Emotion·poésie

Exil

plume sable

Du bleu au rouleau, frêle esquisse d’un havre dévale sous les dunes.
L’ami blême flotte, drapeau enfoui dans le sable, une bulle si blanche
qu’elle disparaît au loin.
L’âme file, fuite en avant, bruissement d’elle, coule et s’égrenne.
La penne geint, gît au vent, vile et pleine de rien.
Fol exil d’une amertume si humaine…
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Cracher dans la soupe

cracher

Parfois je crache dans la soupe
de gros cailloux taiseux
une glaise épaisse
glisse en cercles
vicieux

Ils gâtent le consommé clair
le miroir des souvenirs
Ils raclent la gencive
percent les dents creuses
roulent en écumes
sur les jours passés

Je les regarde flotter
en surface
filaments suspendus
Ils finiront par fondre
enfoncés sous la nasse
des vérités scarifiées
dans le velouté clarifié
au blanc d’oeil

Je vois dans les glaires
je lis l’histoire effacée
je floute la mémoire
juste ce qu’il faut
je ne souffle pas
je me brûle encore un peu
Tant qu’elle est chaude
je crache dans ma soupe
©Perle Vallens

Actualité·Emotion·poésie·Revue littéraire & fanzine

« Tout baigne » dans Revue Méninge #12 « Crachement »

revue méninge 12
Cracher ses mots ou sa foi, sa colère, ses émois, cracher dans la soupe aussi parfois…
« Crachement » est le thème de Revue Méninge #12, à lire en version papier par ici, ou en libre accès sur le site de la revue, par là. « Tout baigne » est le poème sélectionné par l’équipe éditoriale de la revue, aux côtés, entre autres, d’un graphique et sonore texte de Florent Paudeleux, « Déboucher », et d’un très court poème de Delphine Burnod, sans titre.

Emotion·poésie

Histoire d’exister

jean-moral-sans-titre-surimpression-de-visages-1926
Jean Moral (sans titre surimpression de visages 1926)

On peut implorer le ciel, implorer n’importe quel amour, tous les sangs du monde, chaque plaie ouverte, chaque arbre de chaque forêt, chaque caillou sous la boue, chaque graine en terre, chaque pas dans les siens.

On peut prononcer des mots comme un dépucelage de bouche, des boursoufflures comme un claquement, un crachement, une fuite, qui éclatent en phrases lasses, sans cesse répétées.
On ne le sait pas assez mais les mots ont un coût. Et ils ont un goût aussi, parfois doux-amer sur la langue, parfois une persistance rance, des morceaux qui ne passent pas et restent coincés entre les dents, qui s’avalent par mégarde et restent bloqués dans la gorge.

On peut faire face à la glace, s’y mirer, s’y noyer. Y voir les aimés et les haïs. Passer au-delà du miroir. Voir autre chose, un autre, une autre, des autres. Plus loin, plus haut, jusqu’au vertige. Compter les traits et les cicatrices, vérifier les profils, ne pas se ressembler et finalement s’ignorer. En venir à douter de sa propre existence.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Attendre

Claude_Cahun_Self_Portrait_1932
Claude Cahun – autoportrait 1932

Attendre comme on attend la pluie après un soleil trop ardent
Espérer la fraîcheur vide après la brûlure cuisante
Remiser les mains dans les tiroirs du lendemain
Remettre en eaux l’émergence des poussières
Laisser la nuit à la nuit, avant l’aube
Saturer tous les plis et manger les cernes
Taire la victoire aux vents du monde
Marcher dans les pas de l’absent
Museler la morsure impatiente
Cracher plus loin que les aiguilles
Effacer la trace du temps
Regarder par-delà les collines
Chasser les nuages immobiles
S’asseoir au bord du labyrinthe
Crever l’œil du cyclone
Monter fol à l’échafaud
Ouvrir toutes les portes
Trembler de se taire
Combler le silence
Ecraser les peurs
Briser les vitres
Ravaler l’âme
Et attendre
encore
©Perle Vallens

écriture·Emotion·poésie

Il y a

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Heinz Hajek-Halke (sans titre – 1928)

Il y a du rouge et du blanc dans la pénombre.
Il y a du plaisir et de la douleur tour à tour mêlés.
Il y a des os qui tremblent, de la peau qui chante.
Il y a des nerfs qui frissonnent, de la chair qui palpite.
Il y a des morsures dans mes baisers, des griffures dans mes caresses.
Il y a des songes dans mes cris, des mots dans mes silences.
Il y a des offrandes sous voile, des aveux bien cachés
Il y a des espoirs dans mes yeux levés, des secrets derrière mes paupières closes
Il y a des hiers ivres et des demains à boire. Encore.
©Perle Vallens