Emotion·photo n&b·poésie

Lavis

La détrempe du ciel délavé s’emplit de suies douces, se peint de dessins incertains que l’âme décalque, ton sur ton. Humeur de soir striée de noirs sillons qui s’épanchent en ruisseaux.
L’esprit soupire, essuie sa propre essence d’une pluie sans fin. Il ne sait plus s’assoupir, reste en éveil devant tant d’obscurs essaims, le bourdonnement incessant de tous les fantômes, l’ombre des vivants et le souffle des morts.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Corpus victis

La voix se donne et se reprend. Les jours ne se comptent plus. Le corps se perd, éperdu, entre la prime douleur et l’apaisement de la soif. Le corps ne s’appartient plus, il pèse de tous ses os, de toute sa chair creuse, de toute sa substance vide. Il survit à peine tranché par la lumière, arraché à la terre. Le corps cherche sa place partout.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

On the road again

La colère était ma route et ma sève. J’ai piétiné sans relâche semant le chaos comme des graines vivaces de ressentiment carnivore, crachant sur eux la poussière qui embrassait mes bronches. J’ai longtemps marché dans les décombres, harassée et crasseuse. Maintenant, je veux laver ma maison et ramasser les ruines entassées sous mes pieds. Qui me dira où trouver l’étincelle pour tout reconstruire ?
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Main vive

L’hiver au creux des paumes s’est laissé cueillir entre deux nuages vierges.
Ramasser les corbeaux aveugles au bout de ses doigts. Ils ne savent plus crocheter la lumière. Ils ramassent les derniers grains à picorer, les fruits rassis d’arrière-saison. Ils dérobent ce qui reste d’impatience et de déraison. Les ongles crissent contre les pierres, écrasent les crânes, crèvent les plaies. Un sursaut, une survie.
Mais les mains savent-elles encore étreindre ?
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Entre deux sables

Marcher sur le sable mouillé puis sec, puis mouillé, un sable qui n’en finit pas de se retirer, une marée basse comme une fosse qui n’en finit pas de flétrir la terre, à reculer comme on erre, déchu, sali de ses lâchetés. A rouler sur la plage de son corps éreinté, à rugir comme le vent d’hiver, assourdi par la brume. Il reste des pans nus que la mer lèche, là où la saleté et le sel ont la saveur du monde.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Aquavit

Les doutes se sont égarés sur nos langues, une grande eau claire et noire qui assèche les larmes. Les flots suspendus entre les lèvres nous parlent à mi voix, résonnent du ressac de la raison qui va et vient à l’orée des folies.
Les mots de la douleur nous lavent la bouche, purs de la pureté sans avenir. Un air que l’on mâchera toute notre vie, un cri chassant l’autre.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Puzzle

Les hématomes gris du ciel s’ouvrent sur la clarté sans nom de la lumière, le miroitement où demeurent les rêves du jour. D’un sautillement, les parcourir comme par dessus des moutons blancs. Longs fuseaux affamés, des bras comme des coutelas, tailler et morceler en éclats quotidiens, des pièces à assembler pour faire durer les prières, pour entrouvrir les persiennes, pour traverser les siècles à venir. Ou les heures, l’éternité entière remplie dans un seul instant, la légèreté d’une brise, l’intensité d’un brasier dans un seul morceau de rêve.
©Perle Vallens

écriture·Emotion·Erotisme·poésie

Upstairs

Demain n’est pas hier. Tu changes d’envie comme de chemise. Je préfère tes chemises.
J’ai l’esprit d’escalier. Je m’arrête à chaque marche. Trop longtemps, silencieuse.
Parfois, tu préfères une langue bien pendue, tendue vers tes envies qui changent. Une langue sauce piquante. Du piment sous la chemise pour que le cœur voit rouge.
J’ai l’esprit d’escalier, je n’ai pas le goût des ascenseurs, ils mènent trop souvent à l’échafaud, mots hachés gros, guillotinés entre les dents.
Ma langue reste cachée entre deux marches, muette dans l’attente de ta prochaine chemise.
©Perle Vallens