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Vitrage simple

vitre cassée©Perle Vallens

Qui du verre ou du visage absorbe le mieux la lumière, qui reflète le mieux les souvenirs ?
La transparence se jauge à l’œil grand ouvert. Elle se mesure au degré de réflexivité des ondes, par vagues successives, invisibles, inconsistantes. Les ondes noient le poisson. Les ondes boivent la tasse. Elles se voient dans l’œil en face.
Les ondes s’inquiètent de frapper la bonne surface. L’espace se fait mince entre la paroi et la pupille. Une lame  de rasoir qui couperait l’image en deux. Une pour toi, une pour moi. A chacun son souvenir. A chacun son sourire.
L’usure du regard trouble toujours un peu plus l’objet regardé, qui se fond, qui se fane. Il va bientôt disparaître.
Les vitres finissent toujours par se briser si le regard insiste.
©Perle Vallens

Emotion·poésie·prose

Les mots ne disent mot

cheveux sur la langue©Perle Vallens
Prendre de la distance c’est mettre une distance entre soi et le reste.
La distance se parcourt de façon inversée. Elle éloigne. Elle ne se place pas au hasard. Elle mesure ses pas de retrait, à rebours, à rebrousse poil. Attention au recul, à la sécheresse désertique du sol que l’on quitte lorsque l’on se quitte soi-même.
On risque le glissement de terrain. Sémantique assoiffée de toujours plus de mots. Le réconfort de ses vieux jours. Les mots incompris, les mots incompatibles, les mots insalubres, les mots infaillibles.
Les mots qui dérapent et glissent en dehors de leur sens. Les mots qu’on ramasse à la petite cuillère, bouillie de petits mots dans la bouche. Bouillon de culture que l’on peine à recracher.
Mots indécis qui tournent innombrables dans la bouche. Mots incapables d’en sortir.
Mots encrassés qu’écrasent des mauvaises habitudes. Mauvais sort jeté aux premiers mots, premiers nés de la langue, les mots maudits.
Mots cheveu sur la soupe. Mots cheveu sur la langue. Mots qui encombrent, mots qui se cabrent entre les lèvres, chevaux indomptés, mes mots d’amour pires qu’une pochade. Mots pochette surprise expulsés un à un, langue de belle mère. Mots confettis jusque dans mon lit, mots confisqués à la bouche cousue.
Mots doux à la petite semaine. Mots minuscules à peine audibles, mots adipeux qui en ont gros. Mots dissidents, mots décidés, mots placides au quant à soi bien placé à l’extérieur.
Mais, quand les mots consentent, ils ne disent mot.
©Perle Vallens

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Passe-passe, lumière

mi lumière©Perle Vallens

S’il faut déterminer la longueur des absences et des retraits, un a un dans le sens du vent. S’il faut compter comme un démembrement la différence entre elle et les autres. Entre elle et les arbres.
Elle mesure la pulsation du temps qu’il faudrait pour parcourir la distance entre elle et sa propre mort. La perspective rendue plus loin, incalculable.
La triangulation entre son corps, le soleil et le point le plus éloigné d’elle sur la terre ne permet aucune conclusion. La fadeur est exclusion, une solitude de la peau que rien ne dévore plus.
Elle est à court d’argument et de preuve, elle avance à la seule force de sa curiosité qui fait comme une déchirure.
Elle exerce son attention. L’acuité fait défaut au crépuscule, il faut pénétrer la lumière artificielle, et s’en laisser pénétrer. Alors seulement, elle peut voir. La nuit percée à jour.
©Perle Vallens

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A bout portant

à bout portant©Perle Vallens

Le cran d’arrêt au point de cracker, le doigt sur la détente. L’arme de poing tient bien en main. La main ferme. Assurée. Enveloppante. La main ne tremble pas. La main ne dit rien, elle se contente d’obéir. Elle respire calmement, la main. Parfois une seconde main la rejoint, en soutien. On ne dit jamais la solidarité entre mains.

C’est important d’avoir bien en main.
Avoir en main l’aptitude au tir.
Avoir en main la possibilité de tirer.
La main présage la possibilité du tir. Tout est affaire d’entraînement.
Tout déplier, tout replier.
Hors la main l’arme souffre d’inertie.
La main suscite l’assentiment. Elle vaut approbation.

Tout port d’arme est interdit.
Sans autorisation légale.
Sans motif légitime.
Il y a des restrictions.
Il y a des utilisations à une main. Il y a des mains légitimes.

Il y a des balles à blanc et du plomb dans l’aile. Il y a des canons lisses et des gueules cassées.
Il y a des packs d’auto défense et des crosses ergonomiques. Il y a des mouvements secs du bras et des mécanismes ambidextres.
Il y a des effets dissuasifs et des impacts efficaces.
Il y a des formules avantageuses.
Il y a des particularités létales.
Il y a des règlements en trois fois sans frais.
Il y a des tirs longue portée.
Il y a des expériences de réciprocité qui finissent mal.
Il y a des services rendus à la patrie.
Il y a des tombes fleuries à la sortie de la ville.

L’important est de garder la main ferme et de ne plus respirer.
©Perle Vallens

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Précipice

précipice©Perle Vallens

Elle souffle sur l’objectif pour faire vibrer les ondes, pour faire bouger l’image, pour la faire revivre. Temps de pose bien trop long pour que l’image reste nette. Temps de pose bien trop court pour y voir quelque chose d’intéressant.
Elle pénétrerait la lumière. Coup de boutoirs inaltérés lancés à grande vitesse. Bombardement avant obturation de la paupière. Basse lumière avant shot d’explosion. 1/8000 avant impact à même la peau. Les protons se bousculent dans le vestibule de la mémoire. Les particules gesticulent à mi chemin entre le rêve, le souvenir et la réalité. Finalement le flou est tout indiqué. Finalement, la pluie laisse des traces. Finalement, la carapace glisse plus bas à mesure que tu t’avances plus près.
Tout le monde le sait, au bord du précipice, la vue est plus belle.
©Perle Vallens

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Mauvaise herbe

 

mauvaise herbe©Perle Vallens
Photo Perle Vallens

Les pensées naissent prématurées. Elles sont de l’art pariétal non encore inscrit sur les murs.
Les murs, il faut d’abord les monter. Ils sont par terre. Ils se sont écroulés faute de pensées pour les faire tenir.
Les pensées sont le ciment pour faire tenir débout. Les pensées redressent. Elles donnent une stature. Elles sonnent juste seulement quand elles sont droites.
Parfois les pensées poussent de travers comme le chiendent dans le jardin. Il faut arracher les mauvaises pensées. Il faut les arracher une à une à la racine, dans le creux du sillon, à la source. Il faut les arracher à la naissance. Il faut les arracher d’un coup sec mais avec la tendresse qu’il sied pour toute pensée. C’est une question d’humanité envers toute pensée, même mauvaise, même si elle devient un mauvais rêve.
Il faut arracher les mauvaises pensées précisément parce qu’elles sont mauvaises. Le conseil est de les arracher avant qu’elle ne se ressèment, avant qu’elles n’essaiment les pires pensées.
Il convient de détacher chaque pistil avec précaution et de le vendre au plus offrant. Il y a toujours acquéreur de mauvaises pensées.
Il faut déraciner en conscience. Il faut extraire et déterrer toute trace de pensée. Il faut débroussailler tout l’espace jusqu’à l’espérance, faire place nette pour les meilleures intentions.
Surtout, il faut se boucher les oreilles pour échapper au cri déchirant des mauvaises pensées. Les pires pensées nourrissent les cauchemars de leurs cris.
©Perle Vallens

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Clé

clé©Perle Vallens

C’est une histoire de clés échangées. Parfois elles ouvrent une porte, parfois elles verrouillent, c’est fâcheux. Parfois, fichées dans la serrure, elles tournent à vide. C’est fichu.
Elles savent ce qu’on leur doit. Elles œuvrent à l’échange, à l’échelle de deux, une conversation pour s’ouvrir. Elles disent tout ce qu’elles savent des intérieurs. Elles volent les images, elles divulguent les paroles, elles échappent à toutes les vigilances.
Elles finissent par délaisser les portes pour les poches, faute de serrurier.
©Perle Vallens

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Rêver, si seulement

rêver©Perle Vallens

Chacun est responsable de sa douleur. Chacun connaît les causes. Chacun se persuade du pire et du meilleur. Elle veille tard et se persuade que la nuit a une fin. Elle ne dort pas et se persuade que les insomnies naissent dans les lits, qu’il suffirait de s’allonger sous les étoiles pour gravir la pente des rêves. Elle se persuade que les rêves ont raison. Elle se persuade qu’en soulevant un rêve, on trouve quelque chose. Elle se demande ce que l’on peut voir depuis l’autre rive du rêve. L’erreur serait de ne pas rêver.
©Perle Vallens