Emotion·lecture·poésie

Hallali, lu par Yakshi Compagnie le 20 juillet (off Avignon)

Poème inédit, Hallali sera lu le 20 juillet par Laura Lutard, à la suite du spectacle Mademoiselle Palmer : épopée ordinaire.  Des lectures de poésie se déroulent chaque jour dans le cadre Poésie d’ici et maintenant, événement bénévole organisé par Yakshi Compagnie afin de promouvoir la poésie contemporaine sous toutes ses formes.

Edit : La vidéo est en ligne sur la page facebook de l’événement.  

Emotion·poésie

Rien ni personne

rien ni personne

La voix s’étrangle de ne rien dire
Il a rangé la cravate
l’agrafe du goitre gravée sur la jugulaire
Il a foulé aux pieds l’uniforme
troué au côté, à l’endroit du cœur
un liseré pourpre replié sur l’envers
des paupières refermées

A la place, il s’habille de tripes
la tenue qu’il préfère
sa peau de poète
la fripe nue sur les chairs
un bleu de travail comme un ciel
qui laisse passer la lumière
large poche sur la poitrine
pour contenir les maux criés
les prières et les pleurs

Rien ni personne
il est juste un passeur
Il panse la misère en mots
Il a des priorités qui ne sont pas les leurs
Il tient de ces propos !
Il passe pour une forte tête
On le prend pour un rêveur
un déserteur de rangs
un empêcheur de se tenir droit
d’avancer d’équerre
Il dit trop haut, il écrit trop fort
ce que les autres ne pensent même pas

Il a beau leur dire
ils ne comprennent pas
Ils s’évertuent à croire
ils ignorent les ailleurs
ils refusent de les voir
Tout ce qu’ils veulent
c’est qu’il fasse ses heures
dans son costume étriqué
corvéable sans merci

Directeur de rien
il enfilera son armure pourtant
dès demain
©Perle Vallens

Poème initialement publié dans Revue Métèque #7, annoncé ici.Avec Dead Man de Jim Jarmusch et Johnny Depp en vis à vis, excusez du peu.

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Comme va le monde

Monde ©Perle Vallens
Pas d’équerre avec l’époque, la pensée de travers peine à se frayer un chemin parmi les autres. Incompris ou ignoré, emprisonné dans ses propres labyrinthes, aucun abri pour les incertitudes, nues d’une nudité censurée.
L’image restitue l’intraçable, l’apprêt ne rend rien.
Je ne sais pas si le monde est perdu ou si nous sommes perdus dans le monde.
©Perle Vallens

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Toi

Toi ©Perle Vallens

Toi, tu voyages avec moi, je t’emmène partout sans valise, tu n’es pas encombrant, juste une voix et une image.
Toi, je te mange chaque jour, je t’ai dans l’estomac. Parfois je te digère mal. La faute aux coups de poing. Quand le cœur redescend dans le ventre. Un trop plein de trop vide.
Toi, je sais bien que tu existes pour de vrai quelque part, mais je t’invente tous les jours et je me raconte des histoires, je te glisse dans des livres.
Toi, si cela ne suffisait pas, il faudrait te recréer, jour après jour, un dessin d’homme au bout de mes doigts.
Tu vis dans ma tête, tu ne le savais pas ?
©Perle Vallens

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Plupart du temps

plupart du temps ©Perle Vallens

Dans les replis de ma vie
j’ai trouvé des souffles
comme des courants d’air
des fantômes et des ogres
des personnages effacés
des visages perpétuels
des grimaces oubliées
des terreurs, des désirs
des yeux troués
des murs traversés
des amours immortels
et une tristesse qui traverse
la lumière des fenêtres
©Perle Vallens

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Miroir d’eau

Miroir d'eau©Perle Vallens

Dans un désert de coquillages, des étoiles mortes glissent entre les doigts. Un plomb en fusion s’écoule du soleil, le poids d’un feu sur nos épaules lourdes de lumière.
Amarres d’un jour qui se quitte grillagé d’airain, les eaux basses laissées par la marée, flottement sans bruit, l’abandon du ciel.
Celui qui se penche sans peur voit une fosse noire, une trouée intarissable, un miroir des regrets, des faux reflets, le cri du calcaire ensaché dans le sable.
©Perle Vallens

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Cicatrice

cicatrice ©Perle Vallens

Les cicatrices se déposent en traces invisibles depuis l’enfance.
Des griffes s’enfoncent chaque jour dans nos béances, élargissent les plaies jusqu’à l’os,
jusqu’à l’immensité de l’âme.
Le sang ne coule pas, les fluides se figent avec le temps. La glace prend toute la place à l’intérieur et la peau, au-dessus.
Il nous reste à nous couper les ailes avant de les rapiécer. Qui sait si un jour nous pourrons nous envoler.
©Perle Vallens