuits d’un revers de main
chercher les reflets et chasser les frayeurs
des crépuscules sans fin
Il faut boire le noir d’un trait
s’enivrer de fumées et de cendres
avaler tous les charbons de toutes nos vies
en sertir le blanc de l’oeil pour mieux y voir
Il faut frotter le noir pour le faire briller
rallumer dans l’ombre les éclats dormants
réveiller la lumière au creux des abîmes
Il ne faut plus avoir peur du noir
©Perle Vallens