Emotion·Erotisme·poésie

Floralie

Volkan Aslan
Volkan Aslan « Je suis agité comme ceux qui ne peuvent pleurer leurs morts » (Laver les roses – Arles – vidéo 2018)

Il fleurit ma peau du toupet de son pinceau, de la pulpe de ses doigts, de la musique de ses mots. Toucher de soie, reflet de lame, stries et langueurs. Ombres parsemées comme les pétales de l’âme.
Sur la toile, il couche ses noirceurs, étale ses états drames en fleurs digitales et grand fuseau d’amer.
Mon corps prend toutes ses couleurs de sang et de feu, de nuages et de fleuves, de tiges et de sève.
Il passe ses roses à l’eau sur mon dos. Il m’arrose de ses pensées, essore ses obsessions, essuie sa folie douce. Il m’inonde d’un lavis de lumière.
Refleurir encore. Avant que le cœur ne s’effeuille, avant qu’il ne se fane.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Star wall

Etoiles Georges Méliès
Etoiles – Georges Méliès (A la conquête du pôle, 1912 © Collection Cinémathèque Méliès)

 

Les étoiles en chapelet dans la houle de la nuit brillent en foule. Elles sillonnent le ciel en longues lanières, en lianes scintillantes. L’armée des vœux s’avance. Elle gronde en nuée silencieuse, en vocalise ronflante, s’accroche au mur en cascade de feu, brise le noir d’éclats lumineux jetés aux âmes. Des rêves et des espoirs.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Cérulé

Jaroslav Rossler
Jaroslav Rossler – autoportrait (Centre Pompidou – Musée national d’art moderne)

Ses yeux sont clairs et lumineux, comme la rencontre du ciel et de la mer. Une rencontre d’eau pour s’immerger et nager. Quitte à perdre pied.
Un regard insulaire. Un regard qui tremble un peu. Un regard de prière. Un regard qui désarme et repose. Un regard qui reflète. Un regard de mémoire.
Un regard de fraîcheur. Un regard que l’on boit à grand trait. Et que l’on mange aussi parfois. Un regard à mastiquer du bout des cils. Un regard de sel et de poivre. Un regard de miel. Un regard umami.
Un regard qui pèse et prend appui. Un regard emporte comme une vague, comme un nuage, comme un chant. Un regard qui tranche et traverse l’épiderme. Un regard dans lequel disparaître et s’engloutir toute entière.
Des fois je me demande comment sortir de ce regard.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Ex (nihilo)

Raoul Ubac Penthesilee
Raoul Ubac – Penthésilée III (fragment), 1937

Exciser la pensée mot à mot
Exister au-delà de soi-même
Exiler la mémoire dans un recoin perdu
Extirper les fleurs assassines
Exhumer les flots de folie douce
Exaucer des vœux inconnus
Expier la douleur et les doutes
Exfolier les peurs et l’absence
Exécuter toutes les peines
Expirer son dernier souffle amer
Exhaler un nouvel air
Exulter à nouveau
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Rêve (1)

edf

Les rêves nichent sans pépier
les plumes en l’air et les ailes repliées
un pied dans le sommeil un autre au loin
un souffle plus long s’avance plein phare
un salut lointain pour guider dans la nuit
un faisceau d’images en nuées floues
la migration s’efface aux premières lueurs
fonte lente dans les gouttelettes de l’aube
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Marathon man

paysage sable

 

Le liseré du ciel flotte, mobile. La ligne fluide de l’horizon s’allonge, saoule de soleil. La paupière s’ajuste autour de l’oeil, ajoute de la lumière, une trouée pour aller plus loin, partir. Marcher, manger l’amer de la route, sa lenteur à digérer. S’enfoncer dans le sol, plus glaise que sable, zèle d’arpenteur. Lever le pied sous l’allonge vertébrale. Avaler son kilomètre bien frappé. Avancer, se hisser, s’adosser aux nuages. Tisser sa propre corde, sanglé dans ses certitudes. Bien placer ses pas dans les traces de peur de butter, de trébucher. Les parques te relèveront, tôt ou tard pour te montrer la bonne direction.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme

Un souvenir

amour et psyche Rodin
Auguste Rodin – Amour et Psychée

Je repense à cet après, dans la fraîcheur des draps blancs. J’ai aimé alors cette sensation de ta force déployée, de ton corps pesant sur le mien, m’immobilisant, m’obligeant à rester collée à toi, dans cette intimité de peaux, de sueur, de fluides en coulures séchées ou encore humides. Nos jambes entremêlées, tes mollets emprisonnant mes cuisses pour que je ne m’enfuis pas, que je reste là, le nez enfoui dans ton ventre, le nez plongeant, fouissant dans ton odeur, les joues caressant les poils. Comme un apaisement entre deux larmes noires en sillons sur mon visage.
Parfois, j’y repense comme à un rituel qui adoucirait mes peines, mes doutes et le manque de toi…
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Mastic

edf

Il y a lui partout au creux des mains
Une fontaine de souvenirs se déverse entre les doigts
Dans l’interstice fermé de quoi recueillir encore quelques bribes
Je serre fort pour éviter la percée, en garder les traces
Les lignes s’entrecroisent au centre
reste une cicatrice, une entaille brève
poignets collés pour colmater la brèche
l’histoire courte d’une plaie mal refermée
©Perle Vallens