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S’ôter les mots de la bouche

S'ôter les mots ©Perle Vallens

S’ôter les mots de la bouche et gober ses émotions une à une, sans respirer, sans même y penser.
S’étouffer de la beauté des choses, fleur bercée parmi les fleurs, dans le flottement du matin.
Chanter encore si l’on peut et se repeindre un sourire.
Murmurer ce qui n’a jamais été dit, les secrets que l’on confie à la providence.
Offrir un orchestre à la voûte du ciel, lancer ses vœux, gagner ses rêves attrapés au lasso.
Ecouter la résonance des cymbales, le sifflement continu d’un vent ivre de nuages.
Certain de l’assurance de l’azur, aspirer la couleur du silence.
©Perle Vallens

 

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Peau de taupe

Carnet ©Perle Vallens

Il y avait l’idée d’un carnet de voyage. Un cahier de moleskine qui se noircirait autant que les doigts. Des pages blanches pour recueillir mes doléances et mes désordres, mes efforts de long cours, mes arrachages de dents et mes raclements de veine, mes débordements et mes vides, mes traits et mes déliés.
Il y avait l’idée d’une encre qui grave en longue traînée, en a-plats claqués, en stries-coutelas, une encre qui coule baveuse, vivante, sur les feuilles assoiffées, buveuses à lentes goulées.
Il y avait l’idée d’écrire. De lents griffonnages paresseux, des tatouages indolents, des fumées de sioux. Et des mots très courts, incisifs comme des coups de canif dans le papier.
©Perle Vallens

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Avaler

Avaler ©Perle Vallens

Avaler les prémisses des histoires, celles par qui tout commence et tout finit.
Avaler toutes les vérités du monde, avaler le ventre tendu et les mains jointes.
Avaler les peurs, les froidures d’hiver, les brisures d’écorce au gel pris de l’absence.
Avaler le suint et la sueur, le grain de la peau comme un saint suaire.
Avaler la bouche, la langue et toutes les dents, avaler un sperme en ressac sur mes plages, en longue vagues dans la gorge.
Avaler tout, sans regret, comme entonnoir de bonheur.
©Perle Vallens

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Je pourrais

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Je pourrais mâchouiller l’air tremblant de la nuit.
Je pourrais malmener la clairvoyance des ombres.
Je pourrais tendre l’oreille à toutes les prophèties.
Je pourrais voir au delà des apparences.
Je pourrais interrompre les danses des désirs.
Je pourrais soulever un pan nu d’outre-tombe.
Je pourrais courir dans le noir sans jamais me cogner.
Je pourrais faire semblant de voler.
Je pourrais m’allonger dans mes rêves, je pourrais y nager.
Je pourrais continuer de chercher sans jamais rien trouver.
Je pourrais attendre encore un peu.
©Perle Vallens

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Au prix de la peau

prix de la peau ©Perle Vallens.jpg

J’ai remis ma peau
celle d’hiver, celle déchirée
celle qui se détache de moi aux coutures
celle d’ourse mal léchée, de chair invendue
celle qui pelait sur le billot
celle qui pesait si lourd
celle qui n’a jamais bien collé aux os
celle floue effilochée
celle trouée de morsures
de morceaux d’histoires
J’ai remis ma peau pour voir
ce qu’elle vaut
©Perle Vallens

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Take away

dentier ©Perle Vallens

Les souvenirs, les amis, une vie pour demain
des amours en veux-tu en voilà, des histoires sans lendemain
des enfants comme accélérateur de bonheur
des talents de pochette-surprise
des vices et des vertus au bout des doigts
des fleuves longs comme le bras
et des yeux pour pleurer
On n’a rien oublié, c’est commandé depuis longtemps
Tu sais trop bien ce que tu dois à tes parents

Tu n’as plus qu’à cocher dans la liste et attendre au comptoir
La facture, le prix à payer ce sera pour plus tard
On fournit les mouchoirs mais tu y crois
Tout est pesé, ratissé, espéré
Tout est bien emballé, étiqueté, prêt à emporter
Mais il te faudra apprendre à cuisiner

On te l’a dit, la vie ça se mange en entier
comme on ronge son frein
jusqu’à l’os
Tu y gagnes un dentier
des crocs tout neufs pour mordre dedans
quitte à t’y casser les dents
©Perle Vallens

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Pas perdus

gare ©Perle Vallens

Lige de la main absente, la cherchant dans la brume de l’esprit, dans le brouhaha des mots qui m’encerclent et me cernent de leur absurdité. Je n’écoute pas, je n’entends rien, je vois le geste, je sais les gemmes égarées, j’espère les jeux de jadis. Je marche dans mon couloir, des lignes de doute et d’ardence mêlés, des arpents inquiets en lieu clos, la cour de toutes mes attentes. Le cœur comme seul guide.
Je courrai si je pouvais accélérer le chant des floraisons. Je courrai si je pouvais me rapprocher de la bouche qui étanche. La patience n’est pas l’arme que l’on pense. A son tranchant j’adosse le gel glacé de mon espoir. A son éclat sombre, j’embrasse la lumière noire.
Il fait froid dans l’antichambre du désir.
©Perle Vallens